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La Patagonie chilienne à la croisée des chemins

Barrages hydroélectriques ou tourisme, quel choix pour la région de Aysén?



par Fabien Bourlon et Patricio Segura

 


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La Patagonie chilienne est considérée comme l'un des derniers " wilderness " (Nash, 2001) de la planète… Une terra incognita, une terre oubliée et un espace d'une très forte valeur symbolique, comme l'expose très justement le titre de l'ouvrage de Schneier-Madanes (1996) : Patagonie, une tempête d'imaginaire.
Au sein de cet immense territoire patagonien, Aysén, la onzième région du Chili, apparait comme son espace le plus sauvage, avec seulement 100.000 habitants pour 108.494 km2, concentrés à 65% dans la capitale Coyhaique et le port Puerto Aysén, donnant lieu pour certaines communes à une densité de 0,02 habitant au Km2. Une région longtemps " oubliée " des autorités chiliennes et des grandes multinationales spécialisées dans l'extraction des ressources naturelles, du fait également des réalités géographiques et climatiques qui ont longtemps limité l'accès aux forêts et richesses minières. Seule la côte pacifique a été historiquement le théâtre d'extractions semi-industrielles pour la pêche et le bois à partir du XVIIIe siècle, et, récemment, celui de l'installation de centaines de fermes d'élevage de saumon. Le continent est lui resté très peu accessible du fait de l'inexistence de routes, ce jusqu'à la construction des premiers tronçons de la Route Australe (la " Carretera Austral "), initiée sous la dictature du général Augusto Pinochet dans les années 1970. C'est d'ailleurs précisément à ce moment que l'entreprise publique ENDESA (Empresa Nacional de Electricidad Sociedad Anónima) évoque les potentiels hydroélectriques associés aux fleuves Baker et Pascua, jusqu'alors connus des seuls explorateurs du XIXe siècle et des colons du XXe. Le tourisme pour sa part n'apparait que dans les années 1980, sous la forme de quelques aventuriers et pêcheurs sportifs, venus découvrir les montagnes et les rivières de Patagonie, un espace alors encore presque inconnu. Aujourd'hui la région d'Aysén reçoit, sans doute, selon le service régional du tourisme SERNATUR, 150.000 visiteurs. La région est bien loin d'être une destination phare pour le tourisme de masse international, cependant celui-ci est devenu significatif au point de représenter la deuxième activité productive derrière la pisciculture (élevage de saumon), devant l'agriculture, l'activité forestière et minière. C'est dans ce contexte, lorsque se confirment en 2006 les intentions de la multinationale ENDESA, privatisée sous le régime de Pinochet dans les années 1980, de construire 5 méga-barrages sur les 2 plus grandes rivières de Aysén, le Rio Baker et le Rio Pascua, que surgit le débat sur la pertinence de ces projets industriels pour le développement de la région du fait des impacts probables sur l'environnement, sur les communautés et l'ensemble des activités productives régionales. Dès lors s'engage une forte campagne citoyenne baptisée Patagonie Sans Barrages (Patagonia Sin Represas) menée par de nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) régionales réunies d'abord dans le collectif Aysén Réserve de Vie (Coaliciòn Aysèn Reserva de Vida) puis dans le Conseil Pour la Défense de la Patagonie (Consejo Défensa de la Patagonia), où s'intègrent des organisations nationales. Alors qu'au niveau national et toutes tendances politiques confondues, le projet est présenté comme " la " solution aux problèmes énergétiques du Chili, celui-ci apparait au niveau régional comme un projet sacrifiant une région aux intérêts privés de deux entreprises. Pour les " Patagons " il s'agit d'une solution mirage, dangereuse, pour palier aux problèmes de gestion énergétique non planifiée du pays, dont les besoins de la capitale, Santiago du Chili, située à 2300 km de là, et de l'industrie minière de l'extrême nord du pays, dans le désert d'Atacama. Aucune part de l'énergie produite n'étant prévue pour la région, les acteurs économiques du territoire expriment des sentiments divergents allant de l'indifférence à l'espoir de gains à court terme mais aussi mêlés de doutes et d'incertitudes, surtout pour le secteur du tourisme. Pour certains la construction des barrages signifierait la fin de l'attrait touristique d'une des régions les plus sauvages de la planète alors que pour d'autres, les plus " opportunistes " des entrepreneurs locaux, il s'agirait d'une occasion de faire des affaires en adaptant l'offre de leurs services touristiques actuels aux besoins futurs du secteur hydroélectrique, pendant la phase de construction. Dans ce concert des voix discordantes, les environnementalistes, régionalistes et anti-capitalistes apparaissent eux convaincus des méfaits globaux des projets, signifiant la fin des espoirs de voir leur territoire reconnu comme une " réserve de vie " et un modèle pour le développement durable, équitable et endogène.


