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EDITO


Campagnes


L'article en format PDF

 


Loin de la campagne, la côte "yougoslave" en 1986.
C'était avant la guerre fratricide et le tourisme de masse...

"De nouveau, on est au mois de mai.
Les jardins de ville débordent de lilas et de roses,
les vergers sont couverts de pommiers en fleur.
De part et d'autre de la route qui va de Kljuc à Sanski Most,
les champs sont laissés à l'abandon,
et sur une quarantaine de kilomètres
on ne traverse ou on ne côtoie que des villages fantômes,
détruits maison par maison, déserts à l'exception, ici ou là,
d'une bande d'écumeurs de gravats
ou d'une famille de réfugiés à la recherche d'un toit.
La plupart de ces destructions ne sont pas imputables à des combats,
elles ont été commises méthodiquement, de sang-froid".

Jean Rolin, Campagnes

 

 

Carnet (photo) de campagne (française) : des veaux, des vaches et des moutons!


Un brin outragé mais l'esprit libre, le général De Gaulle a dit un jour que les Français étaient des veaux ;
Saint-Michel, lui, veille sereinement du haut de son Mont sur les vaches déroutées...


Bienvenue à Matignon.
L'imagination au pouvoir : tous les chemins mènent à Matignon… en Bretagne. Tout un chacun - en "entrant à Matignon" - pourrait-il donc devenir premier ministre? Pas sûr…


Yport, en Seine-Maritime.
A défaut de bonne politique, on peut toujours s'en remettre au bon dieu, mais c'est toujours risqué de déléguer son pouvoir à un saint qu'on ne saurait voir…




En haut
A Plume la poule, en périphérie de Bordeaux, le seul nom dit tout...
En politique aussi, l'art de plumer les citoyens est monnaie courante, "élections piège à…", non? Plume la poule, tout un programme!
Il ne reste alors aux hommes qu'à prendre les armes pour changer l'ordre inique du monde, pour espérer abattre toutes les bastilles qui s'érigent, depuis l'âge des dinosaures à celui des éléphants…

A droite
Circulez y'a rien à boire… Pour mieux lutter contre les effets de l'alcool au volant, évitez de passer par la bouteille, charmant village au demeurant… Bref, pour arrêter de boire ne vous arrêtez pas à la bouteille, vous replongeriez de suite ! De la bouteille au café il n'y a qu'un pas… Des cafés, on en trouve à La Bouteille?




Grasse 1.
La délivrance, pas évident vu l'état de délabrement...


Grasse 2.
La logique, une spécialité très française...



Mulhouse 1.
La "Rue du Sauvage" aujourd'hui.
En 1940, les Allemands rebaptisent la rue "Adolf Hitler Strasse"… mais la nouvelle appellation ne restera en vigueur que quelques jours, en raison de la risée et des moqueries des citadins devant l'amalgame Hitler = Sauvage…


Mulhouse 2.
De nos jours, la "Rue du Sauvage" demeure mais, au fil du temps, et d'une décolonisation qui ne passe pas, de nouveaux paradoxes surgissent, comme ce… café au bon nègre où l'on sert à table, semble-t-il, un bon petit blanc ?


 

Brève réflexion sur une planète qui ne tourne plus rond
Vie et mort de la démocratie?

 

"Les Français sont trop humains, trop historiques, trop soucieux d'avenir et de passé.
Ils passent leur temps à faire le point. Ils ne savent pas devenir.
Ils pensent en termes de passé et d'avenir historiques. Même quant à la révolution,
ils pensent à un 'avenir de la révolution' plutôt qu'à un devenir révolutionnaire
".

Gilles Deleuze (avec Claire Parnet), Dialogues, Flammarion, 2008 (1992).

