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Entretien avec Patrick Chamoiseau

La force de l'imaginaire. Poétique de la Relation, imaginaires et résistances (1)



Propos recueillis par
Aggée C. Lomo Myazhiom




Faut-il encore présenter Patrick Chamoiseau ? Né à Fort-de-France en Martinique, romancier, essayiste, homme de théâtre et rédacteur de manifestes, loin des clichés et des sous-entendus nauséabonds vociférés ici et là depuis l'ouverture de la boîte à pandore du débat sur " l'identité nationale " française, Patrick Chamoiseau nous invite à une poétique du combat, à une analyse critique du passé qui nous a fondé et qui féconde nos imaginaires. En France, le débat sur l'identité nationale s'est transformé en débat sur l'immigration : faire le tri entre les bons et les mauvais Français. Mais le président de la République dans une récente tribune au journal Le Monde (2), nous rassure en posant " l'identité nationale comme antidote au communautarisme ". Seulement, affirmer que " Les peuples d'Europe sont accueillants, sont tolérants, c'est dans leur nature et dans leur culture. Mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés. Et le sentiment de perdre son identité peut être une cause de profonde souffrance "… est un raccourci historique, une simplification du passé, une réduction de l'humain en l'Un. Et pour sortir des simplismes, nous vous proposons de faire un parcours avec Patrick Chamoiseau autour de trois textes (3) : Quand les murs tombent. L'Identité nationale hors-la-loi ?, L'intraitable beauté du monde (rédigés avec Edouard Glissant) et Le manifeste pour des produits de haute nécessité (4) (paru à la suite du mouvement de revendication populaire qui a traversé les DOM TOM en 2009). Ces textes du prix Concourt 1992 évoquent certes les problématiques des frontières, des murs, des identités, mais surtout posent cette question : comment entrer en résistance à partir d'une poétique de la relation ?

Ainsi, en plein XXIème siècle, une grande démocratie, une vieille République, terre dite des 'Droits de l'Homme', rassemble dans l'intitulé d'un ministère appelé en premier lieu à la répression, les termes : immigration, intégration, identité nationale, co-développement. Dans ce précipité, les termes s'entrechoquent, s'annulent, se condamnent, et ne laissent 'en final' que le hoquet d'une régression. La France trahit par là une part non codifiable de son identité, un des aspects fondamentaux, l'autre en est le colonialisme, de son rapport au monde : l'exaltation de la liberté pour tous. (…) Sapiens est par définition un migrant, émigrant, immigrant. Il a essaimé comme cela, pris le monde comme cela et, comme cela, il a traversé les déserts et les neiges, les monts et les abîmes, quitté les famines pour suivre le boire et le manger. Il n'est frontière qu'on n'outrepasse. Cela se vérifie sur des millions d'années. Ce le sera jusqu'au bout (encore plus dans les bouleversements climatiques qui s'annoncent) et aucun de ces murs qui se dressent tout partout, sous des prétextes divers, hier à Berlin et aujourd'hui en Palestine ou dans le Sud des États-Unis, ou dans la législation des pays riches, ne saurait endiguer cette vérité simple : que le Tout-Monde devient de plus en plus la maison de tous - Kay tout moun -, qu'il appartient à tous et que son équilibre passe par l'équilibre de tous.

Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Quand les murs tombent. L'Identité nationale hors-la-loi ?, Editions Galaade - Institut du Tout-Monde, 2007, pp. 5-7.


Aggée C. Lomo Myazhiom : Patrick Chamoiseau, vous avez déjà participé à un manifeste en 1989, " Eloge de la créolité ", dans quel contexte est né ce manifeste au titre évocateur : " Quand les murs tombent, l'identité nationale hors-la -loi ? "

Patrick Chamoiseau : Il est né de l'indignation. Je me souviens de l'indignation d'Edouard Glissant, qui à 80 ans a la capacité d'indignation d'un jeune homme de quinze, seize ans ou dix huit ans. C'est assez étonnant de voir comment il est très réactif et très sensible aux choses inadmissibles qu'on a un peu tendance à laisser passer sous prétexte qu'il y a des luttes ou des urgences plus importantes. Il a gardé cette capacité à discerner dans le réel quotidien, les choses qu'il ne faut pas laisser passer. D'une manière générale, il ne faut rien laisser passer, mais il y'a quand même des choses qui peuvent échapper à notre vigilance, et qu'on peut avoir envie de traiter de manière un peu seconde, cela a toujours été ma grande angoisse. En me réveillant le matin, je me dis toujours : " mais qu'est ce qu'il y a comme atrocité où comme iniquité, comme crime inadmissible qui s'est produit dans mon environnement, autour de moi, à côté de moi, dans mon époque et sur lequel je n'ai pas été assez vigilant ". J'ai toujours été horrifié de voir comment la Traite des nègres a pu se faire devant tous les grands philosophes et penseurs occidentaux présents à cette époque et qui n'ont pas été suffisamment vigilants.