MEGA-BARRAGES EN PATAGONIE : LES CHEMINS CITOYENS POUR UN DEVELOPPEMENT LOCAL DURABLE

La réaction de la communauté régionale vis-à-vis de la possible construction de 5 à 9 méga-barrages hydroélectriques par HidroAysén (consortium composé de ENDESA, hispano-italo-chilien, et de COLBUN, chilien, deux des principaux opérateurs du pays) ainsi que Energía Austral (entreprise liée au groupe minier suisse Xstrata) s'est exprimée bien au-delà de la participation " formelle " lors des enquêtes publiques et des évaluations d'impact des projets. Pour la plupart des citoyens, mais aussi pour l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) dont le Chili est membre depuis 2010, le Système d'Evaluation d'Impact (Sistema de Evaluación de Impacto Ambiental, SEIA) chilien semble largement insuffisant au regard de la magnitude des projets et des enjeux. Les Patagons d'Aysen et leurs associations, formelles ou spontanées, ce sont exprimés de multiples manières sur ce fait à partir de 2005 (1) en dénonçant une fraude et un processus de négation de la participation citoyenne. L'universitaire Claudio Meier évoque le cas du projet de centrale hydroélectrique du Río Cuervo comme étant une " aberration " qui montre comment le SEIA ne fonctionne pas puisqu'il permet la construction d'ouvrage inefficient alors qu'on pourrait avoir un projet " vert " avec des turbines au fil de l'eau. Il conclut que le système ne cherche pas à améliorer les projets mais seulement à remplir, sur le papier, les obligations internationales du Chili en matière environnementale, le projet étant déjà approuvé par le gouvernement (Meier, 2011). Alors qu'en avril 2005 la presse nationale annonce la reprise des projets d'ENDESA, en dormance depuis les années 1970, de construire des barrages dans la région de Aysén.
Quatre organisations régionales (Corporación Privada para el Desarrollo de Aysén, la filiale local du Comité Pro Defensa de la Flora y Fauna, l'Escuela de Guías de la Patagonia et la Corporación Costa Carrera) avec l'appuis de fonds publiques initient des ateliers et rencontres débats visant à informer des enjeux liées aux initiatives des compagnies hydroélectriques. Ces " ateliers " baptisés " Pour le Chili et Aysén... apprenons à propos de l'énergie " (" Por Chile y Aysén… aprendamos de la energía ") donnèrent lieu à la création de la Coalition pour Aysén Réserve de Vie (Coalición Ciudadana por Aysén Reserva de Vida, Coalition ARV) en janvier 2006 et à la déclaration publique exprimant sa " vision critique " des projets de Endesa, contradictoire avec les objectifs régionaux pour le développement durable de Aysén. Rapidement d'autres organisations régionales comme l'Ecole NOLS, la Chambre de Commerce et Tourisme de Puerto Río Tranquilo ainsi que le Regroupement des Défenseurs de l'Esprit de la Patagonie (Agrupación de Defensores del Espíritu de la Patagonia, ADEP) de la ville de Cochrane (la plus proche du lieu de construction possible des barrages), rejoignent le collectif. Le cas de l'ADEP est emblématique car tout comme les jeunes de Cochrane, ces regroupements expriment alors l'idée que les projets d'Endesa sont une menace non seulement pour les écosystèmes mais aussi pour la culture, l'identité et la qualité de vie des habitants du territoire. Grâce aux ateliers, la Coalition ARV obtient l'appui financier de plusieurs personnalités et fondations chiliennes et étrangères qui s'enthousiasment de leur action. Une fois l'alliance établie entre les groupes de Coyhaique et ceux de Cochrane, les organisations de Santiago du Chili rentrent dans le mouvement, permettant alors, dans ce pays ultra centralisé, une représentativité au niveau nationale où se préparent et se prennent toutes les décisions. L'ONG Ecosistemas qui mène depuis plusieurs années des actions en liens avec la Patagonie devient un allié stratégique et moteur pour structurer le mouvement global de défense, face aux méga-projets énergétiques. L'action du Conseil pour la Défense de la Patagonie (Consejo Defensa de la Patagonia) s'exprime par le biais d'ateliers d'informations et de communications autant que l'organisation de marches, manifestations, recours en justice afin de s'opposer aux demandes de concessions électriques et d'acquisition de droits d'eau (système unique au monde de droits d'usage des ressources en eau à perpétuité, échangeable et revendables) ou encore la réalisation d'études tel que l'impact possible des barrages sur le tourisme et les activités productives régionales traditionnelles. Ce mouvement citoyen entraine dans son sillage d'autres revendications liées à la défense du territoire et de son identité. Ainsi le regroupement des jeunes Tehuelches (du nom d'une des tribus natives du centre de la Patagonie), s'applique à recréer et à travailler sur l'identité locale. Cette association informelle composée de jeunes de la région ayant dû quitter leur région afin de poursuivre leurs études universitaires au " Chili " (sous entendu que la Patagonie n'en fait pas partie), dans les villes Puerto Montt, Temuco, Valdivia, Valparaiso ou Santiago. Les membres les plus actifs de l'organisation, à Santiago et à Valparaiso, mènent le 21 mai 2006 (jour de la fête nationale commémorant la victoire navale du Chili sur le Pérou lors de la Guerre du Pacifique en 1879) une première grande manifestation contre la présidente socialiste Michelle Bachelet au moment de son discours au Congrès. L'image d'immenses banderoles en tête des marches déclarant " No a Endesa " (Non à Endesa) et " Aysén Sin Represas " (Aysén Sans Barrages) frappe l'opinion publique chilienne, surprise par cette mouvance des jeunes. A partir de cet instant " être " d'Aysén et étudier " dans le Nord " cesse d'être un stigma vis-à-vis des compagnons d'université et au contraire devient un trait de caractère distinctif et synonyme d'orgueil. Portant de manière ostentatoire le béret patagon, revalorisant les traditions des grillades de moutons, buvant le maté (sorte de tisane), jouant au " truco " (jeu de carte populaire en Patagonie) et utilisant en fin de phrase l'interjection "ch" (d'origine argentine), ils revendiquent leur différence et leur appartenance à la Patagonie. On observe même dans certains cas des adolescents qui choisissent enfin des études leur offrant de opportunités professionnelles afin de travailler dans leur région d'origine, dans le domaine de l'agriculture, de la forêt, du tourisme, de l'environnement et du développement durable. Avec ces organisations surgissent de nombreuses nouvelles autres structures, du nord au sud de la région et non plus seulement proches des possibles sites des barrages: le Groupe de Défense du Bassin de la Rivière Palena, " Entre Mañíos y Baguales de Mañiguales " (qu'on peut traduire par " Entre rivières et animaux sauvages du village de Mañiguales "), " Entre Rivières et Cordillère de Villa Ortega ", " Wall Mapu de Puerto Aysén " (groupement indigène), Association les Héritiers de la Patagonie de Villa Cerro Castillo, Antukulef de Chile Chico, Défenseurs du Bassin du Río Murta du village de la Baie de Murta, Association Culturelle et Environnementale de Puerto Río Tranquilo, Chonkes (nom péjoratif donné par certains Européens aux indigènes Kawésqar du Pacifique) de Caleta Tortel, Association Culturelle et Environnementale du Río Pascua de Villa O'Higgins. Toutes clairement opposées aux projets de barrages hydroélectriques des entreprises de HidroAysén et Energía Austral. A ces organisations se rallient bientôt des organisations traditionnelles comme la Chambre du Tourisme de Coyhaique, le Syndicat des Travailleurs de la construction de Coyhaique, la Centrale Unitaire des Travailleurs, les comités paysans d'El Claro et Valle Simpson, entre autres.


