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Le voyageur immobile aux Philippines


par Georges Bogey

 


L'article en format PDF

 

L'enfance difficile aux Philippines.
Les photographies ici présentées proviennent du nord du pays, de Luçon et en particulier du pays Ifugao.
(photos: Franck Michel)


Caméléon aux Philippines…

Qu'est que l'association Caméléon ?
En 1997, pour répondre à une demande locale, Laurence Ligier, d'origine française fonde l'Association Caméléon dans la province d'Iloilo aux Philippines afin d'aider des jeunes Philippines victimes d'abus sexuels. L'association Caméléon sort les filles de cinq à dix huit ans de la rue pour les soustraire à la prostitution, aux violences, aux viols, à la délinquance, pour les soigner les éduquer, les scolariser et leur donner ainsi les moyens de se réinsérer dans la société si possible en lien avec leur famille et en s'appuyant sur un réseau d'organismes gouvernementaux, non gouvernementaux, sur des institutions publiques et sur des soutiens privés.

Réhabilitation et réintégration
Aujourd'hui deux maisons d'accueil situées à la campagne offrent aux jeunes filles de Caméléon un environnement sain où elles peuvent retrouver les gestes de l'enfance : parler librement, jouer , aller à l'école et apprendre. Sur place une équipe spécialisée leur donne accès à l'éducation, aux soins médicaux, psychologiques et à une aide juridique. Au bout de trois ans les jeunes filles sont intégrées dans la société. Au-delà de leur prise en charge temporaire, l'association assure le suivi de leur réinsertion. Elles restent parrainées et scolarisées et bénéficient du soutien de Caméléon jusqu'à ce qu'elles aient acquis suffisammment d'assurance pour vivre de façon indépendante.

Développement communautaire
Un programme de parrainages scolaires a été développé pour les enfants (garçons et filles) défavorisés des communautés rurales voisines. Il permet aux enfants d'aller à l'école et aux étudiants de suivre une formation universitaire et /ou professionnelle. Il développe des micro-projets avec une formation technique initiale. Il tend également à améliorer les conditions de vie des familles, enseigne les reponsabilités parentales et les règles de santé primaires. L'intervention de Caméléon dans ces communautés contribue à la sensibilisation sur la maltraitance et les droits des enfants.

Caméléon en chiffres
Capacité actuelle d'accueil : 60 filles de cinq à dix-huit ans.
115 jeunes filles accueillies prises en charge et scolarisées.
300 enfants des communautés rurales scolarisées.
31 salariés aux Philippines et 3 en France.
100 bénévoles aux Philippines et en Europe.
600 parrains.
50 donateurs publics et privés.

 

La genèse de deux livres : une histoire de champignons…

Il y a ceux qui partent en voyage pour aller vers quelque chose et ceux qui, ne partant pas (ou peu), laissent vernir les choses à eux. Bien sûr, cela fait courir un risque que tous les cueilleurs de champignons connaissent bien : si on ne va pas aux champignons il y a peu de chance que les champignons viennent à vous !!! L'histoire que je vais vous raconter montre (à défaut de démontrer) que cette crainte est injustifiée.
Suite à un concours étonnant de circonstances qu'il serait trop long de détailler ici, une représentante suisse de l'association humanitaire française Caméléon est entrée dans la librairie des Aravis de la charmante ville de Thônes en Haute-Savoie (au-dessus d'Annecy), sans but particulier, uniquement par goût des livres. Après avoir découvert dans cette librairie les livres d'un auteur qu'elle ne connaissait pas, elle a téléphoné à cet inconnu pour lui demander si écrire un conte pour les petites filles en difficulté des Philippines prises en charge par l'association Caméléon l'intéressait. Au moment de cet appel téléphonique l'auteur en question aurait été incapable de situer les Philippines sur la carte du monde ; même s'il connaissais très vaguement la situation économique de ce pays et la vie difficile et même épouvantable de nombreux enfants là-bas il n'aurait pas pu en parler plus de dix secondes et, cerise sur le gâteau, il n'avais jamais entendu parler de l'association Caméléon. Mais quand on ne va pas aux champignons on doit néanmoins être disponible pour les (ac)cueillir quand ils passent sur le chemin. C'est pourquoi, avant même de connaître la nature des champignons, l'auteur a répondu oui, enfin j'ai répondu oui puisqu'il s'agit de moi. J'ai même dit oui pour deux puisque mon épouse devait faire les illustrations pour le conte que j'étais censé écrire. Après ce premier contact il y eut des concertations, des informations, des recherches. Nous devions, avant d'écrire la première ligne et faire le premier dessin découvrir et connaître le milieu philippin ainsi que le rôle et les activités de l'association Caméléon. La rencontre avec Laurence Ligier la fondatrice de Caméléon a été déterminante. La lecture de son livre " Princesse des rues ", dont je parle plus loin, est venue nous conforter dans le bien-fondé de notre décision. Tout de suite après cette rencontre et cette lecture, nous nous sommes aperçus que ce " travail " d'écriture ne pouvait se fonder que sur un engagement sincère et profond pour la cause défendue par l'association Caméléon et, bien entendu, sur la meilleure connaissance possible de la réalité philippine.
Toute personne sensibilisée aux problèmes humains et sociaux qui minent la planète ne peut être qu'en accord avec les finalités de cette association. Engagés depuis toujours dans l'éducation populaire et l'action sociale, c'est en toute cohérence avec ces engagements humanistes que nous avons accepté la proposition et que nous sommes entrés dans la famille des caméléons.