 

"Impossible n'est pas français" dit l'adage. En 2012, il est encore possible d'être Français, plus difficile d'être Grec. Mais le futur pour tous s'avère de plus en plus impossible au coeur d'un Vieux Continent qui n'a jamais aussi bien porté son nom. Ainsi avance une Europe de plus en plus bricolée, sans réelle destinée politique mais noyée dans la finance et engluée dans les affaires économiques. Devant une planète qui tourne à toute vitesse, les Français, comme d'autres, ont du mal à suivre le rythme: ils sont un peu dans les choux et préfère se réfugier dans la campagne. Une campagne nostalgique et cette année aussi électorale. Au programme, pas vraiment de quoi faire rêver une jeunesse qui s'ennuie ferme comme en 1968 et qui s'inquiète grave comme en 2012. Pas de lendemains enchanteurs en perspective. Parlant de la France frileuse, Deleuze l'a écrit alors que l'URSS venait de s'effondrer avant de disparaître, aujourd'hui c'est l'Europe - avec son sacro-saint couple franco-allemand - qui entre en phase de sursis. Ni l'Europe ni le développement ne sont désormais durables, seuls le désarroi et la crise le sont encore. Même si l'espoir, nous assène-t-on (surtout en pleine campagne électorale, terrain propice à toutes les promesses qui ne seront jamais tenues), fait vivre. A l'avenir, il nous fera sans doute seulement survivre. Combien d'entre-nous, d'entre-vous, sont réellement préparés à ce type d'épreuve? Et, d'ailleurs, comment s'y préparer? S'y préparer sans céder à la démagogie, aux populismes, aux haines et fantasmes de toute sorte?

Pour l'heure, en France, la campagne d'hiver - en attendant le printemps - bat son plein. Candidats et citoyens tiennent le haut du pavé des médias alors que depuis belle lurette ils ont renoncé à jeté des pierres sur ceux qui les exploitent, parfois les mêmes pour qui ils ont voté ou (re)voteront. Ailleurs, dans d'impossibles territoires orientaux, on continue envers et contre tout à jeter des pierres. Dans l'espoir que demain sera meilleur qu'aujourd'hui. Qu'enfin, un Etat, promis de longue date sur une terre censée l'être aussi, surgisse de terre. En Palestine, comme ailleurs, la patience a des limites. Toujours est-il que si les joyeux printemps arabes sont divers, les moroses automnes européens, eux, n'ont rien des étés indiens. Lire à ce sujet, l'article de David Lagarde sur la Syrie, où le printemps se fait dramatiquement attendre... Mais le vent tourne : ici, les démocraties semblent mourir d'épuisement, de lassitude durable et d'impunité à répétition ; là, les démocraties font encore rêver, elles sont prometteuses, annonciatrices d'un avenir plus radieux, loin de la corruption généralisée et des autoritarismes séculiers. Certes. Ici aussi, l'espoir est ce qui fait vivre et c'est tant mieux. Surtout qu'il en faut beaucoup, et il en faudra encore plus vu le mauvais temps qui se prépare. Pourquoi la démocratie - ce "moins pire" de tous les régimes politiques, dixit Churchill - ne séduit-elle plus que les peuples qui sortent de prison ou de l'enfer ? Tandis que les citoyens, sans doute fatigués par les déceptions et autres dérapages démocratiques, s'ennuient ou se morfondent, n'arrivent plus à joindre les deux bouts ni surtout à imaginer des lendemains qui chantonnent à défaut de chanter. Pour l'heure, le ton du présent est au grésillement.

Il est clair, comme un soleil vert, que lorsque l'horizon est entièrement aux couleurs de la démocratie triomphante, c'est assurément la démocratie elle-même qui disparaît. Ne laissant derrière elle que délire, déprime, subprime, etc. La porte sinon l'horizon s'ouvre alors à tout ce que la démagogie et la mégalomanie offrent dans leurs magasins, à commencer par tous les styles de populismes. Des plus sournois aux plus abjects. L'Occident, avec en tête une Europe plus âgée que jamais, risque fort - en cette période de repli, de frilosité, de protectionnisme mais également de fermeture - de verser dans des autoritarismes nauséabonds, réveillant au besoin de vieux démons. Les exemples sont déjà légion, pas la peine de les nommer, mais on est en droit de se demander comment c'est possible qu'ils soient encore en place... ou prêts à bondir! Le couple franco-allemand s'effrite tandis que l'hurluberlu italien n'a plus la frite. C'est sûr, du moins on l'espère, que personne ne regrettera le départ de Berlusconi, enfin viré! Mais... ni la rue en colère ni même la démocratie représentative sont à l'origine de son éviction du pouvoir: ce sont les "marchés financiers", puissance invisible, qui l'ont abandonné, une fois qu'il a bien pillé "son" pays à son profit, de manière bien peu cavalière au demeurant... Le fric plus fort que l'urne. Ce scénario - une première dans l'Europe "unie" - est inquiétant car il "prouve" le primat de l'économique sur le politique, et du libéralisme sur la démocratie. De la toute-puissance du Capital et de l'impuissance d'un système électoral. Sans Marx et sans Tocqueville. Une illustration supplémentaire de l'épuisement de cette précieuse démocratie (jadis "inventée" par des Athéniens...) et donc de la vox populi. Il va sans dire que dans un régime encore démocratique, les garde-chiourme occupent le terrain tandis que les garde-fous de la liberté de penser se font la malle ou sont déjà réduits au silence. Les indignés de tout poil ont encore bien du chemin à parcourir en Europe, en France tout particulièrement, bon courage à eux ! Mais, ne nous leurrons pas, "l'autre voie" souhaitable sera truffée d'embûches...