MEGA-BARRAGES ; OPINIONS ET POSITIONS AU SEIN DE LA COMMUNAUTE DE AYSEN

Au regard de l'énoncé précédent, il semblerait que la plupart des organisations régionales sont critiques vis-à-vis des projets hydroélectriques. En réalité, les choses sont plus complexes et pour comprendre la posture de la communauté dans son ensemble, il est utile de diviser en 4 grands points de vue exprimées vis-à-vis des projets.
Il existe d'une part ceux qui s'opposent par principe à ces projets, pour eux aucune compensation, mesure d'atténuation ou de réparation ne peut limiter l'impact culturel, éco-systémique, social ou économique qu'ils génèreraient. Il s'agit là du point de vue de la plupart des organisations déjà décrites, pour elles il existe d'autres alternatives de production électrique au Chili et des voies pour un développement véritablement durable de la région. Ce sont les " opposants " (2).
Il existe ensuite ceux qui considèrent que les projets dans leur ensemble sont nécessaires pour le Chili et Aysén. Les projets seront selon eux bénéfiques et pourront même favoriser cela que d'autres affirment serait détruit: le tourisme notamment, grâce à l'incorporation de ce nouveau territoire au reste du pays par le biais de nouveaux chemins et l'augmentation des visiteurs (travailleurs inclus), les écosystèmes grâce aux nouvelles aires de protection qui pourraient voir le jour grâce aux connaissances acquises pendant les études d'impact, la qualité de vie grâce à l'emploi, aux bourses d'études et fonds spéciaux offerts par les entreprises. Ce sont ceux qu'on définit comme les " pro-barrages ", qui semblent peu nombreux, en tout cas si l'on s'en réfère au nombre de ceux qui déclarent publiquement ce point de vue (3).
Il y a ceux qui anticipent les impacts négatifs des projets, sentent que les pouvoirs économiques et politiques qui les appuient est tel qu'il serait inutile, voir ridicule, de s'y opposer. La phrase fréquemment entendue et qui résume cette tendance est "moi je n'aime pas les barrages mais quoi qu'il arrive ils vont les faire quand même" (4).
Enfin, se trouvent ceux qui sont qualifiés par les " opposants " comme les " négociateurs ". Ils perçoivent eux aussi que le niveau d'intervention du territoire associé à la construction des barrages serait très élevé, mais ils ont confiance dans l'idée que l'intérêt des entreprises et celui de l'Etat (étant entendu comme le gouvernement en place) est tel qu'il est possible de négocier des bénéfices (essentiellement économiques) pour la région. L'organisation qui représente cette pensée et l'exprime publiquement est la Corporation Aysén pour Aysén (5), née peu après la présentation officielle des projets de HidroAysén, et qui a déjà reçu certaine " donations " de la dite entreprise pour son fonctionnement.
Ce qui normalement pourrait être compris comme étant des postures diverses face à un projet complexe pour Aysén donne en réalité lieu, du fait des sentiments exacerbés qu'il génère à l'existence de deux " bandes " rivales. La tension est perceptible dans toutes les villes et villages et s'exprime par des menaces virulentes proférées con les autorités qui ont approuvé l'étude d'impact le 9 mai 2011 (6) par des actions directes nommés "funas" (action de rejet " énergique ") à l'encontre de tous ceux qui montrent leur appui au projet. De la même manière certains professionnels et techniciens se voient " mis au placard " ou " interdit " de postuler à des postes dans les administrations publiques locales pour avoir partager des points de vu critiques vis à vis des projets. Certains fonctionnaires ont ainsi été sanctionnés pour avoir fait part d'irrégularités dans les procédures d'évaluation d'impacts du projet HidroAysén (7) et on observe que les autorités en place développent leurs actions et activités avec des organisations plus réceptives au projet ou prêtes à "négocier".
Ce qui arrive à Aysén n'est bien entendu pas surprenant car l'un des effets des grandes corporations ou multinationales sur des territoires où se convoient des ressources naturelles est de dissoudre la cohésion sociale basée sur la confiance (8). Une cohésion sociale et une confiance collective qui fait chaque jour un peu plus défaut dans la région de Aysén, depuis l'arrivée de Endesa et ses projets.


