Retour à l'accueil

 

Petite réflexion autour du voyage et de la route

(Inde)



par David Lagarde


L'article en format PDF

 

Le but de cet article est d'approfondir un certain nombre de questions ayant émergées d'un mémoire sur les voyages qu'effectuent les anciens conscrits de l'armée israélienne en Inde à la fin de leur service militaire. Cette réflexion sur le voyage et la route prendra par moments la forme d'un carnet de voyage basé essentiellement sur des observations faites lors d'un second séjour en Inde effectué avec 4 amis français (du 17 juillet au 24 août 2009), à la suite de mon étude de terrain (réalisée en avril et mai 2009). Les expériences évoquées ici ont principalement eu lieu sur la route ou dans les Etats du Tamil Nadu et du Rajasthan. Nous nous interrogerons sur des questions liées au voyage en tentant - sans toutefois nous lancer dans un réel développement - d'avancer quelques réponses à nos interrogations.


Sourires d'une mère et de ses enfants qui s'apprêtent "à prendre part" à un long voyage en train (gare de Mumbai).

 

- Touristes versus voyageurs : un débat sans fin

L'une des difficultés rencontrées au cours de mon mémoire fut de qualifier les Israéliens faisant l'objet de mon étude. Doivent-ils être considérés comme des touristes, ou bien des voyageurs ? Cette catégorisation semble essentielle aux yeux de nombreuses personnes et pour certains, être qualifié de touriste relève d'une véritable insulte. En effet, on cherche constamment à ressembler à un "voyageur modèle", en fuyant à tout prix le cliché du "touriste de masse". Mais qu'est ce qu'un voyageur. D'ailleurs, où et quand commence réellement le voyage ?

S'interroger sur les concepts de voyage et de voyageur reste une démarche très complexe, en particulier lorsque l'on tente de donner à chacun une définition bien précise. En s'en tenant à la simple définition donnée dans Les mots de l'immigration, "un touriste est un individu qui voyage pour son plaisir dans un pays étranger et pour une période relativement courte" (Dufoix & Aprile, 2009 : 360), il semblerait que nous soyons tous des touristes, à partir du moment ou nous partons pour le plaisir. Toutefois, nombreux sont ceux qui ont tenté d'identifier précisément la figure du touriste, en cherchant à la séparer de celle du voyageur, au risque de tomber dans une typologie futile, voir carrément inutile. D'ailleurs, existe-t-il aujourd'hui encore de véritables voyageurs ? Tout individu n'arbore-t-il pas l'apparence du touriste à un moment donné de ses pérégrinations ? Qu'il s'agisse du chercheur, de l'homme d'affaire en déplacement ou du retraité profitant de son temps libre pour visiter de nouvelles contrées, la case dans laquelle on tente de placer chacun d'entre eux semble dépendre avant tout du regard de l'Autre (qu'il s'agisse de l'Autre autochtone, ou, comme lui, de passage). Par exemple, en anglais, les Indiens utilisent le terme générique de "tourist" et n'introduisent pas, comme le font les Occidentaux, de différence entre les termes de touriste (tourist) et de voyageur du type routard (traveler/backpacker/drifter). Que nous partions pour le plaisir ou pour un motif professionnel, la situation dans laquelle nous nous trouvons nous place comme observateur de lieux et de comportements différents de ceux observés dans le cadre de notre vie quotidienne. A partir de là, chacun en tirera des enseignements personnels, peu importe qu'il se considère comme un voyageur ou un touriste.

L'important n'est-il pas de savoir ce que nous apporte le voyage, peu importe la manière dont on le vit ? C'est d'ailleurs ce que Steinbeck tentait de mettre en avant lorsqu'il invitait ses lecteurs à sortir de cette polémique qui ne fait que secondariser la question du sens intime du voyage (Urbain, 2003). Plutôt que de nous attarder sur ce type de considération, affirmons que le touriste est avant tout un voyageur et demandons-nous plutôt si ce dernier doit forcément être mobile dans l'espace pour être perçu comme tel.


- Où commence le voyage et à partir de quel moment peut-on être considéré comme un voyageur ?

La définition du touriste donnée dans l'ouvrage de S. Aprile et S. Dufoix (ibid.) affirme que celui-ci est une personne en voyage dans un pays étranger. Mais doit-on forcément se trouver hors de son pays pour être considéré comme un voyageur ? En effet, le voyage ne commence-t-il pas tout d'abord par une projection intérieure, avant même le départ, lorsque l'on s'imagine à quoi ressemblera le pays pour lequel nous sommes en partance ? De plus, comment délimiter avec précision l'espace du voyage ? Ne dit-on pas que les voyages les plus lointains ne sont pas forcément les meilleurs ? Dans ce cas, est-ce qu'explorer le département dans lequel nous résidons constitue déjà un voyage en soi ? Le voyageur du type aventurier-explorateur semble incarner auprès du plus grand nombre la figure du modèle à atteindre. Même si tout le monde sait que la Terre a été explorée dans ses moindres recoins - renvoyant l'espoir de découvrir un lieu encore inexploré aux souvenirs du passé - il existe toujours des personnes en partance pour des destinations toujours plus lointaines, poursuivant la quête inavouée de trouver un lieu encore vierge de toute forme de tourisme, tel Christophe Colomb découvrant les Amériques.