Résister commence par remettre un peu de justice dans les plats quotidiens d'une démocratie plus représentative que participative. Ce qui est légal n'est pas forcément légitime et inversement. Très souvent, on gagnerait à privilégier la légitimité à la légalité. Certes, cela peut sérieusement irriter l'Etat, surtout s'il est policier, cela déplaît aussi fortement à la finance internationale. Quoi pourtant de plus légitime que de s'attaquer à la toute-puissance des banques, aussi agaçante qu'arrogante ? Quelle aberration de voir des élus politiques se mettre en quatre pour "rassurer les marchés financiers", alors que précisément il conviendrait de les inquiéter toujours davantage. Les marchés surtout, les élus un peu aussi. La légalité ainsi décrétée est d'abord celle des crétins, mais des crétins dangereux et irresponsables alors qu'il sont aux commandes, et ce type de légalité est à notre avis tout à fait illégitime. Donc à battre et combattre. Certains pouvoirs - mais aussi certaines personnes ou entreprises - paieront un jour pour l'avoir oublié. C'est Jean-Luc Godard qui un jour a dit : "quand la loi n'est pas juste, la justice doit passer avant la loi". CQFD. Peut-être que plus de cinéastes devraient parler "au nom de la loi"? Welcome aussi aux acteurs dans cette campagne en faveur d'une autre justice... mais aux comédiens vrais, sans sponsors et avec des idées.

Et puis partir à la campagne c'est bien, partir en campagne, c'est plus risqué mais c'est parfois encore mieux. Pas toujours néanmoins. Evidemment, le but n'est pas de se rejouer les campagnes bonapartistes de Russie ou d'Egypte, modèles de prédation et d'impérialisme, ni non plus de verser dans une vision passéiste voire réactionnaire où s'afficherait une France imaginaire tellement heureuse ou grandiose: en son temps, le maréchal Pétain, artisan d'une détestable révolution nationale et féru de campagnes - vertes et militaires - rêvait d'une France nettoyée de ce qu'il appelait "les mauvais Français", on connaît la suite. Plus récemment, c'est n'est pas l'idée de révolution mais le goût du terroir qui redonne à la campagne tout son charme: on pense ainsi au Petit Nicolas (sur un air des Choristes) et le tabac qu'il a fait sur grand écran ou encore au "Grand" Nicolas qui régulièrement intervient sur le petit écran. Il y a donc d'autres campagnes à espérer, à mener, à visiter aussi. Revoir La vie moderne de Raymond Depardon et quitter la surmodernité avilissante pour se retrouver Tous au Larzac de Christian Rouaud, c'est vivre la campagne autrement, dans le respect de ses premiers occupants et de leur environnement encore préservé (actuellement, la bataille se déroule plutôt à Notre-Dame des Landes, contre le projet de l'aéroport du grand Ouest et avec comme cri de ralliement "Des moutons, pas des avions!")... A chaque combat, il s'agit davantage de rendre que de prendre à la terre. Ce n'est pas de nostalgie dont nous parlons ici mais tout simplement de survie. Car il n'est jamais trop tard non plus pour s'interroger comment - tous et bien - se nourrir, pour ne pas mourir. Donc survivre. Sans doute que l'objectif à poursuivre n'est pas la quête des origines mais plutôt celle du bien-être. Vaste tâche. Une sinécure même, tant notre village global et "moderne", esclave de ses envahissantes nouvelles technologies, ne sait plus où donner de la tête mais seulement lui marcher dessus. La campagne ne doit pas seulement être réconfortante ou rassurante, elle doit aussi contribuer à nous remettre à marcher. Et nous remettre ensemble en marche.