LE DILEMME DU SECTEUR TOURISME

Le tourisme apparait comme le secteur productif régional qui serait le plus affecté par le développement des projets de barrages et de lignes à haute tension, cet enjeu a été de fait clairement identifié dès le début du conflit par les habitants d'Aysén (9). Il existe une sorte d'unanimité concernant le potentiel touristique d'Aysén mais une intense discussion a vu le jour au mois d'août 2010 suite à une déclaration dans la presse chilienne du vice-président de la Fédération des Entreprises de Tourisme (Fedetur), Eugenio Yunis, dans le cadre du 23e Congrès de l'Association Chilienne des Entreprises de Tourisme (Achet) qui se tenait dans la ville d'Arica. Ce dirigent exprima, suite à un exposé du vice-président exécutif de HidroAysén, Daniel Fernández, que les 5 barrages sur les rivières Baker et Pascua à Aysén " ajouterait de la valeur touristique à la Patagonie ", précisant ensuite que la principale peur des entrepreneurs était " l'impact environnementale que pourrait avoir la construction des lignes de transmission " (10). Les réactions de nombreux acteurs de la Patagonie chilienne furent très dures à l'encontre de l'opinion de Yunis. Les chambres de tourisme de Chaitén, de Futaleufú, de Coyhaique, de Puyuhuapi et de La Junta ainsi que l'association Culturelle, Touristique et Environnemental de Puerto Río Tranquilo, et les associations professionnelles du Tourisme Rural et Opérateurs de Pêche sportive, répondirent presque immédiatement par une déclaration publique : " L'intégrité de la Patagonie est menacée de ne plus être un territoire d'exception et le témoin d'une nature unique au monde, que nos enfants ont le droit de connaître et nous le devoir de défendre " (" La integridad de la Patagonia se ve amenazada de dejar de ser un territorio excepcional y testimonio de una naturaleza única en el mundo, que nuestros hijos tienen derecho a conocer y nosotros el deber de defender "). Cette conclusion des entrepreneurs régionaux (11) est le reflet du quid de la discussion concernant la compatibilité ou l'incompatibilité des grandes infrastructures énergétiques dans des territoires d'exception et de grande projection touristique, tels que la Patagonie et Aysén. C'est dans ce contexte qu'il est intéressant de faire une analyse des possibles impacts sur le développement touristique que générerait l'éventuelle construction d'au moins, 9 barrages (par HidroAysén; 2 sur le Río Baker; 3 sur le Río Pascua et par Energía Austral; 4 sur les rivières Cuervo, Cóndor, Blanco et Blanquito), l'inondation de plusieurs milliers d'hectares, des ouvrages et infrastructures associés aux barrages (ports, routes, etc.), 180 kilomètres de réseaux électriques alternatifs interconnectés avec des tours de 75 m de hauteur, 2.300 kilomètres de ligne de haute tension en courant continue avec une frange de servitude de 100 m entre Aysén et Santiago. Associés aux projets, les impacts démographiques, sociaux, culturels et environnementaux, liés à la gestion des déchets, la créations de sites d'extractions de matériaux pour la construction, ainsi que de " villes-campements " pour quelques 5 à 9000 travailleurs annoncés ont été analysé dans plusieurs rapports de plusieurs milliers de page chacun, tel que l'exige l'Etat chilien, mais sans la profondeur ni les exigences méthodologiques habituels dans les pays dits " développés ". De ce fait de nombreuses opinions issues des diverses organisations et acteurs du tourisme régional ont déclaré leur vision des enjeux et des impacts positifs et négatifs du possible développement hydroélectrique (Hartmann, 2006; Max Neef, 2007; Cámaras de Turismo, 2008; Pasalacqua, 2008; Salamanca, 2011). Des études universitaires basées sur des enquêtes d'opinions (Rojas y Torres, 2008) montrent qu'un segment des entrepreneurs en tourisme considèrent que les projets seraient un apport, car ils entraineraient une augmentation des flux de personnes vers la région, bénéficiant ainsi à l'économie locale, par le biais des prestataires de services de transport, de logement et d'alimentation. Mais, au contraire, les chambres de commerce et de tourisme (Cámara de Turismo de Coyhaique, 2008; Cámara de Turismo y Comercio de la Junta, 2008; Cámara de Turismo y Comercio de Puyuhuapi, 2008) eux déclarent que leurs membres considèrent en grande majorité qu'un développement hydroélectrique de grande ampleur porterait préjudice à la zone, car ils empêcheraient Aysén de devenir une destination d'envergure internationale. Pour eux la campagne " Patagonia Sin Represas " s'efforce de sauver la vocation touristique de la région et a permis en outre de mettre en avanr le côté sauvage et vierge de la Patagonie chilienne (Cámara de Turismo de Coyhaique, 2007). En définitif le problème est de savoir si les bénéfices à court terme, pendant la construction des barrages, peuvent être tels qu'ils perdureront dans le temps, et ce malgré les impacts sur le secteur tourisme. Il semble évident que le développement d'un territoire doit être pensé dans le long terme et il est donc primordial d'évaluer les scénarios et la situation sociale et économique une fois le boom de l'activité industrielle terminé. La région aura-t-elle ainsi progressée et observerons-nous un développement régional durable avec d'amples améliorations économiques et sociales? Le doute est grand car la vocation du territoire à été définie ces 15 dernières années par ses acteurs autour des trois pôles productifs : l'élevage du saumon, la pêche et le tourisme. (SERPLAC 2000, Gobierno de Chile 2011), sans évoquer aucunement de développement hydroélectrique.


