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EDITO

 


L'article en format PDF



Sages passages pour dépasser l'impasse

 

Grasse (France)...
On voit ici qu'au pays des parfums, comme dans l'empire du Milieu,
"le détour est la voie la plus droite", comme nous l'enseigne la sagesse populaire chinoise...
(juin 2007)


Il n'y a pas si longtemps, il fallait passer par l'Autre pour se sentir bien dans sa peau. Passer par l'autre sexe, passer par l'étranger... La femme (ou l'homme), le nomade et l'étranger étaient indispensables à notre épanouissement. Au leur sans doute aussi. A voir... Mais toujours être avant d'avoir. L'attirance des contraires était le gage de l'enrichissante complémentarité des genres et des gens. L'altérité était désirable. Et la différence était alors un besoin, un désir, un espoir pour un présent moins morose.

Aujourd'hui, tout porte à croire qu'il faudrait se passer de l'Autre. Se passer de l'autre sexe, de l'étranger. La femme (ou l'homme), le nomade et l'étranger sont désormais encombrants dans nos vies personnelles ou collectives. L'attirance des contraires n'est plus que la promesse de conflits ou de malentendus (1). L'altérité est devenue indésirable. Et la différence est en train de devenir une charge, un poids qui ne fait qu'entraver les désirs ô pressés de nos contemporains de prospérer...

Comment en est-on arrivé là? Les raisons sont connues, aussi diverses que nombreuses. Mais pour sortir de cette impasse civilisationnelle, ce sont de gigantesques barrières qu'il s'agit de supprimer. Il importe de cesser de dresser d'imperméables mais toujours fictives frontières entre les sexes, les personnes, les hôtes et les invités, les jeunes et les vieux, les étrangers et les autochtones, les nationaux et les régionaux, les urbains et les ruraux, les gros et les maigres, les non et pro fumeurs, etc. La liste est interminable de ce qui mine notre "vivre ensemble" si mal au point de nos jours: Eux et Nous, toujours le même et mortifère manichéisme. Car « Eux » c'est toujours « Nous » et inversement, et le touriste tout comme l'étranger – mais pour des raisons bien différentes – c'est toujours l'autre.

La différence n'est jamais à exalter mais toujours à respecter. Pour ce faire, de nouveaux passages sont à imaginer pour que, demain, la communication puisse se transformer en rencontre et cesse d'être stoppée au seuil de la porte de l'Autre ou de la frontière de l'Ailleurs. Les formes de repli s'affirment de plus en plus cloisonnées: du « grand dehors » on est passé au « petit chez soi ». Sans oublier qu'à force de vouloir occuper "à tout prix" l'espace, nos contemporains en oublient d'habiter le monde...

Du désir de se frotter au vaste monde, on se réfugie désormais sur son continent, son pays, sa région, son village, son quartier, sa maison, sa chambre, son ordinateur, son écran-miroir et sa souris... Le rat à l'égoût, l'homme à sa termitière, chacun à sa place? Pourtant, la fiction n'atteint que rarement le réel. Et tisser sa toile informatique n'incite ou n'invite que rarement à tisser du lien social réellement durable...

En même temps, et cet éditorial en ligne le confirme à sa manière, disparaître de l'écran revient à ne plus apparaître sur le front de la scène sociale: à chaque époque ses styles de connections? Etre visible ou ne plus être? A voir... Il n'empêche qu'apparaître (être à part?) invisible est généralement plus salutaire qu'être indésirable. D'ailleurs, n'est-ce pas dans le fait d'être invisible que l'être humain reste un brin désirable? "Pour vivre heureux, vivons cachés", dit le sage adage. Sans doute... Il reste aussi que le virtuel dépasse le réel, hypothéquant la qualité – voire même l'existence – de la rencontre humaine. Plus solitaire que jamais, l'être connecté a (définitivement?) remplacé l'être solidaire.

Des seuils indispensables restent donc à franchir afin que les esprits aussi puissent s'affranchir des conventions de plus en plus insoutenables, que l'on parle de travail, de loisirs, de voyages, etc. Briser le mur de la honte, prendre le risque de vivre et tomber la frontière s'imposent en quelque sorte pour recommencer de nouvelles vies, initier de nouvelles voies (2). Pour que s'écroulent – plus encore que les barrières physiques – les mentalités rétrogrades de mépris et de haine, et pour que les gardiens du temple ou du lieu (ces clercs, nationalistes, biens-pensants, etc.) – plus encore que les douaniers – cessent leurs prêches dogmatiques qui entravent toute vraie (r)évolution des moeurs dans un continent plus vieux que jamais.

Au final, c'est dans nos actes et comportements quotidiens, et pas forcément par le bourrage des urnes éléctorales et encore moins par celui des crânes formatés, que le mouvement contre l'indifférence et pour le respect des différences pourra, à l'avenir, connaître une autre vie/voie... que l'impasse. Le voyage et la lecture, la culture en général, aident chacun d'entre nous à sortir de l'ornière annoncée et des nouvelles servitudes toutes tracées. On l'aura compris – et cela ne dépend que de nous, de vous, de tous – tant qu'elle restera pensable, une autre voie sera toujours possible...

FM

 


Notes

1. On peut ainsi comprendre ces Tchadiens et autres Africains lorsqu'ils s'insurgent aujourd'hui contre la France, terre peu promise sur laquelle les gardiens du seuil pourchassent les sans-papiers afin de les renvoyer au plus vite dans leurs villages situés bien au-delà du mur d'eau méditerranéen. A l'heure où les tests ADN s'imposent pour mieux expulser, l'hospitalité de ladite "patrie des opprimés" n'est plus qu'un vieux rêve pour ces indésirables immigrés non choisis. Une France aussi, engluée dans sa françafrique, où le fric autorise tous les excès, où les droits de l'homme blanc font fi des droits des autres. Une France, enfin, qui rejette non seulement une partie de son histoire mais surtout ses actuels migrants de la misère, adultes et consentants, tout en recherchant – via l'humanitaire, dernier avatar, avec le tourisme, d'un sournois mais infernal processus de (re)colonisation – des gosses noirs au destin sombre, maléables, adaptables et adoptables... Pour que "l'aide au développement" puisse continuer à... se développer! Enième manifestation de l'actuel désordre du monde où la pauvreté peut s'avérer aussi exotique que rentable...

2. Lire Tomber la frontière!, ouv. coll., sous la direction de J. Isselé et S. Oudahar, co-édité par Déroutes & Détours, paru à l'automne 2007, chez L'Harmattan.



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Diamantina, Casa de Gloria (Brésil).
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