En attendant que la crise se passe et que le gouvernement trépasse, on peut toujours voyager. Non pour fuir mais pour s'évader. Pour témoigner et pour écrire surtout. Comme le montrent dans ce numéro 8 de L'Autre Voie, l'ancien résistant Raymond Aubrac qui se pose en véritable "passeur de mémoire" ou le poète-marcheur Georges Bogey pour lequel "écrire est un voyage". A chacune et à chacun de trouver sa façon singulière de ne pas vivre à genoux mais debout. Au risque de déplaire ou de défaire. Il ne s'agit donc pas de laisser tomber, de baisser les bras et de prendre les jambes à son cou, mais de reprendre des forces et de redoubler d'effort. Pour de bonnes causes qui n'ont rien à voir avec le fait de se lever tôt... L'essentiel n'est pas de se lever tôt mais du bon pied. Pour les batailles à venir. L'avenir, encore. Et terminons comme nous avons commencé, par cette citation de Deleuze extraite des Dialogues : "Fuir n'est pas exactement voyager, ni même bouger. D'abord parce qu'il y a des voyages à la française, trop historiques, culturels et organisés, où l'on se contente de transporter son 'moi'. Ensuite parce que les fuites peuvent se faire sur place, en voyage immobile".
Ici ou ailleurs, voyager c'est d'abord survivre.

Bonne campagne, bonne survie et, avant tout cela, très bonne lecture!

F. M.

 


Dans la Drôme... L'homme souverain ne peut-il s'armer que de patience?


On aura tout vu... Et ce n'est pas une blague! Photo extraite de "La voix du Nord", 26.11.11


A Paris... Croquer la vie à pleines dents en attendant le déluge?



En haut
Confettis impériaux. La campagne de France se déroule aussi dans la forêt vierge amazonienne où, rappelons-le, se trouve quelque part, le plus grand parc national de France! Un parc dont la mise en tourisme sous couvert de politique patrimoniale pose problème: la nature passerait-elle avant la culture? Ici, la place centrale de la petite cité endormie de Saint-Georges sur l'Oyapock, de l'autre côté du fleuve, un pays émergent en train de s'activer...

A droite
La France d'Outre-Mer et la question du père. En Guyane française, le paternalisme provincial et colonial semble encore en vigueur. Tandis qu'à côté, le Brésil se "développe", dans tous les sens du terme. Ici, le pont franco-brésilien (côté "français") reliant Saint-Georges et Oiapoque, encore en construction. Un ouvrage qui est supposé sceller durablement l'amitié et plus encore les affaires entre les deux pays.



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Echos d'ailleurs...


Cités des sables et des neiges

L'exploration n'est pas un voyage comme un autre. Voyage organisé par excellence, elle ouvre cependant l'horizon sur l'aventure extrême, justement symbolisée par l'imprévu et l'inconnu… Le voyage parcourt un territoire de contradictions. C'est sans doute pour cela qu'on n'en revient jamais indemne. Ainsi, le 20 avril 1928, René Caillié, âgé de 28 ans et joliment accoutré, armé de ses rudiments de langue arabe et se faisant passer pour un Egyptien, entre à petits pas à Tombouctou, une cité alors interdite aux chrétiens. Le dernier témoignage occidental livré sur cette petite ville sur les bords du Niger remonte au XVIe siècle lorsqu'un autre voyageur venu du froid était passé dans le coin : Léon l'Africain. Impressionné par le périple de Caillié, le paléontologue Georges Cuvier le fête à son retour au bercail, en décembre 1928, pour la fameuse description de cette cité des sables interdite.