A. C. L. M. : Avec le 'Siècle des Lumières'… au passage…

Patrick Chamoiseau : Ah ! " Le Siècle des Lumières "… Je me remémore tous ces gens formidables, ces lettrés qui ont visité les plantations esclavagistes des Amériques, et qui n'ont rien trouvé d'anormal. Ils trouvaient même que les nègres étaient heureux parce qu'ils dansaient. J'ai toujours été frappé par le cas de Victor Schœlcher, un Alsacien qui était venu aux Antilles pour vendre de la porcelaine familiale. Pour ce faire, il se déplaçait chez les esclavagistes blancs qui achetaient toujours des choses un peu belles. Venu donc vendre sa porcelaine dans les plantations, il en découvre la réalité. Contrairement à d'autres, il ne s'est pas laissé abuser par ce qu'il voyait et tout de suite il est devenu un anti-esclavagiste, et toute sa vie il ne va jamais transiger avec l'idée de l'esclavage sur une terre de France. C'est en réfléchissant un peu sur le cas Schœlcher, comme je le fais dans mon roman Un dimanche au cachot, que je me suis aperçu qu'il fréquentait beaucoup la beauté. Schœlcher fréquentait beaucoup les arts, il aimait la littérature et la musique, et je pense que c'est ce qui l'a en fait sauvé : vouloir dans sa vie quotidienne fréquenter la beauté, d'une certaine manière, cela permet d'être vigilant sur les déficits en beauté. Parce que j'ai l'impression que chaque fois qu'on se trouve en face d'une atrocité ou d'un déni d'humanité, on est nécessairement en face d'un déficit de beauté. Pour moi la beauté ce n'est pas seulement quelque chose qui est toujours neuf, toujours renouvelé, toujours bouleversant, c'est aussi ce qui donne un sentiment de plénitude à l'existence. Chaque fois qu'on est en face de quelque chose qui nous inspire un sentiment de la beauté on est en face de la plénitude de vie. Chaque fois qu'on est en déficit de vie et de vitalité, il me semble qu'on est face à un manque de beauté. La fréquentation de la beauté, me semble-t-il, est le meilleur moyen pour résister aux agressions, tout en étant un moyen d'aiguiser sa conscience et sa vigilance pour être attentif à ce que nous ne pouvons pas laisser passer. Alors, la création de ce Ministère en 2007 représentait quelque chose d'odieux : c'était toutes les vieilles thèses racistes et xénophobes qui étaient brusquement institutionnalisés dans quelque chose qui appartenait à une vieille République, une République magnifique qui s'organise autour de valeurs que nous partageons tous. Face à " ça ", il nous fallait réagir. Nous l'avons fait comme nous savons le faire, c'est-à-dire en écrivant un texte poétique pour dénoncer ce qui nous paraissait être quelque chose duquel il ne fallait pas être complice.

A. C. L. M. : Votre texte est certes poétique, mais il me parait aller au-delà, notamment si on se réfère à la longue histoire des manifestes. Partant d'un des plus connus le " Manifeste du parti communiste " de 1848 en passant par le Manifeste des surréalistes de 1924, où encore le Manifeste des 121 sur la guerre d'Algérie, votre manifeste me semble être toujours dans cet entre-deux : un entre-deux genres qui est à la fois théorie et action. Est-ce que pour vous ce manifeste peut servir de support à une action, d'autant plus que l'on s'aperçoit que malgré des protestations diverses, ce Ministère continue d'exister.

Patrick Chamoiseau : Je pense que l'action est seconde par rapport à l'intention. C'est l'intention qui nourrit l'action, et l'intention est portée par des structures de l'imaginaire. Je crois que lorsqu'on agit sur l'imaginaire on agit de manière déterminante et radicale. J'ai toujours dit que je suis un guerrier de l'imaginaire parce que j'ai très bien compris que ce que je pouvais faire de mieux c'était de toucher les esprits, de toucher les systèmes de représentation et de les modifier. Car ce sont ces systèmes qui sont capables de mettre en branle des intentions et des actions déterminantes. Je ne suis pas tellement actif, mon attitude est plutôt de l'ordre du contemplatif. Je ne défile pas beaucoup dans la rue, je ne porte pas de drapeaux, je ne colle pas d'affiches, je ne suis pas très présent dans les actions apparentes, mais il me semble qu'il est absolument important de s'adresser ou de toucher, d'émotionner ou de bouleverser les imaginaires et ceci exactement comme le fait la beauté. Lorsqu'une beauté surgit, elle touche les imaginaires. L'autre élément qui me parait important c'est de dire que la politique est un art, et on l'oublie souvent. La politique est fondamentalement un exercice artistique en ce sens où elle doit traiter d'un tel degré de complexité ! Il y a toujours eu de la complexité dans les affaires humaines, mais aujourd'hui la complexité est tellement patente, et surtout largement indépassable. Parce que le problème que nous avons n'est pas seulement de traiter la complexité, mais de vivre la complexité, de vivre avec et dans la complexité. C'est-à-dire de se projeter, d'agir et de revenir sur des choses qui ne sont pas déterminées et qui sont imprévisibles…

