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Une démarche vers l'autre voie…


par Céline Pagniez

 


L'article en format PDF



" La réelle découverte d'un pays ne se fait qu'à travers l'échange avec son peuple. "

De cette phrase naît en moi l'idée de porter un nouveau regard sur la République dominicaine à travers un livre " Invitation en République dominicaine ".

Franco-dominicaine, j'habite en France et voyage régulièrement en République dominicaine chez ma famille maternelle. Chaque voyage est pour moi une nouvelle découverte d'une culture, d'un environnement, d'une terre et de son peuple. En grandissant, mes intérêts et mes visions changent. C'est alors que je constate qu'en France, ce pays est plutôt méconnu, souvent réduit à une image paradisiaque ou dangereuse. Ayant visité ce territoire au plus proche de la population, dans des environnements préservés du tourisme de masse, j'ai souhaité partager cet autre regard que j'ai sur lui.

J'ai donc décidé de parcourir le pays durant deux mois et demi, munie d'un appareil photo et d'un enregistreur audio, afin de dénicher des adresses d'éco-tourisme solidaire, rendre visible son patrimoine naturel et culturel et donner la parole au peuple.

Village de Tarana

 

Contexte touristique

Les complexes de tourisme de masse foisonnent et se centralisent autour de deux zones dans le pays. Les impacts écologiques de ce type de tourisme sont considérables : les constructions dénaturent le paysage notamment le littoral qui se voit envahi de grands hôtels de luxe et de nombreux endroits se privatisent comme les plages où se parquent au long des journées les touristes. Les formules attractives " tout inclus " sont proposées au détriment de la population locale car elle ne reçoit généralement aucune retombée économique de ce système. La plupart des complexes étant des acquisitions étrangères fonctionnent avec leur propre personnel et les touristes n'ont ni besoin d'acheter des produits ni besoin de visiter par leur propre moyen. La population locale est donc exclue de cette économie et la relation est dénaturée voire déséquilibrée entre les touristes et les autochtones. Elle donne alors parfois une fausse image du pays visité (insécurité ou pauvreté véhiculées).


Démarche de projet

Face à ce constat, d'autres formes de tourisme se sont développées comme des moyens alternatifs : le tourisme responsable. Sur le principe du commerce équitable, l'écotourisme solidaire bénéficie à la population, il est au cœur d'une économie locale. C'est un outil de développement du village (diversification des sources de revenus, limitation de l'exode rural) et un échange direct entre le voyageur et les locaux. Cette activité durable limite l'impact sur l'environnement et le touriste découvre ainsi la réalité d'un pays en nouant une relation plus saine et équitable avec les autochtones.

Définition de l'écotourisme par l'Union Mondiale pour la Nature (UICN) : " Voyage responsable sur le plan environnemental et visite de milieux naturels relativement peu perturbés dans le but d'apprécier la nature - ainsi que toute manifestation culturelle passée ou présente observable depuis ces milieux - encourageant la conservation, ayant un impact négatif très limité et s'appuyant sur une participation active des populations locales dans le but de générer des avantages ".

L'écotourisme solidaire fut au cœur de mon projet. En République dominicaine, de nombreuses structures se battent pour mobiliser les communautés à développer des actions qui leur permettent d'avoir des retombées économiques et préserver leur environnement naturel et culturel. Mon partenaire sur place a été le PPS, " Programa de Pequeños Subsidios ", qui a mis en place l'entité " la REDOTUR ". Celle-ci regroupe des adresses d'écotourisme communautaire dans le pays. Sur place, j'ai longuement travaillé avec eux en visitant chaque lieu, interrogeant chaque projet, essayant de comprendre les combats et les luttes sociales engagés auprès du gouvernement. Chaque projet est singulier et permet de découvrir un nouvel environnement fragile et riche à la fois. Les paysages variés (montagne, littoral, vallée) et la présence de différents climats apportent une production de cultures diverses : ananas, bananes, mangue, coco, manioc, fraise, riz, café, cacao, tabac. La biodiversité est également élevée avec un grand nombre d'espèces endémiques dont l'oiseau national " la cigua palmera ".

Le pays a préservé 20% de son territoire en le déclarant parc national ou réserve scientifique ce qui exclut toute construction industrielle ou touristique : Los Haïtises, Jaragua, Armando Bermudez, la sierra de Bahorucco, Jose del Carmen Ramirez, Montecristi, el parque del Este.

Culture de tabac

 

Métissage

Par ailleurs, je me suis intéressée à la particularité de la culture dominicaine. Elle est issue du mélange culturel entre les " Taïnos ", premiers habitants de l'île Quisqueya, les Espagnols, suite à la colonisation survenue après la découverte d'Hispaniola par Christophe Colomb en 1492, et les Africains venus en tant qu'esclaves.

Ce métissage se retrouve dans la construction identitaire du peuple dominicain : ses modes de conduites, ses valeurs et ses modes d'expressions. J'ai donc décidé de dresser, avec leur complicité, quelques portraits de Dominicains dans leur vie quotidienne, afin de s'immerger dans la vie locale. Je me suis également attachée à interroger la question identitaire à travers l'art en interrogeant des artistes dominicains.

Homme croisé sur le chemin de Pedernales

 

Remarques

Comédienne et coordinatrice de projets culturels, Céline Pagniez s'intéresse aux différentes cultures qui sont une vraie source d'inspiration pour ses projets artistiques. Le métissage, la mémoire, les relations sociales sont des thématiques qu'elle explore dans le théâtre, le chant, la photographie et l'écriture.
Pour en savoir plus, voici son site internet : www.celinepagniez.jimdo.com
Interviews sur le projet :
- Sur France Inter : http://www.franceinter.fr/emission-emmenez-moi-en-republique-dominicaine-avec-celine-pagniez
- Sur Le Mouv' à la 58ème minute : http://www.lemouv.fr/diffusion-en-escale-de-retour-sur-le-pont-en-plein-vol