Écrire : un moyen d'agir
La question de savoir comment agir efficacement pour la cause à laquelle il croit se pose à chaque militant. C'est dans le champ littéraire que se situe notre contribution militante. C'est ainsi que deux livres ont vu le jour… Nous sommes heureux et fiers de mettre nos compétences, si modestes soient-elles, au service de l'association Caméléon.
On peut expliquer le monde en relatant les faits : c'est, entre autres, le journalisme, le témoignage (Princesse des rues en est un bel exemple) et en les analysant : c'est notamment la politologie, l'anthropologie l'ethnologie ; on peut aussi éclairer le réel par la fiction : c'est la littérature ! Nous souhaitons que cet éclairage littéraire soit à la fois une aide réelle pour les filles des Philippines et une incitation à agir.
- Un caméléon sur l'épaule, de Jacqueline et Georges Bogey, Ed. Caméléon, livre et CD, une histoire racontée par la comédienne Marion Dumas, 2012.
- La Maison des Caméléons, de Georges Bogey, Ed. Livres du monde, 2012.

 

Princesse des rues, 15 ans au secours de l'enfance aux philippines, un livre de Laurence Ligier, Ed. Tchou, 2007.

À dix-huit ans, juste après son bac, Laurence Ligier au cours d'un voyage d'un mois découvre, par hasard, la misère des Philippines ainsi que la vie terriblement difficile des enfants dans ce pays. L'année suivante elle y revient pour plus longtemps, l'année suivante pour plus longtemps encore. Elle y restera définitivement pour venir en aide aux enfants et plus particulièrement aux filles. Elle ne répond pas à un appel venu d'un ailleurs mythique ou mystique ; s'il y a appel il provient des bas-fonds sordides des Philippines où elle décide librement et volontairement de s'installer. Son livre est l'histoire d'une liberté et d'une volonté. Il nous montre comment, entre dix-huit et vingt-cinq ans, (1990 à 1997), une jeune femme a su créer une association humanitaire au service filles philippines victimes de maltraitances diverses et en particulier de violences sexuelles. Association qu'elle a su développer et pérenniser…
" Là où il y a une volonté, il y a un chemin. " Cette phrase attribuée à Lao Tseu… pourrait être sa devise.

Le sens de la vie
Le livre s'ouvre sur cette première phrase : " Très jeune, il m'est apparu nécessaire de donner un sens à ma vie en répondant à la souffrance des plus démunis. " En peu de mots, Laurence Ligier nous dit ici trois choses : Je pense ma vie pour mieux la vivre. J'ai un objectif. Je vais agir pour atteindre cet objectif. C'est à la fois une phrase de nature philosophique (le sens de la vie) et un engagement dans l'action (se confronter à la souffrance.) Les deux cent soixante quinze pages du livre confirment, ligne après ligne, que cette phrase est tout sauf un vœu pieux. Nous sommes en présence d'une femme réfléchie et intuitive qui nous montre, idée après idée, acte après acte que la pensée oriente son action et que l'action nourrit sa pensée. Peu après la phrase initiale, nous lisons ceci : " Je me souviens encore du jour où j'ai répondu oui, quand on a eu besoin de moi. " Au moment où elle prononce ce oui, la jeune fille sait que ce consentement est en totale adéquation avec l'idée qu'elle se fait de sa vie. Mais sans doute ne sait-elle pas encore (en fait, elle n'a même pas besoin de " savoir ") que son engagement est définitif.