A. C. L. M. : Et comment on fait ?

Patrick Chamoiseau : On essaye de se construire un imaginaire, qui soit encore…, j'allais dire…, encore la beauté. Mais on peut le prendre de manière plus simple : un imaginaire qui puisse s'accommoder de l'incertain et de l'imprévisible. L'incertain et l'imprévisible sont deux dynamiques esthétiques contemporaines majeures. Chaque fois que nous essayons d'échapper à l'incertain, de penser sans l'incertain, de penser sans l'imprévisible, de penser sans l'inconnaissable, en essayant d'éliminer toutes les apories, je pense qu'on rentre dans des pensées de système. Les pensées de système sont toujours des refus de réalité et des fixations de choses qui ne peuvent pas être fixées. Donc, je crois qu'il faut vraiment s'entraîner à vivre dans l'incertain, à vivre dans l'imprévisible et être toujours sensible au surgissement de la beauté. La beauté est pour moi ce qui est toujours bouleversant et toujours neuf.

A. C. L. M. : Vous venez d'aborder le refus ou la quête de l'incertain, qu'on retrouve aussi dans la création de ce 'Ministère de l'identité'…

Patrick Chamoiseau : Voila un exemple de rigidité, de pensée de système. L'immigration on ne sait pas ce que c'est, alors on en a peur ! C'est vrai qu'il y a un risque quand on entre en contact avec l'autre ; et quand l'autre vient chez soi, il y a toujours un risque : donc on refuse le risque, on refuse l'accident, on refuse l'imprévisible. On a l'impression que pour se protéger, il faut fermer les portes et les fenêtres, il faut refuser le contact, ou alors faire du contact quelque chose qui relève de la tolérance ou de l'intégration. Au final, toutes ces rigidités nous coupent du réel et de la complexité très vivace dans le monde d'aujourd'hui.

A. C. L. M. : Dans ce manifeste sur l'Identité vous avez une très belle réflexion autour de la notion du mur, le mur qui à la fois sépare ou alors qui peut permettre d'arriver à cette autre poétique : comment entrer en relation avec l'autre malgré un mur ?

Patrick Chamoiseau : Cela se rapporte avant tout au " vivant ". Je crois que pour bien vivre le monde contemporain et observer toutes les complexités auxquelles nous avons à faire, il faut vraiment aller du côté des biologistes et comprendre comment fonctionne le vivant : il n'y a pas de mur dans le vivant. Un exemple : dans l'estomac des parois existent qui identifient et laissent passer des circulations. J'ai toujours été frappé par cette idée que dans les sociétés traditionnelles, quand les groupes de Sapiens ont commencé à élaborer toutes les cultures, toutes ces merveilles des humanités, il y a toujours eu des ombres et des horreurs. Toutes ces cultures construites par l'humanité avaient un double phénomène. La culture ouvre Sapiens sur le monde, elle lui permet de réinterpréter le réel, de créer sa bulle, ses mythes, ses symboles, sa raison d'agir. Je pense que Sapiens agit beaucoup plus dans sa bulle imaginaire que dans le réel lui-même. Sapiens transcende le réel, il en fait une construction imaginaire dans laquelle il se meut avec les mythes, les légendes, les symboles, les dieux… enfin tout ce qui caractérise Sapiens. D'une certaine manière, la culture ouvre Sapiens sur le réel et sur l'Autre. Lorsqu'on observe le fonctionnement de Sapiens, on s'aperçoit qu'il a toujours accueilli l'autre : il y a toujours eu des rituels d'accueil des étrangers dans les sociétés archaïques les plus barbares, simplement non pas pour des raisons morales, mais parce que les groupes de Sapiens se sont rendus compte que l'étranger amenait toujours une découverte, un élément nouveau, quelque chose qui pouvait bénéficier à la communauté, ainsi l'étranger est à la fois accueilli et stoppé. Donc, il y a toujours dans cette idée de culture, dans l'ouverture à l'autre, la connaissance du réel et la connaissance de l'autre, une forme de logiciel de survie qui en même temps prône une fermeture parce que les cultures fonctionnent en créant des absolus : mon Dieu, ma race, mes ancêtres, ma cuisine, ma religion, etc. Ces absolus entraînent cette espèce de tension dialectique qu'il y avait entre la densification de soi, l'érection d'absolu et en même temps cette nécessité de relativisation... Nous avons toujours eu ce double fonctionnement : peut-être peut-on dire qu'il n'y a pas de mur, mais des processus de densification car les cultures ont toujours élaboré des voies de transmission et d'interaction majeures. Il y a toujours cette tendance de la crainte, de la peur et du manque de confiance en soi lorsque les absolus culturels perdent de leur force paradoxalement. Le racisme, la peur de l'autre, le repli sur soi sont des maladies de l'estime de soi. C'est-à-dire que dès qu'on a un appauvrissement de ce qui constitue nos fondements, dès qu'on perd ce sentiment de plénitude alors on rentre vers des processus rétractiles, or dans le vivant il n'y pas de processus rétractiles. Même lorsqu'il y a des mécanismes d'autoreproduction, un peu clos dans le système du vivant, il y a toujours des mutations, qui à court terme ne servent à rien, mais qui à long terme vont se rapprocher d'une transformation ; et la mutation ne se maintient que si elle trouve des terrains de pertinence favorables dans le réel. Je pense qu'il nous faut absolument fonctionner de cette manière. Il me semble que le rapport à la beauté, nous permet de muter, de produire des systèmes en perpétuelle mutation : même si ça sert à rien, on mute et on verra bien par la suite… Rester sensible au fait que dans ce qui vient, ce qui surgit de l'Autre, ce n'est pas simplement qu'il parle une autre langue, qu'il a une autre race, une autre identité, l'Autre c'est ce que je n'ai pas pu prévoir dans mon système de pensée, en tout cas dans ma construction, dans mon logiciel de survie, ce que je ne peux pas penser. Si on ne peut rester disponible dans ce que l'on ne peut pas penser, alors on se situe dans des processus contraires au vivant et donc contraires à la beauté.