Le personnage du hobo, mis en scène dans les romans de Steinbeck, parcourant le territoire américain au gré des travaux saisonniers sans toutefois sortir des frontières de son pays constitue lui aussi l'image d'un véritable voyageur. En passant sa vie sur les routes, allant d'une ferme à une autre tout en vivant des quelques dollars gagnés à la sueur de son front, le hobo est lui aussi considéré comme un modèle à suivre. Il inspira d'ailleurs des générations entières de voyageurs, en premier lieu les membres de la beat generation, prédécesseurs des hippies "faisant" la route à partir de la fin des sixties. Ainsi, sans jamais quitter le territoire américain, les hobos furent les premiers à éveiller les esprits contemporains face au concept de la route et aux enseignements que l'on peut en tirer. La preuve en est que le voyage n'a pas véritablement besoin d'être défini par rapport à des frontières, des lieux et des espaces précis pour exister. D'ailleurs, le paradoxe dans la figure du hobo est qu'on a parfois tendance à le considérer comme un voyageur plutôt que comme un ouvrier. A l'inverse, lorsqu'il s'agit du migrant économique contemporain, il n'est jamais considéré comme un voyageur, alors qu'il traverse parfois de nombreuses frontières pour se retrouver plongé dans une altérité (considérée comme une des principales caractéristique du voyage) bien plus grande que ne l'était le hobo.

Nous pouvons aussi évoquer le pèlerin qui, comme le hobo, symbolise une des figures "mythiques" du voyageur. Toutefois, les pèlerins ne sont-ils pas les premiers touristes de masse de l'histoire ? Le pèlerinage de St Jacques est un des premiers phénomènes ayant poussé un nombre de voyageurs aussi important sur les routes. À partir du Xe siècle, des fidèles de toute l'Europe se sont lancés sur les chemins reliant leur pays à la cité galicienne. Ce phénomène a pris une telle ampleur qu'au cours des siècles, ce pèlerinage s'est transformé en un véritable phénomène touristique. Le résultat est qu'aujourd'hui, certaines personnes effectuent ce parcours sans lui donner la moindre dimension religieuse. Le but étant avant tout de vivre une expérience personnelle faite de rencontres, de convivialité, de découvertes mais également de souffrance, tout cela relevant bien souvent d'une quête intérieure. "Le pèlerinage est une sorte d'errance divine où se lit une lecture sacrée de l'espace et du temps. Il est fait de lenteur, de souffrance, de ritualité, de transcendance, de rupture avec le quotidien, de quête intérieure de soi et de recherche de l'autre. L'ailleurs nous tance comme pour mieux nous convier à nous y rendre, pour tenter de trouver des solutions là-bas, pour résoudre nos problèmes d'ici" (Michel, 2004 : 96). Cette citation souligne l'existence de ressemblances dans les expériences vécues par le pèlerin et le voyageur de loisir : rupture avec le quotidien, quête intérieure de soi et recherche de l'autre.

Si la plupart des individus effectuant le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle traversent des frontières, ce n'est pas le cas de tous les pèlerins. En Inde, des fidèles parcourent des milliers de kilomètres pour se rendre sur des lieux sacrés sans être amenés à quitter leur pays. Prenons le pèlerinage de Ramdevra qui attire sur les routes du Rajasthan tous les ans au mois d'août des milliers de fidèles venus de toute l'Inde. La plupart à pied, certains à vélo, tous convergent vers Ramdevra, une des nombreuses villes saintes du pays située en plein désert. Ensemble, ils affrontent la chaleur du désert, la douleur et la fatigue causées par la marche. Cette expérience leur fera également vivre des moments plus agréables, comme lors des haltes faites sur les nombreux points de ravitaillement installés le long de la route et qui offrent aux pèlerins à manger, à boire, ainsi qu'un lieu où se reposer et discuter avant de reprendre leur progression. À travers ce périple, en plus d'une quête spirituelle, chacun vivra une expérience personnelle hors de sa sphère quotidienne sans avoir à quitter son pays.

Nous pouvons donc affirmer qu'un voyage ne se définit pas uniquement dans un rapport à l'espace, à des frontières. Si le terme de voyageur est difficile à définir, sa définition prend tout son sens dans le for intérieur de chaque individu. Ce qui fascine dans le voyage semble avant tout être la relation de l'Homme face à la route et à l'inconnue qu'elle représente. Mais lorsque l'on parle de route, il s'agit de la route comme lieu de rencontre, de convivialité, voir parfois de danger et de précarité. La route comme lieu d'apprentissage en somme. Ainsi, le but du débat n'est pas de savoir si tel ou tel type d'individu représente le cliché du "touriste de masse" ou du "voyageur modèle", mais plutôt de comprendre pourquoi nous sommes si nombreux à partir et ce que nous allons chercher chez les Autres que nous n'ayons pas chez nous.