QUEL DEVELOPPEMENT TOURISTIQUE POUR AYSEN ?

Quel tourisme pouvons-nous nous entrevoir pour Aysén ? Les projets hydroélectriques peuvent-ils renforcer son essor ? Il est important déjà de rappeler que pour l'Organisation Mondiale du Tourisme (WTO, 2004) les activités touristiques sont " celles que réalisent des personnes durant leurs voyages et séjours dans des lieux différents de leur environnement habituel pour une période consécutive inférieure à un an, a des fins de loisir, affaires ou autres motifs ". Cette définition laisse clairement entrevoir que les travailleurs associés aux projets de barrages ne peuvent pas être considérés comme apportant au développement du secteur du tourisme, contrairement à ce que certains acteurs chiliens ont laissé entendre. Par ailleurs, bien que le tourisme soit une activité de prestation de services qui peut être dissociée des motivations du voyageur, on ne propose pas les mêmes infrastructures ou accueils aux travailleurs des chantiers de construction qu'aux touristes. Il est aussi important de compléter la définition du " touriste " comme étant celui d'un voyageur qui recherche des " destinations " aux qualités spécifiques et connues d'avance, tout en éprouvant lors de son voyage de " repos " une expérience émotionnelle ou éducative enrichissante. En conclusion, il est clair que l'augmentation du flux des personnes " déplacées du travail " ou " forcées au déplacement " - ces " voyageurs forcés " (Michel, 2009) - ne contribuera point à l'émergence d'un développement touristique à la fois " vert et ouvert " (Michel, 2011) et affectera en revanche l'essence du lieu, et même tout sens de la " destination ".
Certains pensent qu'un développement industriel est compatible avec le tourisme sur un même territoire (Pasalacqua, 2008; Hidroaysen, 2008; Yunis, 2011) en faisant référence à certains cas de pays industrialisés où le développement touristique s'associe aux lacs artificiels. Cependant, bien qu'il soit possible de profiter de certains aspects secondaires et postérieurs au développement industriel pour créer des activités touristiques, cela ne constitue pas en soit le cœur de l'attrait de ces lieux. Aussi faut-il noter que dans le cas des pays fortement industrialisés, les habitants des centres urbains proches s'accommodent pour leurs loisirs d'espaces fortement aménagés et " dénaturés " (Bourlon, 2009; Duffield, 2009). La Patagonie est une destination " lointaine ", la ville importante la plus proche, Comodoro Rivadavia, se situe à 500km, et il semble impossible d´y construire une offre touristique " classique " et de concurrencer alors d'autres destinations aux ressources naturelles " artificialisées ".
Toute stratégie pour un développement touristique cherche à faire de la destination en question un lieu sur lequel aucun voyageur du monde ne veuille se perdre. Bien que les services touristiques (hôteliers, restauration et transport) puissent éventuellement se passer d'un label de qualité ou de différenciation, la destination " Aysén de la Patagonie " nécessite elle des attraits naturels et culturels de grande qualité (SERNATUR, 2008; Irvine, 2008; CEGESTUR, 2007). Bien entendu il faut pouvoir compter sur des services spécialisés de qualité (pour l'agritourisme, la pêche à la mouche, la navigation, les sports d'aventure, etc.), mais pour Aysén l'attrait c'est avant tout la Nature " vierge ". En cela l´image de cette destination est cohérente dans la campagne international que mène le Chili " La nature qui vous émeut " (SERNATUR 2006). En 2008 un expert anglais en communication, Simon Anholt, conseiller du gouvernement de Bachelet déclara que si le projet HidroAysen se réalisait tout effort pour améliorer l'image international du pays serait vain. Le Chili, pour assurer son développement économique, devant apparaitre en Amérique latine comme le leader d'un développement respectueux de la nature (Anholt, 2008).
L'expérience d'opérateurs nationaux qui proposent des circuits en Patagonie complets (de Puerto Montt jusqu'à Punta Arenas en passant par Aysén et l'Argentine) indiquent que ce que valorise le plus les touristes lors de leur passage à Aysén est sa nature à l'état pure (Torres, 2008), en plus des modes de vies traditionnels encore vivaces. Ils n'évoquent ni les villes, ni les infrastructures ou complexes hôteliers spécifiques. De fait il suffit d'observer comment des destinations touristiques de qualité, dans des zones naturelles " sous développées ", comme le Pérou, le Népal et même l'Alaska aux Etats Unis, ont aujourd'hui une grande valeur et font concurrence aux autres hauts-lieux touristiques " industrialisés " de la planète. Aysén est sans doute une destination en " construction ", mais il suffit d`observer comment d'autres lieux touristiques chiliens et argentins (désert d'Atacama, El Chalten, Torres del Paine) ont surgi il y 15 ans pour comprendre qu'elle peut devenir un " must " du tourisme international (CORFO, 2007). Preuve en est la classification par la BBC en 2009 de la " Route Australe " comme étant l'une des 5 plus belles route du monde.