Les difficultés de l'action
" Dans l'intellect les idées voisinent facilement ; dans les faits les actes se heurtent violemment. " Cette phrase (dont j'ignore l'auteur) exprime assez bien la difficulté de passer d'un projet théorique à sa réalisation pratique. Victime d'agressions physiques Laurence Ligier s'en sort blessée, traumatisée mais vivante et cela n'est pas anecdotique. Ces combats physiques symbolisent tous les autres combats qu'elle doit mener. Cela montre que son engagement nécessite une grande force de caractère, une non moins grande intelligence de l'action.

La découverte de la misère
En 1990, Laurence Ligier découvre pour la première fois la situation dramatique des enfants aux Philippines dans les tas d'ordures de la montagne fumante de Manille. " Aux Philippines un enfant meurt toutes les trois secondes. " Venant d'un pays riche comme la France une jeune fille ne peut être que tétanisée devant cette misère. Presque spontanément, comme sous l'effet d'un réflexe, elle décide de faire quelque chose pour alléger la souffrance de ces enfants, sans savoir précisément quoi. " Fonctionner par intuition m'a toujours plutôt réussi " nous dit-elle.

Un départ douloureux
Après le temps de l'intuition quasi fulgurante, vient forcément le temps de la raison… et aussi des raisons à donner aux proches, à la famille, aux amis, sinon pour qu'ils approuvent du moins pour qu'ils comprennent. S'engager c'est parfois se déchirer. Se relier c'est parfois se séparer. Laurence Ligier ne part pas par défaut, pour combler un manque quelconque, elle part volontairement et librement. " Je ne suis jamais partie en mission humanitaire pour régler un problème personnel. Ce serait la pire des choses à faire : comment aider les autres si on n'est pas en paix avec soi-même ? "

Le temps de l'expérience
Accueillie par des religieuses, elle découvre ce qu'est la vie au quotidien dans le bidonville de Barrio Obrero à Iloilo : la lutte quasi animale pour la survie, la promiscuité, l'insalubrité, les haines, les agressions, les insectes, la vermine, la crasse, etc. Désemparée, elle se rend compte que son manque d'expérience nuit à son efficacité ; elle a parfois le sentiment d'être inutile. Ce sentiment d'impuissance devant la misère la frustre mais il lui est impossible d'en rester là. Avec l'aide de celle que les religieuses lui ont donné comme garde du corps pour veiller à sa sécurité : " Ellien, vingt ans ; 1,47m, 40kg ", elle vient très concrètement en aide à un jeune garçon et parvient à lui faire quitter la rue pour l'école. Ce premier succès lui confirme que l'efficacité résulte de la volonté et de la ténacité. Reste à acquérir les connaissances du pays, des habitants et de leurs besoins réels pour pouvoir adapter son action afin de la rendre la plus pertinente possible. " Pour la première fois depuis le début de ma mission, je ressens la satisfaction d'avoir pris mes responsabilités et d'avoir agi au mieux pour aider un enfant en détresse. " Laurence Ligier nous explique que la misère matérielle et la misère morale aux Philippines vient de la démographie galopante (l'église catholique très influente interdit la contraception et bien sûr l'avortement) de l'instabilité politique, des difficultés économiques, des injustices, de la misère endémique avec ses conséquences quasi inévitables que sont la corruption, la prostitution, les viols, les incestes les exploitations et violences en tous genres… " Selon un rapport des hôpitaux des grandes villes 60% des femmes philippines sont battues. On dénombre 3000 cas de viols par mois déclarés au commissariat et on estime à 500 000 les femmes alimentant le marché de la prostitution dans le pays. (...) les hommes utilisent la violence comme moyen de domination et de pression. " Après quatre mois dans le bidonville, Laurence Ligier fait une expérience de huit mois en milieu rural. Cette nouvelle expérience dans une famille où elle est très bien accueillie lui fait connaître de mieux en mieux, le pays et entre autres, la situation des femmes aux Philippines.