- Le voyage : une expérience personnelle conditionnée par une mise en altérité

Les Occidentaux sont d'une manière générale de plus en plus nombreux à voyager dans des pays du Sud. Ce constat nous amène à nous interroger sur les raisons qui les incitent à visiter des pays qu'une partie des habitants cherchent parfois à quitter par n'importe quel moyen, allant jusqu'à mettre leur vie en péril. Si cette question est trop complexe pour trouver sa réponse dans un développement si succinct, nous tenterons tout de même d'avancer ici quelques hypothèses.

Voyager, c'est parfois tout simplement découvrir ce qui se trouve au bout de la route. Comme nous l'évoquions précédemment, le voyage commence d'une certaine manière chez-soi, lorsque l'on tente de se faire une idée du pays que nous nous apprêtons à visiter à travers des livres, des guides, des films et avant d'aller vérifier par nous-mêmes si l'image que l'on s'était construite était la bonne. C'est aussi tenter de connaître son grand "chez-soi". Aller à la rencontre de ses voisins et constater la manière dont vivent les autres habitants de la planète.

C'est en définitive la meilleure manière de faire des rencontres. Il semblerait d'ailleurs que de plus en plus de voyageurs partent pour cela. La preuve en est avec le développement du tourisme "solidaire" qui nous permet de passer plusieurs semaines dans un village pour tenter de prendre part à la vie de la communauté locale. Si notre société devient de plus en plus individualiste, nous nous servons désormais du voyage pour pallier au manque d'échanges, de relations humaines dont nous souffrons en Occident. Il semble de nos jours plus facile de parcourir des milliers de kilomètres pour aller à la rencontre de l'Autre, plutôt que de s'enquérir de la situation de ses voisins de palier. Ainsi, nous partons chercher ailleurs ce que nous avons perdu chez nous : un peu de relations humaines, de convivialité et de dialogue. Si nous espérons faire des rencontres durant notre voyage, c'est souvent au hasard d'une route qu'elles s'effectuent. Encore une fois, appuyons-nous sur Steinbeck qui dans son roman Les naufragés de l'autocar met merveilleusement en scène à la fois l'aspect hasardeux de la rencontre et la capacité des évènements survenants sur la route pour favoriser le dialogue entre des inconnus, tout en exacerbant les sentiments et la nature profonde de chacun d'entre eux.


Cela nous ramène à une expérience vécue en Inde, au cours d'un trajet en bus dans l'Etat du Tamil Nadu…

Dans un bus local entre Chennai et Pondichérry, le vendeur de ticket tente à tout prix de nous vendre toutes les places de notre banquette. Nous ne comprenons pas pourquoi celui-ci insiste autant. Nous pensons d'abord qu'il souhaite gagner un peu plus d'argent en vendant un ticket supplémentaire, mais rapidement, le bus se remplit et les places se font rares. Ce dernier revient donc à la charge, mais nous préférons nous serrer afin de partager notre banquette. C'est alors que vient s'asseoir à côté de nous le logisticien d'une ONG indienne. Si l'exiguïté ambiante nous fait tout d'abord réciproquement regretter la présence de l'autre, nous engageons progressivement la conversation. Cette rencontre sera l'occasion de discuter longuement de questions politiques, des problèmes sociaux auxquelles la population indienne doit faire face, de la crise du logement et également du problème des réfugiés Tamouls dans le sud du pays.

Cette rencontre fut d'autant plus intéressante que les chances de passer à côté étaient grandes. Nous aurions pu prendre un autre bus, écouter le vendeur de ticket et acheter l'ensemble des places de notre banquette et nous serions passés à côté d'une rencontre aussi passionnante qu'enrichissante, mais le hasard de la route en a voulu autrement. Comme l'affirment F. Laplantine et A. Nouss, "Le modèle de la rencontre n'a rien de l'art du rendez-vous. La rencontre ne s'annonce pas plus qu'elle ne se prépare. Nulle stratégie possible, à la différence du combat et de la séduction. On n'arrive jamais à une rencontre, une rencontre, toujours, vous arrive" (Laplantine, Nouss, 2004 : 42).

 

Le voyage est une mise en altérité à la fois culturelle, économique, religieuse, gastronomique. C'est aussi l'occasion d'être confronté à des expériences parfois difficiles à supporter (la misère, la maladie, la fatigue physique et psychologique) mais desquelles on ressort plus fort, grandit, aguerrit. Toutes ces expériences qui aident à aborder sa vie quotidienne différemment une fois de retour dans son pays de résidence. C'est également une remise en cause de l'ensemble des croyances selon lesquelles on a été élevé, au milieu desquelles on vit. Par la mise en altérité de l'individu, le voyage est une sorte d'école de la vie dans un environnement, une culture, au milieu de croyances et de manières différentes de voir le monde. J'ai évoqué ce sujet avec un de mes compagnons de voyage pour qui ce périple en Inde était le premier qu'il effectuait hors de France. Il me confia s'être longuement interrogé sur l'ensemble des croyances et des repères qui le guident plus ou moins consciemment dans son quotidien en France, lorsqu'il s'est retrouvé confronté aux expériences et aux observations qu'il pouvait faire en Inde.