A. C. L. M. : En même temps vous dites que vous pouvez comprendre que des peuples ou des civilisations décident de rester, peut-être parce que c'est leur intérêt, en vase clos ?

Patrick Chamoiseau : Attention ! Il faut bien comprendre que nous sommes dans un système de relation : les peuples aujourd'hui, tous les imaginaires, tous les individus sont interconnectés. Dans ce système d'interrelation il y a une donnée qui est majeure : nous sommes des sociétés composées d'individus. Les processus d'individuation sont présents dans toutes les sociétés et même dans les cultures archaïques. Ce qui importe c'est de savoir comment une culture réagit et se renouvelle ? Dans une culture, il y a toujours des prêts-à-porter, des prêts-à-penser, un prêt-à-être identifié à l'individu parfois à l'individu dans sa démence… Dans Sapiens, il y a aussi la démence : il réinterprétait les éléments donnés par la culture et il réélaborait des schèmes qui faisaient avancer d'une certaine manière la culture. Le problème des cultures archaïques c'est que l'équation individuelle était de faible intensité. Ce que l'Occident a projeté sur le monde, entre autres choses, c'est une très haute intensité d'individuation. Chez les pirates, les aventuriers ou les explorateurs l'équation individuelle était très puissante. L'Occident a développé et répandu sur le monde les forces d'individuation les plus extrêmes et les plus redoutables. A titre d'exemple, ce qui a provoqué l'effondrement des sociétés amérindiennes dans les petites îles ce n'est pas seulement la conquête, les bombardements, les maladies, etc. C'est aussi le fait qu'au contact des colons beaucoup d'individus amérindiens libéraient leur potentiel de créativité personnelle. En tout cas, ils se libéraient de la communauté, et là où cela a été le plus terrible, c'est quand les femmes (qui étaient maintenues en équation individuelle zéro la plus extrême) ont trouvé dans la rencontre avec le colonisateur une potentialité de la libération de l'individuation, par conséquent une existence en tant qu'individu et être humain absolument considérable. Dès ce moment, l'effondrement des sociétés amérindiennes a été extrêmement rapide. Nous avons à faire face, dans le monde contemporain, non seulement à une mise en relation totale, - et même une inter-rétroaction de tout ce que Sapiens a pu produire -, mais également à des phénomènes d'individuation. Cela a comme conséquence que ce que nous sommes, ce que nous vivons, nous sommes forcés de le faire dans la construction d'une éthique personnelle. La morale nous est donnée par la communauté, mais l'éthique c'est quelque chose que nous construisons : nos valeurs, nos principes du bien et du beau, notre vouloir être, notre vouloir faire, nos engagements, nos refus. La communauté ne nous donne pas de prêt-à-porter en la matière. Nous effectuons cette construction non pas en référence avec une culture, une langue, un dieu, etc., mais avec plusieurs cultures, plusieurs langues… La civilisation contemporaine est une civilisation des civilisations. La culture de l'honnête homme aujourd'hui est une culture des cultures.