EVALUATION DES PERTES ET DES GAINS POUR LE TOURISME EN CAS DE CONSTRUCTION DES BARRAGES

Un exercice important pour les autorités régionales a été d'estimer les pertes et les gains associés à la construction des barrages. Les visions positivistes des entreprises HidroAysén et Energía Austral ont été durement critiquées par les universitaires chiliens (Pabich, 2009; Ponce, 2008; Rojas, 2008; Ponce, Roberto et al., 2011; Salamanca, 2011). Selon les services de l'Etat chilien (Corporación de Fomento de la Producción et le Servicio de Cooperación Técnica) ainsi que l'Université du Chili, il faut préciser que le tourisme a rapporté $74 million de dollars pendant l'année 2007 et probablement $84 million en 2009 (sur la base de 150 000 visiteurs dépensant en moyenne 100 US$ par jour sur un un séjour moyen estimé à 5 ou 6 jours). Ceci représente environ et au moins 9% du PIB régional (SERNATUR, 2009; Bourlon, 2009).
Dans leurs études sur le sujet, le département de Sociologie de l'Université de Concepción (Rojas y Torres, 2008) et la faculté des Sciences Sociales et l'Institut des Etudes Urbaines de l'Université du Chili (Jaramillo y Sapiains 2008, Salamanca, 2008 y 2011) concluent que bien qu'il puisse y avoir des bénéfices économiques associé à la construction des barrages, ceux-ci ne compenseraient pas les impacts liés à la chute de l'activité touristique. Ils prévoient aussi de nombreux impacts sociaux et un coût de gestion élevé pour l'Etat chilien. Le manque à gagner pour le secteur du tourisme se situerait entre 30 et 40 millions de dollars par an (sur la base d'enquête d'intentions où apparait une chute de 71% des intentions de visites si les barrages se faisaient). De son coté le Département de Tourisme du CIEP, dans un rapport technique pour la région, évalue qu'en 10 ans la perte d'emploi du secteur tourisme s'élèverait à 7000, sur la base du maintient du taux de croissance actuel du tourisme régional et des intentions de visites exprimées par les touristes dans des scénarios avec ou sans barrages (Bourlon, 2009).
Alors qu'ENDESA annonce en 2008 un investissement initial de 3.2 M$ millions de dollar pour les barrages (HydroAysén, 2008) et de 3.8 M$ pour les lignes de transmission. Aujourd'hui déjà on est évoque le double de ces montants, du fait de la complexité du territoire. Par ailleurs, on annonce la création de quelques 5500 emplois au pic de la construction, mais 150 seulement durant la phase postérieure. Dans son étude, le professeur de l'Université du Chili, Fernando Salamanca (Salamanca, 2008), évalue les bénéfices économiques annuels des projets hydroélectriques à 7.8 millions de dollars, sur la base des emplois annoncés : 480 emplois directs et quelques 385 emplois indirects au salaire moyen de la région de 750 US$/mois. D'un autre côté, il évalue 20 millions de dollars les manques à gagner (perte de valeurs immobilières des terrains, de certaines activités phares du tourisme régional, de l'attrait de la destination dans son ensemble et des actifs valorisables pour le tourisme, du fait des terrains inondés et défrichés pour les lignes à haute tension). Il estime à 4371 les emplois créés par le tourisme actuellement et que ce chiffre passerait à 864 emplois pendant la phase de construction des barrages.
Finalement il faut aussi évoquer les pertes en termes de potentialités économiques futures. Que perd Aysén à ne plus pouvoir être une destination touristique d'importance mondiale ? Le cas de El Chalten, haut-lieu touristique de la Patagonie argentine est emblématique, il a été créé en 20 ans de toute pièce, attire environs 50.000 visiteurs par an et fait vivre une ville de 2000 habitants en été, dont 500 résidents permanents, contre 40 en 1991, une augmentation qui cause d'ailleurs d'importants problèmes de gestion (http://www.elmundo.es/suplementos/viajes/2005/44/1123063034.html). Selon Salamanca, cette perte du " capital touristique " s`évaluerait au moins à 128 millions de dollars (Salamanca, 2008).
Dans ce contexte et au-delà des batailles de chiffres, il est intéressant d'observer que les dernières enquêtes d'opinion montrent qu'au niveau régional et national le rejet à l'idée des projets de HidroAysén augmente toujours, en mai de 2011 il était supérieur à 70 % (Aysén Futuro, 2011; UTFSM-Cooperativa-Imaginación, 2011). De son coté, le Centre d'Etudes Publiques (Centro de Estudios Públicos), l'un des " think thank " les plus respectés du Chili, a déterminé que 51 % des Chiliens mettent en doute la partialité du gouvernement en place dans la gestion du dossier et l'acceptation préliminaire en mai 2011 du projet par le biais du conseil régional de l'environnement (Consejo Regional para el Medio Ambiente, formés par 11 représentants des Services Publics, commission chargé d'évaluer les impacts et mesures de compensation proposés par l'entreprise). Il semble exister à ce jour, tant au niveau régional que national, un consensus pour dire qu'il n'est pas forcément nécessaire de " sacrifier Aysén " pour résoudre les problèmes énergétiques du Chili.