 

"On nous élève selon un certain nombre de croyances qui font parties de notre culture et que l'on considère comme allant de soi, mais une fois que l'on se retrouve plongé dans l'environnement indien, tout peut être remis en cause. La manière de voir le monde ici est tellement différente de chez nous qu'on arrive à se poser des questions auxquelles on n'aurait jamais pensé en restant en France. Je n'étais pas spécialement attiré par le voyage jusqu'à présent, mais aujourd'hui, j'ai envie de repartir. La Chine est un pays que j'aimerais découvrir. Voir comment un pays tel que l'Inde, avec autant d'habitants, arrive à fonctionner, m'a fasciné ! C'est pour cette raison que j'aimerais aller en Chine pour voir comment ça se passe là-bas. Et puis eux aussi ont une culture totalement différente de la nôtre. "

 

Ce témoignage nous renvoie aux écrits de Franck Michel dans son livre Désirs d'Ailleurs. Essai d'anthropologie des voyages. "Les croyances et les rites des uns ne sont pas ceux des autres, et si certains ont l'habitude de manger froid et à même le sol, d'autres préfèrent - par habitude aussi - manger chaud et assis autour d'une table. (…) certaines attitudes de l'ailleurs nous choquent du fait de leur inexplicable étrangeté ou nous étonnent parce qu'elles ne cadrent pas avec nos conventions. Chacun de nous, quel que soit son statut de déplacé ou de déplacement, ressent à un moment donné le fossé qui sépare notre planète intérieure et notre manière de voir, de croire, de faire, bref, de vivre de celles des populations vivant dans quelque ailleurs à mille lieues ou à deux pas de nous. Qu'ils soient kilométriques ou philosophiques, politiques ou économiques" (Michel, 2004 : 72).

Cette mise en altérité passe également par l'adoption d'un certain nombre de pratiques ou d'habitudes locales pour une période plus ou moins longue et de manière plus ou moins intense : "On ne peut survivre à de telles expéditions qu'en adoptant le plus possible les moeurs du pays : nourriture, vêtements, rythmes de vie, etc…" (Brahimi, 1990). Voyager c'est donc, pour une période plus ou moins déterminée, vivre son hors quotidien dans le quotidien des autres. En rencontrant des personnes, en parlant avec elles, cela nous permet de partager et de comprendre un peu mieux leur manière de vivre. Nous citerons ici l'exemple des voyages en train. En Inde, selon les classes empruntées, ce moyen de transport constitue un lieu particulièrement propice à une mise en altérité. Que ce soit par rapport à l'environnement qui nous entoure, les différents paysages qui défilent par la fenêtre, les rencontres que l'on y fait, mais aussi le rapport espace-temps totalement différent de celui que l'on connaît en Europe.

 

En Inde, le train est le moyen de transport le plus propice pour parcourir de longues distances. En effet, l'état de la plupart des bus et du réseau routier rend les trajets de plus de 10 heures difficilement supportables. Toutefois, certaines parties du territoire, en particulier les régions montagneuses du Nord, ne laissent pas d'autres alternatives. En revanche, dès que nous le pouvons, nous optons pour les trains qui sont de véritables lieux de vie permettant de relier des villes distantes de plusieurs milliers de kilomètres.

À entendre le bruit sourd des rails, on a l'impression d'avaler les kilomètres sur un rythme effréné. En réalité, la vieille machine qui nous conduit vers le Sud du sous-continent indien ne dépasse que très rarement les 70 km/h, sans compter que nous devons faire face à de longs arrêts, en particuliers dans les trains locaux. Dans ces moments-là, chacun tue le temps comme il le peut, en descendant sur les rails prendre l'air et fumer une cigarette, tout en conversant avec les autres passagers. Certains trains peuvent rester ainsi immobilisés pendant plus d'une demi-heure, donnant lieu à des scènes insolites, comme celle de passagers jouant aux cartes sur les rails, au milieu de la campagne indienne. En Inde, le voyage en train est aux antipodes d'un voyage à grande vitesse en France. Des vendeurs ambulants font des allers-retours incessants et proposent du chai, du café et des snacks tout en hélant d'éventuels clients. Certains trains effectuent des trajets de plusieurs jours et sont amenés à traverser différents Etats. Les spécialités gastronomiques changent avec les paysages. Les voyageurs connaissent bien les arrêts qui correspondent à une nouvelle spécialité. Ainsi, nous avons rencontré certains voyageurs prêts à veiller jusqu'à tard dans la nuit pour pouvoir goûter aux plats proposés par les vendeurs ambulants qui se hâtent vers les wagons dès l'arrivée du train en gare. Lorsque ces arrêts ont lieux en pleine journée, les vendeurs montent à bord et proposent de la nourriture, des boissons, et des objets en tout genre. Des mendiants, des balayeurs, des musiciens ou des hijras (1) tentent également de récolter quelques pièces auprès des passagers. Nous sommes décidément à mille lieues de l'ambiance aseptisée d'un TGV français !