A. C. L. M. : Encore faut-il l'accepter…

Patrick Chamoiseau : C'est un imaginaire ! Il faut projeter dans les imaginaires contemporains cette nécessité que nous sommes dans un processus d'individuation et que ce processus d'individuation construit son éthique. L'éthique ne peut être alimentée de manière équilibrée et féconde que par une appétence, désir émanant de tout ce que Sapiens a produit dans la totalité du monde. Cela me parait intéressant et c'est là qu'on arrive à votre question : ce qui va se produire ne va jamais conduire à une sorte de béatitude civilisationnelle où tout le monde est gentil, tout le monde est mon frère, etc. On aura toujours (parce que Sapiens est ce qu'il est, c'est ce qui fait son intérêt) le côté démens ; on aura toujours dans les développements ultérieurs des rétractations, des traditionalismes, des sociétés closes, des défenses de langue, - enfin toutes ces choses qui à un moment donné lorsque l'individu où une collectivité se sent un peu inquiète -, tous ces phénomènes qui sont certes rétractiles, mais qui participent du mouvement de la Relation. La Relation ce n'est pas seulement un moment où tout le monde est en contact avec tout le monde. Dans la Relation il y a autant de refus de la Relation. Il y a la relation elle-même, mais il y a aussi qu'être en relation c'est également refuser le relationnel et se positionner contre le flux relationnel. Ce qui fait que dans le monde que nous allons vivre, il y aura toujours des refus. On pourra même avoir des générations entières de nationalismes, de traditionalismes, des imbéciles, des mouvements de rétractation, et en même temps des ouvertures, des grands poètes de la relation qui vont continuer de faire avancer l'imaginaire de l'hominisation.

A. C. L. M. : Pour poursuivre avec cette poétique de l'hominisation et de la relation, je ne résiste pas à revenir sur un extrait de L'intraitable beauté du monde. Adresse à Barack Obama (Editions Galaade - Institut du Tout-Monde, 2008, pp. 4-5) : " Créolisation: le limon remonté du gouffre a tout bouleversé, les métissages, les mélanges erratiques, les névroses de pureté, le fouet et son contraire le coutelas, dans un imprévisible que rien n'arrête. L'impensable comme principe générique. Rêver Tout-monde. La violence démente en son extrême a fait de ce limon une expérience précieuse. Hauteur toujours possible. Profondeur qui fait vertige. Ce dépassement. (…) En se touchant et s'échangeant, les mondes ont engendré des espaces où nous devons apprendre à vivre. Ils naissent d'emblée dans les roulis sonores des coquillages secrets, des conques à jamais éteintes, et des vieux crânes ".
En vous lisant, j'ai l'impression que dans l'homme Barack Obama se trouve pour vous l'aboutissement de la poétique de la relation, l'aboutissement de ce monde créole (dont vous êtes l'un des chantres depuis de si longues années) et puis l'ouverture des possibles…