Le commencement d'une nouvelle histoire
Au terme de cette année passée au Philippines Laurence Ligier nous dit avant de rentrer en France : " Je ne reviendrai jamais de ce voyage […] Je sais dorénavant, plus que jamais, que je suis faite pour cette vie de terrain et que le confort m'importe peu. (...) Ma place est bien auprès d'eux (...). Ils sont l'avenir d'un pays et, pour moi, défendre leurs droits et leurs intérêts à un sens. "
Avec l'aide des Philippins et Philippines avec qui elle a collaboré depuis ses premiers séjours dans le pays Laurence Ligier identifie un besoin précis : " construire un centre d'accueil réservé aux filles. " Aussitôt et très lucidement, elle fait une sorte d'état des lieux de ses forces et de ses faiblesses. Sa force : sa détermination ! Sa faiblesse : son manque d'expérience ! Elle se trouve face au monde inconnu des études de faisabilité, des dossiers de financement, des montages financiers, des négociations en tous genres… Elle repart en France en s'engageant à revenir avec la compétence requise pour que le projet aboutisse.
En France elle change le cours de ses études et s'oriente vers la sociologie, l'ethnologie, le commerce et le développement. En quelques années avec méthode, détermination, sans perdre de temps et surtout dans la perspective de créer ce centre d'accueil, elle acquiert le " bagage professionnel" dont elle a besoin ! Elle revient aux Philippines en 1995 pour effectuer un stage dans le cadre de sa formation universitaire. Cette nouvelle période d'immersion dans le milieu philippin lui permet d'améliorer encore sa connaissance du pays. Elle travaille en lien étroit avec Ellien à qui elle veut confier la direction du centre à venir, " (...) parce qu'elle est philippine et que j'estime qu'elle plus que moi , doit sentir que ce projet lui appartient. "
Elle se documente, prend des avis, écoute des conseils, visite d'autres structures humanitaires, collabore avec certaines d'entre elles et au final " forte de cette nouvelle expérience " elle revient en France pour présenter son projet professionnel et faire valider son diplôme. " (...) Je me sens prête maintenant à répondre aux attentes de mes amis philippins d'Iloilo. Je vais enfin les aider concrètement. "

La création et le fonctionnement de Caméléon
" Je réalise l'étude de faisabilité de notre projet : la création d'une ferme familiale d'accueil pour les petites filles des rues d'Iloilo. (...) Je commence à entreprendre des démarches pour rechercher un financement et me rends vite compte que cette mission va être difficile. Nous avons besoin de 3,5 millions de francs. "
Il faut rappeler ici que ce n'est pas un chef d'entreprise habitué à naviguer dans le monde des affaires qui parle mais une jeune femme de vingt quatre ans…
En septembre 1997, l'association Caméléon est créée. " Le nom que nous avons choisi est porteur des symboles auxquels nous sommes attachés. Comme l'animal éponyme, nous ne dévions pas de notre direction et avançons lentement mais sûrement. Le caméléon représente la puissance de la transformation, le passage entre le passé et le futur. Les filles que nous accueillerons s'adapteront à leur nouvel environnement en changeant de couleur, en changeant de vie…pour le meilleur. "
Après de multiples démarches un terrain est enfin trouvé… " Je finis par rencontrer Jesry, le jeune maire d'une petite ville Passi City. Il a mon âge et nous nous comprenons. Lui aussi souhaite faire de son mandat un passage efficace et il est prêt à m'aider. " Le maire lui offre un terrain de 3000 mètres carré entouré d'une forêt d'acajou, à 3 km du centre ville. Les financements sont trouvés peu après. Les deux principaux financeurs sont le gouvernement belge et l'association de sœur Emmanuelle en France. Dit en deux lignes cela n'a l'air de rien ! On se doute de ce qu'il a fallu d'obstination et de force de conviction pour en arriver là ! " Je ne suis plus seule avec Ellien à croire aux miracles : les gens se regroupent autour de nous et nous aident à consolider les bases de ce projet naissant. (...) Tout s'enchaine rapidement : permis de construire, accréditation des services sociaux, licence d'opérer, recherche de fonds, mise en place des partenariats, envoi des volontaires, recrutement de personnel local et enfin, construction du premier centre d'accueil Caméléon. (...) Le chantier est terminé en cinq mois : un bâtiment de 500 mètres carré de plain pied prêt à accueillir trente fillettes. "
En octobre 1998, les sept premières filles sont accueillies. " Nous nous engageons donc dans la lutte contre les causes et les conséquences des abus sexuels en portant secours aux petites victimes et en favorisant leur réinsertion dans la société. "
En 2005 le centre atteint sa capacité maximum Il reçoit trente fillettes.
En 2006 la construction d'un second bâtiment doublera la capacité d'accueil.

La violence
Laurence Ligier fait, avec pudeur, le portrait d'un certain nombre des filles qui sortent de l'enfer pour se reconstruire. Ces descriptions valent mieux qu'un cours sur le bien fondé de la mission de Caméléon ; en arrière plan elle met en évidence le rôle déterminant du personnel d'encadrement tant sur le plan pédagogique qu'affectif et la violence sous-jacente mais permanente à laquelle tout le monde là-bas doit faire face. Dans l'histoire encore jeune de Caméléon il y a des moments forts et des difficultés. Avec pudeur et sincérité, elle montre à tous ceux et celles que la voie de l'humanitaire tente que ce n'est pas toujours une voie semée de roses.