Ce type de trajet en train constitue toujours l'occasion d'effectuer de nombreuses rencontres et de constater que si en tant que voyageurs, nous sommes intrigués par l'environnement qui nous entoure, les locaux semblent l'être tout autant par rapport à nous… Les mêmes questions reviennent systématiquement et toujours dans un ordre bien établi. "De quel pays venez-vous, quel est votre prénom, est-ce votre premier voyage dans le pays, combien de temps restez-vous, quels lieux avez-vous visité, quand êtes-vous arrivés, que faites vous dans votre pays ?" Nous faisons souvent l'objet de regards intrigués, persistant, comme si nous débarquions d'une autre planète, ce qui, dans certaines régions de l'Inde n'est pas loin d'être le cas.

 

Comme le dit très justement Henri Michaux dans son livre Un Barbare en Asie, "Si un Européen est interrogé à son retour des Indes, il n'hésite pas, il répond : 'j'ai vu Madras, j'ai vu ceci, j'ai vu cela'. Mais non, il a été vu beaucoup plus qu'il n'a vu" (Michaux, 1986).

C'est incontestablement sur la route que s'effectuent les rencontres les plus sincères et les plus enrichissantes, tout particulièrement dans le cas de l'Inde. La route tend à effacer les différences. Nous sommes dans la même galère, notre but est le même : rallier un lieu à un autre. Même s'il est clair que nous restons largement différent sur de nombreux points, la route permet de nous rapprocher, de nous comprendre un peu plus les uns les autres. Les Indiens rencontrés dans les transports nous parlent plus facilement de leur quotidien, de leurs préoccupations, mais aussi des choses à ne pas manquer, des lieux à visiter en priorité et très souvent de leur religion. Les voyages en train sont souvent l'occasion de rencontrer des pèlerins qui se rendent dans les nombreux lieux saints qu'abritent l'Inde. Ils se font souvent une joie de nous faire goûter à leurs croyances, de prendre le temps de nous expliquer les mythes constitutifs de l'hindouisme, l'histoire des lieux sacrés.

Si toutes ces expériences composent les principaux fondements du voyage, personne ne les vivra vraiment de la même manière. Mon étude sur les touristes Israéliens en Inde a par exemple permis de souligner la diversité des approches du voyage selon les individus concernés. C'est d'ailleurs ce qui rend si difficile l'identification précise des déterminants au départ. Si certains individus partent pour fuir leur quotidien et se retrouver confronter à un maximum d'altérité, d'autres cherchent au contraire à recréer un environnement qui leur est familier, en adoptant au minimum le mode de vie local. Cela nous permet d'affirmer que le voyage est avant tout une expérience individuelle, qui répond à des besoins personnels. D'ailleurs, il en est de même avec les expériences vécues par le voyageur au cours de son périple. Elles provoquent des sentiments uniques et personnels. Aucune photo, aucune description ne sera en mesure de retranscrire parfaitement les sensations perçues par l'individu. Même lorsque l'on effectue un voyage à plusieurs, chacun n'appréhendera pas les évènements vécus de la même manière. Si le voyage se partage, il garde toujours une dimension personnelle qui le rend unique aux yeux de chacun. Cela ne remet pas pour autant en cause l'importance du partage des expériences sur la route - qu'elles soient bonnes ou mauvaises - qui rapprochent ou éloignent, mais ne laissent jamais indifférent. En effet, la notion de partage fait également partie du voyage, ce qui confère malgré tout à ce dernier un aspect collectif, contrairement à la vision individualiste avancée précédemment.

La route apparaît être un lieu de partage privilégié. Celle-ci influence directement notre manière de vivre le voyage, de percevoir et de ressentir les lieux que l'on traverse. Il en est d'ailleurs de même avec les moyens de transport utilisés pour parcourir l'espace. Ainsi, il est clair qu'un voyage en Inde dans les années 60 où l'on partait de Paris pour rejoindre l'Inde en traversant l'Europe et le Moyen-Orient n'a rien à voir avec l'expérience d'un vol de 8 heures entre Paris et Bombay, parcouru à 10 000 mètres d'altitude… Sans toutefois aller jusqu'à cet extrême, ne serait-ce qu'à l'intérieur du territoire indien, voyager en train, en bus ou en avion change la perception que l'on se fait d'un lieu et la manière de le ressentir. Cela nous renvoie à la troisième partie de mon mémoire dans laquelle nous nous intéressions à la subjectivité des concepts de lieu et d'espace, en particulier par rapport aux représentations que l'on peut se faire de chacun d'eux.

 

Nous citerons en exemple un voyage en bus entre Pushkar et Jodhpur. Même si ce trajet s'est révélé être particulièrement éprouvant, avec le recul, il fut aussi une des expériences les plus intéressantes de notre séjour.

