Lu et vu d'ailleurs : Brésil


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"Tout Brésilien aussi blanc soit-il porte dans l'âme la marque de l'ombre
"
Gilberto Freyre, auteur de "Maîtres et esclaves"

 


La ville coloniale de Mariana, dans l'Etat du Minas Gerais, possède un "riche" patrimoine hérité de "l'âge d'or" de la présence portugaise. Cette place, présentée dans les brochures touristiques comme l'une des plus "belles" de tout le Brésil, possède également en son centre - à côté des deux jolies églises baroques - un "pelourinho", pilier où autrefois (l'esclavage ayant été officiellement aboli au Brésil en 1888) on punissait, humiliait, fouettait, exécutait publiquement les esclaves récalcitrants ou simplement désobéissants.
Ce qui est "beau" de nos jours n'est pas forcément ce qui l'était jadis...
Le pelourinho de Mariana est particulièrement célèbre, et si l'original date de 1750, celui qu'on peut "admirer" et photographier aujourd'hui a été érigé en 1970. La sculpture rajoutée, avec sa "balance" symbolique, représente la justice et, en dépit des bonnes intentions affichées, le pilier ainsi travesti masque assez maladroitement une culpabilité nationale inavouée et un flagrant déni historique...
Aujourd'hui, ce pelourinho témoigne certes d'un passé tragique et d'une mémoire inoubliable mais il est aussi devenu un objet de folklore.
Ici, sur l'une des photos, on peut observer une famille brésilienne, dont le jeune fils (blanc) - les poignées bien enchaînées - est pris en photo par son père, tandis que la jeune fille (noire), adoptée par la même famille, rechigne quant à elle à se mettre les fers pour la photo, et donc pour la postérité... Le jeu est évidemment un mode éducatif essentiel, mais "jouer à l'esclave" qui va se faire battre voire abattre est une autre histoire. C'est justement cette "autre Histoire" qui fait tellement défaut au Brésil, comme ailleurs également.
Donc, au Brésil aussi, à l'instar de la France avec "son" Algérie, un passé qui ne passe pas peut "fabriquer" de douloureux dégâts au sein des jeunes générations d'un pays pourtant aujourd'hui plus prometteur que jamais. Le boom économique si présent ne pourra cependant vraiment éclater sans boom de l'éducation, repensée et pour tous... Gilberto Freyre avait déjà montré cette indispensable "autre voie".