PERSPECTIVES: UN BESOIN DE GESTION INTEGREE ET DE MEILLEURE GOUVERNANCE

Pour remettre le débat en perspective, on constate que dans certains pays comme la Nouvelle- Zélande et la Norvège où coexistent projets hydroélectriques et développement touristique, la gestion des ressources naturelles et le développement des infrastructures sont intégrés. Il semble donc que le Chili doit avancer vers une meilleure gestion environnementale et de planification de son territoire, s'il souhaite comptabiliser ses besoins à long terme.
Aysén se trouve à un croisement des chemins : accepter les mégas projets hydroélectriques, tels que les proposent Hidroaysen et Energia Austral, ou bien choisir un moratoire et reprendre ses efforts en matière de planification du développement régional. Afin de sortir du conflit frontal, qui menace de s'aggraver, entre les intérêts des entreprises liées aux projets et les défenseurs d'un territoire libre de tout développement industriel (écologistes, régionalistes, anticapitalistes et entrepreneurs en tourisme de nature), il faut avancer dans le sens d'un usage rationnel des ressources. Le Chili doit revoir son Système d'Evaluation des Impacts Environnementaux (SEIA), notamment pour évaluer les grands projets industriels, mettre en place une véritable stratégie de gestion intégrée des bassins et faire en sorte que le Plan Régional d'Aménagement du Territoire (SERPLAC, 2005; Technische Universitat Berlin, 2002) soit véritablement respecté. Il s'agit aussi pour le Chili d'incorporer dans sa gestion environnementale des méthodologies d'évaluation sérieuses, basées sur des études scientifiques réelles (sur 3 ans au moins et non sur la base d'évaluations ponctuelles de 15 jours, ce que HydroAysen fait dans de nombreux cas...) et ce dans tous les domaines, tant de l'ingénierie, des études sur la biodiversité, des impacts synergiques, de la qualité et les valeurs paysagères (en utilisant des méthodes reconnues et non décidées par le bénéficiaire du projet), d'enjeux culturels, etc. Il s'agit aussi pour l'Etat de se donner des moyens réels pour réaliser des études complémentaires, afin de pouvoir évaluer les enjeux de son propre chef et non dépendre des seules informations et connaissances remises par le détenteur du projet. Ceci est particulièrement nécessaire pour un territoire aussi vaste et en grande partie encore méconnu. Des aspects clefs des possibles impacts des projets " oubliées " ou minimisés ont été mis en évidence: dans le domaine de la géologie, de l`hydraulique et de la sédimentologie, du transport (critique dans une région qui ne dispose que d'une route principale la Carretera Austral, principal axe touristique), des services de santé (manquement d'hôpitaux et autres centres de santé), de l'éducation (nombre très limités d'établissements et faible investissement de l'état), des probables conflits sociaux entre les travailleurs des projets (externes à la région, employés ou nouveaux venus à la recherche d'emploi), avec la communauté actuelle et l'insécurité probable, lié au triplement de la population locale (de la ville de Cochrane et dans la capitale régionale) lié à la prostitution et aux chocs culturels. Ce dernier aspect est évidemment critique tant pour les habitants que pour les visiteurs et donc le développement touristique.
Il semble fondamental de rechercher la compatibilité des usages des ressources naturelles ainsi qu'un consensus autour du développement régional, en étudiant les projets dans leur ensemble, sans pression politique et financière (des milieux industriels) et en intégrant des aspects tels que les choix de société, les besoins sociaux, les enjeux environnementaux et socio-productifs endogènes.
La production hydroélectrique à Aysén doit pouvoir s'intégrer à son plan de développement et participer de l'approvisionnement énergétique du Chili. Cependant il ne semble pas viable de proposer que cela soit la solution à tous les problèmes du Chili, notamment du fait que la production d'énergie ne verrait le jour qu'en 2020 et ne résout pas les soucis énergétiques actuels du Chili. Des alternatives doivent être encore étudiées, tel que réduire le nombre de projets, proposer des turbines au fil de l'eau (qui créent moins d'impacts), des tracés sous-marins ou enterrés de lignes afin de ne pas affecter les corridors touristiques.
La polarisation du conflit en faveur ou contre les projets de barrages affecte l'image du Chili au plan international et influence les possibles investisseurs associés au tourisme. Il est évident qu'une fois initié les ouvrages il y aura une chute de l'affluence des visiteurs à Aysén et, sans doute aussi, en Patagonie chilienne. Il est important de constater comment le débat sur le développement hydroélectrique dans la région d'Aysén affecte le pays dans son ensemble : des projets apparemment locaux, décidés par des acteurs nationaux aux capitaux transnationaux entrainent un conflit social local et global. Créer des instances pour des débats réels et constructifs avec des tables de négociation, associant acteurs de la société civile, des scientifiques, techniciens et politiciens, dont les choix seraient ensuite respectés et intégrés à la planification régional, sur la base d'un scénario ouvert, avec ou sans projets hydroélectriques, semble une nécessité. Jusqu´a présent on constate plutôt qu`a prédominé le principe dit de " participation manipulatoire ".
Dans ce pays ultra libéral qu'est le Chili, malgré 20 ans de gouvernements de centre gauche postérieur à l'ère Pinochet, la logique du commerce prime devant la gestion des ressources et des biens publics, dont l'eau. Toutes les politiques ont été menées selon la logique du développement économique par les entreprises et la création d'emploi, qui assurerait l'augmentation des richesses du pays et donc du bien-être de ses habitants. Il est temps que cela change, en partie au moins. Une bonne gouvernance locale permettrait de créer un environnement propice au développement durable, du tourisme et d'autres secteurs productifs traditionnels, elle favoriserait également les investissements de tous types favorables au plus grand nombre (Comisión Mundial de Represas, 2000; Duffield, 2009).