Nous embarquons à bord d'un vieux bus local vers 15 heures pour le périple le plus douloureux depuis notre arrivée. Tout commence par les restes de vomi laissés le long de la fenêtre par le précédent passager. Difficile pour l'odorat ! Heureusement, les deux vendeurs de tickets (2) nous proposent de laisser vacant le siège situé le long de la fenêtre. Le début du trajet ne se passe en fait pas si mal que ça, au contraire, nous tentons de communiquer avec un vieux prêtre hindou qui nous raconte l'histoire du village vers lequel se dirigent des milliers de pèlerins qui peuplent les routes du Rajasthan en ce mois début du mois d'août. Si le trafic en plein milieu du désert n'est pas aussi important que dans le reste de l'Inde, la présence d'autant de pèlerins sur le bord des routes complique fortement notre progression. Après deux heures de trajet, nous quittons la route principale pour une piste cabossée et poussiéreuse (un peu à l'image du véhicule qui nous transporte). Nous pensons d'abord que le chauffeur fait un détour pour déposer des passagers dans un village isolé. En réalité, le revêtement de la route restera la même jusqu'à notre arrivée, ce qui donnera à la suite du voyage une toute autre dimension. Cela devient rapidement un calvaire pour les fesses, le dos et les cervicales. S'en suivent les pleurs des bébés secoués par la machine à laver en laquelle s'est transformée notre bus. Quelques kilomètres plus loin, un passager pour le moins agité embarque et s'installe devant nous. Le vendeur de ticket qui est assis à ma gauche se rapproche de mon oreille pour me glisser que l'homme est complètement fou… On dirait que la terre entière lui en veut. Il s'agite en criant et en faisant de grands gestes, mais finalement, quelques kilomètres de trajet suffiront pour le calmer. Dans le bus, plus personne ne parle. Arrive ensuite le moment où tout le monde semble s'enfermer dans sa bulle en prenant son mal en patiente. Même si l'un des buts de notre voyage est de venir chercher le dialogue, nous n'en trouvons plus la force. La seule chose que nous souhaitons est de voir apparaître les premières lumières de la ville dans la nuit. À croire que ce lieu se mérite vraiment. Après plusieurs heures de pistes, le voyage touche enfin à sa fin. Nous poussons un grand ouf de soulagement et il ne fait nul doute qu'il en soit de même pour les autres passagers. L'arrivée sur Jodhpur après une longue traversée du désert confère à cette cité une certaine magie que nous n'aurions pas ressentie si nous étions arrivés par les airs. De cette façon, l'épreuve de la route semble avoir une influence directe sur la perception que nous nous faisons du lieu et lui confère clairement une autre dimension. Si nous étions arrivés à l'aéroport, nous n'aurions pas vu la ville de la même manière. Là, elle apparaît comme une forteresse imprenable au milieu du désert. Comme nous l'évoquions précédemment, les rencontres faites sur la route prennent elles aussi une dimension différente. Jodhpur comme la plupart des villes touristiques du Rajasthan est connue pour ses nombreux "rabatteurs" et chauffeurs de rickshaw qui attendent les touristes lors de leur arrivée à la gare routière ou ferroviaire, pour les diriger vers des hôtels auprès desquels ils toucheront une commission. En arrivant à bord de ce bus rarement fréquenté par les voyageurs étrangers, et avec l'aide des vendeurs de tickets nous ayant pris sous leur aile, nous évitons ces inconvénients liés au tourisme. Au contraire, nos compagnons de voyage nous prennent sous leur aile et se chargent de nous trouver un rickshaw, en lui précisant bien de nous laisser où nous le souhaitions sans chercher à nous rabattre sur l'hôtel de son choix. Quelques minutes plus tard, nous arrivons à destination et découvrons la magnifique cité de Jodhpur avec un enthousiasme décuplé.

 

Jodhpur, comme la plupart des villes touristiques du Rajasthan, est connue pour ses "rabatteurs" et les chauffeurs de taxi ou de rickshaw qui attendent les touristes lors de leur arrivée en ville afin de les diriger vers des hôtels qui leur reverseront une commission. Cette observation nous amène au dernier questionnement de cet article. Si ce loisir apparaît comme une chance fantastique nous permettant d'aller à la rencontre de la Terre entière, n'oublions pas le caractère élitiste du voyage. Depuis que le voyage est devenu un loisir, ce sont les catégories sociales les plus favorisées qui ont pu en profiter et le temps n'efface pas véritablement ce constat. Comme le souligne Martinson, "peut-être constaterait-t-on que le goût du déplacement est l'aspiration la plus profonde de l'humanité" (Martinson, 1991). Aspiration la plus profonde de l'humanité certes, mais loin d'être accessible de la même manière selon sa nationalité et son niveau de revenus. En ce sens, les habitants du Sud semblent être doublement perdants. Non seulement la majorité d'entre-eux rencontrent d'interminables difficultés pour obtenir un visa pour un pays occidental (ne serait ce que pour un simple séjour touristique), mais le développement du tourisme "de masse" au Sud a tendance à ne profiter qu'à une petite minorité, ce qui augmente les inégalités, les trafics, modifie les cultures locales, tout en faussant les représentations que les locaux se font de l'Occident.