Quatre ans plus tôt, au Tibet pas encore annexé comme aujourd'hui, c'était une femme, déguisée en mendiante et du nom d'Alexandra David-Néel, qui entrait à Lhassa, la cité des neiges interdite… Pour en revenir à René Caillié, de l'aventure sahélienne naîtra son Journal d'un voyage à Tombouctou. Succès littéraire garanti à cette époque où la France tout entière s'apprêtait à célébrer l'Empire et ses colonies (qui ne sont pas de vacances même tropicales), avec un faste grandiose et une ambition démesurée, à l'occasion de l'Exposition Coloniale de 1931. Par le biais de la politique - et bien-sûr de la géopolitique - le voyage se trouve souvent instrumentalisé, surtout lorsqu'on parle d'exploration : hier comme aujourd'hui, exploration et exploitation forment deux mots qui résonnent (raisonnent?) un peu de la même manière, l'exotisme en moins mais les affaires en plus pour le second terme.


Cliché pris dans le coin de Ouarzazate, dans le sud du Maroc.
Un royaume où le printemps arabe voit ses révoltes démocratiques tarder à fleurir...

 


Histoire d'eau

En Thaïlande, fin octobre 2011 : les hôteliers de luxe des stations balnéaires du sud du pays, comme Phuket par exemple, proposent d'accueillir au sein de leurs établissements étoilés les "réfugiés des inondations" de Bangkok. Ironie de l'histoire car, fin décembre 2004, le flux était inverse : devant les dégâts terribles du tsunami qui a dévasté une partie de la côte, les habitants du littoral et autres touristes en goguette ont fui le sud pour aller se réfugier dans la capitale thaïlandaise… Autrement et ailleurs, l'histoire se répète toujours, les humains ont tendance à vite l'oublier.

Précisons tout de même que les inondations n'affectent pas tous les citadins de la même manière. Ainsi, à l'automne 2011, des digues ont été érigées - à l'instar ailleurs des barbelés, murs ou vidéos de surveillance - par des militaires (qui, empruntant les habits des pompiers et des manutentionnaires, en ont profité pour se refaire une santé politique, une crédibilité mise à mal lors des événements de 2010 entre chemises colorées, et ainsi recouvrir une certaine popularité auprès des habitants sinistrés!) pour bien délimiter les zones des pauvres de celles des riches: les populations démunies ont morflé et vivent dans l'eau, alors que les nantis - et le centre-ville où trônent les banques et les affaires - ont été protégés autant que possible. Pour ne pas avoir la tête sous l'eau. Les autorités locales sont très soucieuses de leurs élites. Surtout de leurs élites. La Thaïlande, comme nombre de ses voisins asiatiques, est prisonnière d'un modèle économique qui, à terme, prendra tous les habitants à la gorge.

Dans l'attente d'un tel déluge, et à l'occasion de Songkran (fête du nouvel an bouddhique en Thaïlande ainsi que dans certains pays limitrophes), vers la mi-avril chaque année, l'eau est partout bonne à prendre et pour tout le monde, surtout lorsqu'elle permet aux habitants de se défouler. Par petites touches de bénédiction ou par jets de seaux entiers ! C'est un moment faste et de fête populaire qui permet également d'oublier un peu les catastrophes naturelles et autres inondations chroniques…

Partout dans le pays, on s'asperge d'eau, source de vie, lors de la fête du nouvel an bouddhique en avril, tandis qu'à Bangkok, tous les jours, on nettoie les canaux où l'eau est aussi source de maladie, de malheur… Si en Asie, la couleur jaune prime en général sur le bleu, les questions cruciales liées à l'environnement menacent de changer rapidement la donne: demain, l'eau remplacera sans doute le métal et le dépassera en préciosité: de l'or à l'eau - surnommée "l'or bleu" - ce n'est donc qu'une question de temps. Pas seulement de climat, même si pour l'instant les citadins de Bangkok, accrochés à leurs barques naviguant dans les rues du centre-ville, croulent sous les trombes d'eau. Etrange forme de sursis catastrophique...


Dans la cité des anges, aujourd'hui livrée aux démons des eaux, quelques détails bien arrosés, extraits des fresques murales du Wat Phra Keo de Bangkok.