L'affectif et le professionnel
Elle met aussi en évidence la difficulté de concilier l'aspect professionnel et l'aspect affectif. Il y a parfois une force qui pousse les enfants à s'attacher à telle ou telle membre de l'encadrement. Personne ne doit perdre de vue que l'encadrement n'est là que temporairement pour servir de relai, et en quelque sorte de tremplin, mais en aucune manière pour se substituer de façon définitive à la famille de l'enfant. " L'action humanitaire suppose une bonne part de générosité et de dévouement envers ceux auxquels, de proche en proche, on finit forcément par s'attacher. "
Une jeune fille (Baby) s'attache à Laurence Ligier et n'est pas loin de lui rendre la vie impossible. " Avec Baby, je suis certes à bon école mais je m'expose souvent à confondre ma vie affective personnelle et ma vie professionnelle. L'équilibre est difficile à trouver et sa recherche fait partie intégrante du métier que j'ai choisi. "
Dans le chapitre consacré à Baby, cette jeune fille qui n'arrive pas à remonter la pente et qui va de déchéance en déchéance, Laurence Ligier nous montre l'emballement du cercle vicieux de la misère morale lequel est mis en mouvement par cet autre cercle vicieux qu'est la misère matérielle. Il semble qu'à un certain moment il y a un emballement général de la dégradation des mœurs, de l'intelligence et des valeurs. L'exemple de cette jeune fille pourrait bien être ce qui caractérise le mieux la mission de Caméléon qui est de pénétrer le cercle vicieux pour l'inverser et le transformer en cercle vertueux.

Le rôle éducatif de Caméléon
Caméléon ne peut rien sans la volonté des filles accueillies. " Souviens-toi Baby, de ce que je t'ai dit un jour : si tu ne t'aides pas toi-même, alors les autres ne pourront rien pour toi, y compris moi et malgré l'amour que je te porte. " Lorsque Laurence Ligier, fidèle à sa conception du développement, rentre en France en 2008 en laissant aux Philippins et Philippines le soin de gérer et d'animer la structure qu'elle a créée, c'est à l'association elle-même qu'elle pourrait tenir ces propos de responsabilisation et… d'amour. Aimer ce n'est pas faire à la place de l'Autre mais c'est lui donner les moyens d'agir. " Je suis rentrée en France pour laisser mon équipe philippine gérer le programme au quotidien et je suis fière du résultat. Grâce aux efforts de tous le pari est réussi. " Comment pourrait-on ne pas être fière ? Laurence Ligier est une femme qui n'attend rien du hasard. C'est une femme de raison et d'intuition, une femme chez qui l'intelligence et le cœur s'allient pour générer une énergie puissante qu'elle met en œuvre afin d'agir, avec le plus de discernement possible, avec et pour les autres. Aujourd'hui Laurence Ligier dirige Caméléon depuis la France mais elle va sur place plusieurs mois chaque année.
Il faut lire le livre de Laurence Ligier " Princesses des rues ", aux éditions Tchou toute affaire cessante pour plusieurs raisons toutes suffisantes et nécessaires.
Nous sommes vraiment dans un monde à l'envers. Si le monde était véritablement humain, il n'y aurait pas besoin d'action spécifiquement humanitaire. C'est la politique, l'économie et la justice qui devraient être fondamentalement humanistes ! Force est de constater que la machine est détraquée et pas seulement aux Philippines ! C'est donc pour pallier la carence en humanité des êtres humains qu'une poignée d'hommes et de femmes qui eux sont véritablement humains ont créé l'action humanitaire.
Si le monde est sauvé un jour ça ne sera pas par les hommes politiques mais par les militants humanitaires Le malheur des Philippins et des Philippines c'est notre malheur ! " Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger " (Terence).
On ne peut pas porter à soi seul tout le malheur du monde, c'est évident ! Mais si chacun en porte une part il sera plus léger pour tous et toutes.
L'œuvre de Laurence Ligier est un exemple de combativité mise au service de l'altruisme. Il faut lire son livre pour bien comprendre la grandeur de ce qu'elle a réalisé ; cette lecture est stimulante autant pour l'intelligence que pour le cœur.


Pour aider Caméléon…
Devenir parrain ou d'un projet ; faire du bénévolat ou du volontariat ; faire un don.
Caméléon est représentée en France, en Belgique, au Luxembourg et en Suisse.

Pour en savoir plus
Caméléon 51, Rue Daguerre. 75014 PARIS. 33(01)43-22-35-92
contact@cameleon-association.org
http://www.cameleon-association.org/