- Le voyage : une chance pour les habitants du Nord, une menace pour ceux du Sud ?

Au cours des deux séjours que j'ai effectué en Inde cette année, je me suis régulièrement interrogé sur les conséquences de ma présence sur place, au point de me demander s'il était réellement "sage" de continuer, en tant qu'Occidental, à s'adonner à des voyages de loisir dans des pays du Sud. En effet, il semble que nous renvoyons une image faussée de nous et de l'Occident aux populations visitées et les conséquences physiques et psychologiques de notre présence sur les lieux et auprès des populations visitées sont bien souvent déplorables. Replacé à l'échelle planétaire, ce sont essentiellement les habitants du Nord qui profitent des bienfaits du tourisme, parfois au détriment des populations des pays visités. Si, comme nous l'évoquions plus haut, les flux touristiques s'effectuent dans leur écrasante majorité dans le sens Nord-Sud, ce sont les populations visitées qui sont contraintes de s'adapter aux besoins des visiteurs. Ainsi, les touristes laissent souvent des traces indélébiles au sein des espaces qu'ils visitent, au point d'entraîner parfois une perversion des lieux et une modification des cultures locales, sans qu'en échange, ces populations n'aient accès à nos pays. On peut même aller plus loin en affirmant que d'une certaine manière, le tourisme dans les pays du sud tend à conforter le mythe de l'Occident comme Eldorado. En effet, en prenant le seul exemple de l'Inde, le pouvoir d'achat des touristes renforce les représentations et les clichés que certains Indiens peuvent se faire de l'Europe. Cela me rappelle une discussion que j'ai eue avec un habitant de Jaisalmer lors de mon second séjour en Inde. Alors que nous abordions le sujet du pouvoir d'achat des Occidentaux en Inde, suite aux discussions qu'il avait pu avoir avec certains touristes, mon interlocuteur s'imaginait que le prix d'un café à Paris s'élevait à près de 4000 roupies (soit environ 60 euros). Sans le vouloir, nous avons aussi pleinement participé à véhiculer ces idées. En effet, lorsque des Indiens nous demandaient comment est ce que nous avions financé notre voyage, savoir qu'en travaillant deux mois en France, un étudiant peut passer un mois et demi à voyager dans tout le pays, ayant accès à des villes dans lesquelles ils n'ont jamais pu se rendre, renforce incontestablement l'image qu'il peuvent se faire de l'Europe.

Voyager en Inde en tant qu'Occidental peut parfois se révéler éprouvant, ne serait-ce que par la sollicitation permanente dont on fait l'objet. Le sentiment exprimé par de nombreux Occidentaux de passage en Inde est qu'ils ont parfois l'impression de n'être, selon leur expression, que de vulgaires "billets sur pattes" aux yeux des Indiens. Toutefois, il suffit de s'aventurer hors des sentiers touristiques pour constater que les relations deviennent plus sincères, moins faussées. En revanche, il est vrai que chaque fois que nous arrivons dans des lieux fréquentés par les touristes, les relations changent avec les locaux. Aussitôt le pied posé sur le quai de la gare, nous nous transformons subitement en une source de revenus. Dans ces lieux, on observe que ce sont les locaux qui se sont adaptés aux touristes et non l'inverse. Les professionnels du tourisme et ceux qui en vivent de manière plus informelle (vendeurs de rue, chauffeurs de rickshaw, etc.) parlent parfaitement l'anglais. Ils connaissent les goûts culinaires, musicaux et vestimentaires des touristes et agissent en conséquence.

 

A Jaisalmer (Rajasthan), dernière ville indienne avant la frontière pakistanaise, nous avons eu l'occasion d'observer l'influence qu'ont les touristes français sur une partie de la jeunesse locale. Alors que nous marchions dans la ville, un jeune d'une vingtaine d'année nous interpelle : "Vas y, tu repasses vers 19h ce soir, on va prendre l'apéro avec des amis au bar qui est là, juste un peu plus haut dans la rue. Tranquille, avec un peu de musique. Tu connais Hocus Pocus, la rue kétanou, Vitalic, TTC, Justice. J'ai plein de bonne musique tu vas voir. Et puis y a toujours du monde, des Anglais, des Français, des Espagnols, des Australiens, des Américains"...

 

Le tourisme est vecteur de changements et influence la jeunesse locale. En plus de parler quasi parfaitement le français - qu'il nous affirme avoir appris auprès des touristes, sans avoir eu à bouger de son café - les goûts musicaux de ce jeune indien de Jaisalmer sont les mêmes que ceux d'un Français du même âge. S'il est clair qu'il n'a jamais entendu ces artistes sur une radio locale, ni même nationale, le tourisme les lui a apporté. Mais en prenant un jeune du même âge habitant à 10 kilomètres d'ici, il n'appréciera sûrement pas ces styles de musique et ne connaîtra pas non plus un seul mot de Français, ni même d'anglais.