 

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Notes

1. "Un botín llamado Aysén", Revista Ecología Política, febrero de 2007. Cf. http://bibliotecaverde.wikieco.org/?file_id=992
2. Site web Patagonia sin Represas. Cf. http://www.patagoniasinrepresas.cl/final/
3. "Agua que no has de beber", El Diario de Aysén, julio de 2010. Cf. http://www.diarioaysen.cl/columnas.php?id=2287
4. "Ojala no hicieran las represas en la region, pero no quiero ser pesimista ni nada pero las represas las van a hacer igual". Commentaire sur Youtube. Cf. http://www.youtube.com/all_comments?v=7qQhjOGKOIs
5. Site web Corporación Aysén por Aysén. Cf. http://www.aysenporaysen.cl/
6. "Intendencia Aysén llamará a una mesa de diálogo", El Patagón Domingo, julio de 2011. Cf. http://www.elpatagondomingo.cl/?p=10140
7. "Funcionaria que denunció adulteración en informe para aprobar Hidroaysén fue sancionada", The Clinic, septiembre de 2011. Cf. http://www.theclinic.cl/2011/09/28/funcionaria-que-denuncio-adulteracion-en-informe-del-minvu-para-aprobar-hidroaysen-fue-sancionada-por-seremi-inhabilitado/
8. "Ríos Silenciados". Cf. http://www.pronaturaleza.org/archivos/pdf/Rios_Silenciados.pdf
9. "Desarrollo territorial y construcción de represas hidroeléctricas en Aysén". Investigación de Ximena Toledo O., Hugo Romero A. y Hugo Romero T, de 2006. Cf. http://mazinger.sisib.uchile.cl/repositorio/ap/arquitectura_y_urbanismo/r20067111445ayseneure.doc
10. "Fedetur cree que HidroAysén no alejará a los turistas a la Patagonia", Radio Cooperativa, 30 de agosto de 2011. Cf. http://www.cooperativa.cl/prontus_nots/site/artic/20110830/pags/20110830171652.html
11. "Apoyo de Fedetur a HidroAysén tensiona al gremio turístico del sur", Portal Terra, 9 de septiembre de 2011. Cf. http://economia.terra.cl/noticias/noticia.aspx?idNoticia=201109092242_INV_80168150

 

Remarque

Fabien Bourlon (fabienbourlon@ciep.cl) est géologue et chercheur. Il est actuellement directeur du Projet de Tourisme Scientifique de la Patagonie et spécialiste en développement touristique durable du Centre d'Etudes sur les Ecosystèmes de la Patagonie (Centro d'Investigaciones en Ecosistemas de la Patagonia, CIEP), Université Australe du Chili.

Patricio Segura est journaliste, président de la Corporación Privada para el Desarrollo de Aysén, CODESA, conseiller national au Collège des Journalistes du Chili, journaliste pour le Conseil Défense de la Patagonie et pour la revue Nature.