Patrick Chamoiseau : Effectivement ! D'abord, Barack Obama c'est un créole ! Lorsque nous parlions de créolisation ou de relation c'était très vague et/ou très abstrait. Quand on voit Barack Obama, sa constitution, sa trajectoire, le fait qu'il n'appartienne pas à un seul espace, qu'il relève d'une multi appartenance alors on comprend mieux la réalité de l'homme contemporain. En plus on voit bien en lui la dimension de l'individuation, il est seul : c'est un individu qui ne représente pas des communautés, pas des groupes, pas des machins... Il s'est construit dans les interstices de plusieurs communautés et de multiples espaces collectifs. Il est l'illustration de la créolisation. Dans ce texte, ce qui nous paraissait important avec Edouard Glissant, c'était de comprendre le rôle de l'artiste (on dit qu'un intellectuel, je n'aime pas trop le terme d'intellectuel, mais j'aime bien dire que je suis un artiste), de la culture ou de l'œuvre d'art aujourd'hui. Quel est le rôle de la littérature contemporaine, l'objet de la musique, du théâtre ? L'objet de tous les arts en général c'est de nous permettre d'interpréter les faits, parce que les faits ne valent que par l'interprétation qu'on leur donne paradoxalement. Il faut abandonner l'idée qu'il y a une réalité totale ou une vérité totale. De cette manière, on s'aperçoit que Sapiens (je vous le disais tout à l'heure) vit largement dans son imaginaire plus que dans le réel. Sapiens reçoit de cette émergence, uniquement ce que son imaginaire est capable de lui distiller : le rôle de l'artiste c'est d'éclabousser les faits et les systèmes de représentation. Alors l'idée n'était pas pour nous, de nous remettre à Barack Obama et de dire voilà, " le sauveur est arrivé ", etc. L'idée était de prendre cette émergence qu'était Obama, qui fascinait toutes les consciences du monde, qui aiguisait à peu près le désir, les imaginations, les esprits et suscitait tant d'espérance. D'ailleurs, pourquoi y avait-il tant d'espérance ? Parce qu'il avait beaucoup de raisons de désespérer. Georges Bush nous avait donné beaucoup de raisons de désespérer et le monde au quotidien nous donne de nombreuses raisons de désespérer. Quand il y a beaucoup de raisons de désespérer, il y a paradoxalement beaucoup d'espérances qui surgissent devant une émergence comme celle d'Obama. Toutes les interprétations étaient possibles, et il nous paraissait important de jouer notre rôle " d'éclabousseurs " de nos systèmes de représentation. Les imaginaires sont pour nous les éléments les plus mobilisateurs, les mieux ouverts et aptes pour nous permettre de vivre la complexité du monde. Ce ne sont pas des dogmes, ce ne sont pas des doctrines, ce sont des poétiques. Projeter une poétique sur Obama, nous paraissait relever d'une incantation chamanique. Vous savez, moi j'aime bien cette idée de l'incantation chamanique. Lorsqu'un chamane n'arrive pas à expliquer ce qu'il voit dans un événement, il jette dessus des incantations pour essayer de transformer ou de rendre la chose bénéfique. Alors, L'adresse à Obama, c'est notre incantation sur un phénomène émergeant afin que cela puisse nous apporter le maximum de choses bénéfiques. Mais il y a un autre intérêt de l'incantation, c'est qu'elle est mobilisatrice. Plutôt que d'attendre dans son coin et se dire : " est ce qu'il va se planter ? ", " est ce qu'il ne va pas se planter ? ", " est ce qu'il va nous décevoir ? " ou " est ce qu'il ne va pas nous décevoir ? ", nous nous sommes dit qu'avec une incantation comme celle là, une poétique comme celle là, on pouvait mettre en marche des désirs, renouveler des espoirs donner envie d'agir parce qu'Obama dans son émergence bouleverse des impossibles. Il fissure des choses indépassables et du coup, il y a des espaces pour qu'on commence à s'ébrouer et que des actions, des interventions, des initiatives puissent être prises à tous les niveaux (individuels ou collectifs).

A. C. L. M. : Voici cent jours qu'Obama est au pouvoir… Pensez-vous que votre incantation a été propitiatoire ? Les choses vous semblent-elles aller dans le bon sens ?

Patrick Chamoiseau : Oui, sans aucun doute, au point de vue des relations internationales ! Il y a des choses qui nous interpellaient comme la relation avec Cuba. Ici les choses sont déjà en voie d'amélioration. De même, il y a déjà une approche peut être plus sensible du problème palestinien, même s'il y a encore cette sorte d'aveuglement sur le soutien à Israël - mais ce sont des éléments de politique interne. Il y a aussi les relations avec l'Amérique latine : comprendre que les USA ne sont pas toutes les Amériques. Finalement, il a une très grande compréhension de ce que c'est que la Relation : faire comprendre aux USA qu'on a besoin de tout le monde et que toutes les énergies doivent se mettre au chevet des grands problèmes qui se posent aujourd'hui dans le monde, même s'il y a aussi du réalisme politique. Plus fondamentalement, nous avons des dimensions socialisantes dans la politique d'Obama qui n'existaient pas chez Georges Bush. Bon, ceci étant, je ne suis pas un spécialiste politique, j'évite de rentrer dans des étroitesses politiques, toutefois force est de reconnaître qu'indubitablement c'est beaucoup mieux qu'avec Georges Bush.

A. C. L. M. : Nous ne pouvons terminer cet entretien sans évoquer votre dernier manifeste en date : " Le manifeste pour les produits de haute nécessité ", né d'un grand mouvement de soulèvement qui a eu lieu les DOM TOM. Durant ces événements, on vous a vu et entendu à la radio et les plateaux de télévision, pensez-vous avoir été écouté par les populations de ces territoires ? Car votre regard sur la politique française en la matière était très acerbe…

Patrick Chamoiseau : Ah, ça je ne sais pas…

A. C. L. M. : Je vais préciser ma question : dans les Etats généraux qui ont été proposés par le président Sarkozy pour résoudre les problèmes dans les DOM, certains mouvements (dont le LKP (5)), qui ont produit et conduit à mettre en place des réclamations ont décidé de ne pas y participer.