Dans sa quête sur la trace des hippies dans les années 2000, R. Mc Lean faisait la même observation. Alors que ces jeunes quittaient leur pays pour rejeter le modèle d'une société de consommation et dans le dessein de s'immerger dans une autre culture, ils ne faisaient en réalité que modifier les espaces qu'ils traversaient par leur simple présence. Ainsi, plus de 30 ans après, l'auteur de Magic Bus a rencontré des Iraniens, des Afghans ou bien encore des Turcs pour qui le fait d'avoir fréquenté des hippies avait changé leur jeunesse. En vivant dans des villages parfois isolés, mais constituant des lieux immanquables pour ces jeunes occidentaux, la jeunesse locale s'est mis à écouter les grands classiques de l'époque, à parler anglais et à lire les livres phares de la génération hippie, comme celles de Ginsberg et Kerouac. Les hippies ont aussi favorisé le développement de la culture et du trafic du pavot et du cannabis dans ces régions.

Les mêmes observations sont visibles dans tous les lieux touristiques fréquentés par les jeunes occidentaux du nord au sud de l'Inde. Ainsi, on y retrouve les mêmes restaurants, proposant la même cuisine occidentale ou indienne, mais adaptée aux palais occidentaux. La même musique est jouée dans les cafés, les guesthouses sont décorées de la même manière, proposent les mêmes tarifs, les mêmes standards. Les professionnels du tourisme sont régulièrement liés au trafic de drogue. On assiste ainsi clairement à une forme d'uniformisation et de perversion des lieux dédiés au tourisme. Et paradoxalement, de nombreux voyageurs s'y rendent pour s'imprégner de la culture et de la spiritualité indienne. Beaucoup ne semblent pas se rendre compte que les Indiens leur vendent ce que certains Occidentaux imaginent être de la spiritualité. Yoga, méditation, massages ayurvédiques. On retrouve toujours ce type d'activités dans ces différentes villes. Quoi qu'il en soit, la religion indienne n'est pas facilement accessible à l'imaginaire occidental, et si certains arrivent à s'y plonger, c'est après de longues périodes d'observation, d'écoute et d'apprentissage, et non pas à travers la drogue comme certains ont souvent tendance à le croire.


- Epilogue…

Si le voyage est une mise en altérité, une remise en cause des croyances, des certitudes, des habitudes, il reste à de très rares exceptions près une expérience à durée déterminée. On peut donc se permettre de jouer le jeu le temps de son séjour en adoptant les habitudes des locaux, tout en sachant qu'une fois de retour chez soi, notre vie reprendra son cours normal.
Une fois de retour chez soi, le sac déballé, renfermant des souvenirs matériels et dégageant les dernières odeurs du pays, le voyage est terminé. La vie peut reprendre son cours normal jusqu'à la prochaine fois, pour une autre destination, qui nous plongera dans un nouvel environnement et face à des expériences que nous tenterons de décrypter et de vivre, chacun à notre manière.


Immobilisation du train pendant plus d'une heure en plein milieu de la voie (région du Maharastra).
Les passagers tuent le temps comme ils le peuvent en jouant aux cartes, fumant une cigarette ou en improvisant un picnic.

 

 

Notes

1. Les Hijras sont des transsexuels et des travestis qui, en Inde, sont considérés comme des personnes fétiches. Elles forment des communautés très structurées au sein desquelles les Sechelas (disciples) dépendent des gourous. Elles vivent de la mendicité et font parfois l'objet d'achat et de ventes de la part de leurs gourous. Au vue de nos observations personnelles, il semblerait que pour les Indiens, donner aux Hijras est un geste porte bonheur.

2. Dans les bus locaux, une ou deux personnes sont en général chargées de vendre les tickets aux passagers montant dans le bus en cours de trajet. Nous les nommerons simplement "vendeurs de tickets".



Bibliographie

- S. APRILE & S. DUFOIX. Les mots de l'immigration. Paris : Belin, 2009.
- D. BRAHIMI. Mungo Park en Afrique ou l'explorateur exploré. Dix huitième siècle, n°22, Paris : PUF, 1990.
- D. LAGARDE. Le phénomène Karma Casher, l'expression d'un malaise pour la jeunesse israélienne ? Une étude des voyages des Israéliens en Inde après leur service militaire. Mémoire de Master 2, sous la direction de Rémy Delage et Patrick Gonin. Université de Poitiers : département de Géographie, 2009.
- R. MAC LEAN. Magic bus : Sur la route des hippies d'Istanbul à Katmandou. Hoëbeke, 2008.
- H. MARTINSON. Voyages sans but. Paris : Stock, 1991.
- H. MICHAUX. Un Barbare en Asie. Paris : Gallimard, 1986.
- A. NOUSS & F. LAPLANTINE. Le métissage. Paris : Teraèdre, 1998.
- J. STEINBECK. Les naufragés de l'autocar. Paris : Gallimard, 1977.
- J.-D. URBAIN. Secrets de voyage, Menteurs, imposteurs et autres voyageurs intérieurs. Paris : Petite bibliothèque Payot, 2003.

 

Remarque

Plus d'infos à propos de l'auteur et de ses activités: http://lagardedavid.wordpress.com/