Patrick Chamoiseau : Oui et c'est normal. Parce que la politique française n'a pas compris que ce qui manque aux Antilles, dans ce qu'on appelle les DOM, c'est une reconnaissance collective, c'est une pleine autonomie de conception et de transformation. Qu'est ce qui s'est passé après l'abolition de l'esclavage ? L'Etat français, en abolissant l'esclavage, a accordé la citoyenneté à des individus. Cependant, la principale revendication des esclaves, ce n'était pas la reconnaissance de l'individu, car une des grandes caractéristiques de l'esclavage américain c'était de créer le processus d'individuation : l'esclave africain qui sortait de la cale du bateau négrier devait renaître dans les plantations américaines, mais renaître seul. En ce sens qu'il devait se construire un petit bricolage symbolique avec tout ce qu'il pouvait récupérer : se souvenir de l'Afrique, se faire Africain avec tout ce qu'il pouvait récupérer sur place, avec un processus d'individuation qui était très long. Après l'abolition de l'esclavage, et même en 1946 avec la départementalisation, la France nous a accordé des citoyennetés mais elle n'a jamais reconnu que dans ce crime fondateur qu'était l'esclavage, il y avait de nouvelles entités anthropologiques, culturelles, identitaires, historiques qui étaient apparues. Ce qu'on appelle des DOM ou même des TOM, ce sont des pays. Ce sont des entités distinctes. La Martinique est une entité qui est distincte de la France. Je ne suis pas Français, mon histoire, mon identité, ma biologie, enfin tout ce que vous pouvez imaginer, me distinguent d'un Français de base, même si je suis né dans la colonisation. C'est-à-dire que dès le départ, ce que je suis est élaboré par la rencontre du monde occidental, de la France, des mondes amérindiens et par la suite de toutes les immigrations, c'est pourquoi par la suite nous avons raté le train de la décolonisation : parce qu'un colonisé pouvait exposer au colon tout ce qu'il y avait eu avant. Nous, notre problème, c'est que nous sommes nés dans la colonisation. Certes la France fait partie de l'alchimie qui va produire, la Martinique, la Guadeloupe, etc., mais cela pose un certain nombre de problèmes car la France n'a jamais véritablement reconnu ces nouvelles entités… On a fait de nous des départements, on n'a jamais reconnu qu'il y avait là un espace pour la responsabilité, pour que ces nouvelles communautés puissent prendre en main leur propre destin. Une des caractéristiques, encore un archaïsme dans la politique française : c'est de penser que le seul rapport qu'on puisse avoir avec des communautés distinctes c'est celui de l'administration, de la sujétisation, de l'assimilation, de la dissolution. " Où alors tu es Français ? Où alors tu parles français ? Si tu ne parles pas français, je ne t'aime pas ". On est sommé de choisir entre être Français et puis ne rien avoir… Tout ce système de pensée binaire ne correspond pas à la réalité. Alors qu'est ce qu'il y a chez les Antillais ? Il y a chez les Antillais un désir de responsabilité collective : être reconnu en tant qu'entité. Mais ce désir d'être reconnu en tant qu'entité distincte de la France n'est pas une volonté de rupture ou de séparation d'avec la France. Il ne s'agit pas de dresser un drapeau, de commencer un hymne national mais d'entrer dans une complexité relationnelle dans laquelle des personnalités, des partenaires des génies peuvent entrer dans un pacte d'interaction, dans un pacte républicain d'association, un pacte d'alliance qui libère au lieu d'assujettir. C'est cette complexité que nous nous devions de signaler. Il existe deux niveaux de lecture. En dehors de ce problème archaïque que nous avons effectivement à traiter (absence de responsabilité souveraine, difficulté d'accéder à une autonomie ou à l'élaboration et à la transformation de nous-mêmes), il y a un niveau fondamental auquel sont confrontés tous les peuples aujourd'hui : nous sommes dans un système d'oppression global. Ce système, cette violence globale, c'est le capitalisme. Non pas seulement le capitalisme financier, car une logique capitaliste s'est emparée de la totalité du monde. C'est la seule idéologie de domination qui a été capable de s'adresser à des individus : toutes les grandes philosophies socialistes comme le communisme ou la philosophie marxiste ont eu tendance à s'adresser à des collectifs, à des classes, à des groupes, à des communautés ; alors que le capitalisme a très vite pris la voie de l'individuation et s'adresse à des esprits autonomes. Il arrive à modifier des esprits, des mentalités individuelles et aujourd'hui nous sommes dans une oppression globale qui est quasi indolore et imperceptible pour la majorité de nos concitoyens. Un peu comme dans le système féodal où les serfs n'avaient pas l'impression d'être opprimés ; ils pensaient que c'était l'ordre du monde et beaucoup de gens de nos jours - même de brillants économistes - ont le sentiment que le capitalisme c'est le seul système économique acceptable, envisageable ou performant dans la réalité de l'homme. Notre problème c'est d'identifier qu'aujourd'hui nous sommes tous victimes du système capitaliste qui nous transforme en consommateurs, avec une forte transformation du désir de vie. Nous sommes rentrés dans une absence de signification de notre existence, ce qui est absolument encore plus terrible que la paupérisation ou la marginalisation qu'entraînent fondamentalement le capitalisme. On a une désacralisation et une dé-signification de toute l'existence. Dans ce manifeste sur les produits de haute nécessité, le pouvoir d'achat a été mis en avant car nous avons voulu signifier que nous ne nous laissons pas seulement absorber par la lutte contre la paupérisation et la marginalisation, mais bien de comprendre qu'intrinsèquement le capitalisme porte atteinte à la dimension poétique de l'homme, son désir de dignité, sa puissance de créativité et finalement sa capacité à être solidaire de tout humain. C'est une résistance radicale que nous devons forger.

A. C. L. M. : Participerez-vous aux Etats généraux de la Martinique ?

Patrick Chamoiseau : Non, non… j'ai refusé.

A. C. L. M. : Vous l'a-t-on proposé ?

Patrick Chamoiseau : Oui ! J'ai été appelé par la présidence de la République pour un déjeuner que j'ai refusé. Ce qu'ils n'ont pas compris c'est que le problème est celui de la reconnaissance d'une entité singulière. On ne peut pas persister à dire : " je vais continuer à déclarer des Etats généraux ", " je vais mettre des chapitres ", puis " on va discuter de ça et de ça ", tout administrer depuis Paris. Envoyer un préfet du style Félix Eboué, comme lors des la période coloniale, on les prenait de la même couleur et on nous disait : " voilà, je vous donne un Préfet, il va administrer et opérer une mutation en vous-mêmes ". En agissant de la sorte, c'est penser qu'on à affaire à des imbéciles, c'est reconnaître que nous sommes sous tutelle. L'idée serait de dire à ces Etats généraux : " libérer ces communautés, ces existences, ces entités ", " allez ! qu'est ce que vous nous proposez ? en toute liberté, en toute conception, en toute collaboration ".
Nous n'attendons rien de vos machins et laissez-nous organiser nos affaires. C'est ce que nous allons faire, de toute manière. "

 

MUR ET RELATION.
La tentation du mur n'est pas nouvelle. Chaque fois qu'une culture ou qu'une civilisation n'a pas réussi à penser l'Autre, à se penser avec l'Autre, à penser l'Autre en soi, ces raides préservations de pierres, de fer, de barbelés, ou d'idéologies closes, se sont élevées, effondrées, et nous reviennent encore dans de nouvelles stridences. Ces refus apeurés de l'Autre, ces tentatives de neutraliser son existence, même de la nier, peuvent prendre la forme d'un corset de textes législatifs, l'allure d'un indéfinissable ministère, ou le brouillard d'une croyance transmise par beaucoup de médias qui, délaissant à leur tour l'esprit de liberté, ne souscrivent qu'à leur propre expansion à l'ombre des pouvoirs et des forces dominantes. Ainsi le mur peut-il être subreptice ou officialisé, discret ou spectaculaire. La notion même d'identité a longtemps servi de muraille : faire le compte de ce qui est à soi, le distinguer de ce qui tient de l'Autre, qu'on érige alors en menace illisible, empreinte de barbarie. Le mur identitaire a donné les éternelles confrontations de peuples, les empires, les expansions coloniales, la Traite des nègres, les atrocités de l'esclavage américain, les horreurs impensables de la Shoah, et tous les génocides connus et inconnus. Le côté mur de l'identité a existé, existe encore, dans toutes les cultures, tous les peuples, mais c'est en Occident qu'il s'est avéré le plus dévastateur sous l'amplification des sciences et des technologies. Le monde a quand même fait Tout-Monde. Les cultures, les civilisations et les peuples se sont quand même rencontrés, fracassés, mutuellement embellis et fécondés, souvent sans le savoir ou le manifester.

Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Quand les murs tombent. L'Identité nationale hors-la-loi ?, Editions Galaade - Institut du Tout-Monde, 2007, pp. 7-9 ".

 

Notes

1. Une première version de cet article a été publié dans la revue Présence Africaine, n°179-180, dossier " Questions autour de la culture ", 1er et 2ème semestre 2009.
2. Edition du 9 décembre 2009.
3. Cet entretien a été réalisé le vendredi 24 avril 2009 dans le cadre du 6ème Salon Africain du livre et de la presse au sein du Salon international du Livre de Genève. Nous remercions l'architecte de ces rencontres, Isabelle Bourgueil.
4. Texte co-signé avec 8 autres intellectuels antillais : Ernest Breleur, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar et Jean-Claude William.
5. LIYANNAJ KONT PWOFITASYON (" Collectif contre l'exploitation ") : Collectif (d'organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles) fondé en janvier 2009 avec pour ambition de lutter contre les inégalités (politiques, sociales et culturelles) et de défendre le niveau de vie des habitants de la Guadeloupe.