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Olympe Audouard (1830-1890). De la Russie au "Nouveau Monde"

L'art du voyage au cœur du XIXe siècle



par Gianni Cariani

 

A l'heure du tourisme massifié, de l'expérience accumulative, de l'instantané permanent, de l'accessibilité opportune et de l'immédiateté, le visage de la planète de Venise à Tokyo, de New York à Bombay se modifie à vive allure, de manière tout à la fois positive et négative. Cette bipolarité se traduit comme une expérience individuelle positive - quête de soi par l'appréhension du vécu de l'autre, existence de la distinction et de l'identification, et comme un champ collectif négatif - la planète est un espace limité qu'il faut préserver, mais les actes et les discours ne coïncident pas et les intérêts particuliers, notamment des Etats et des multinationales, sont prédominants. Dans cette perspective, il n'est peut-être pas inintéressant de s'interroger sur le parcours atypique d'Olympe Audouard, en la resituant dans son contexte et en restituant les problématiques et les enjeux de son discours. Peut-être que nos propres interrogations resurgiront par un effet miroir afin de créer et de générer de nouveaux " équilibres "?

Au tournant des années 1850, Olympe Audouard entreprend son premier voyage. C'est le début d'un itinéraire qui aura été jalonné de nombreuses pérégrinations tant en Europe occidentale qu'orientale, tant en Afrique du Nord qu'au Proche-Orient, tant en Russie qu'en Amérique du Nord. Elle parcourt le monde, découvre Beyrouth, Saint-Pétersbourg, Cracovie, Salt Lake City, New York, Alexandrie, Le Caire, Istanbul, Jérusalem, Rhodes. Une trentaine d'années plus tard, en 1884, dans ses Mémoires, elle n'hésite pas à diviser sa vie en deux parties (1). Elle en qualifie les deux versants dominants de la manière suivante : " Ma vie a eu deux parties bien distinctes : l'une terne, douloureuse, c'est celle que j'ai passée en France ; l'autre, ensoleillée, gaie, c'est celle que j'ai passée à voyager " (2). Et c'est bien ainsi que sa biographie nous laisse apparaître une activité double, qui ne cesse de s'entremêler et de s'entrecroiser. De fait, lorsqu'elle est à Paris, elle occupe une position à la confluence de plusieurs univers, associant journalisme et presse, intentions politiques, amitiés et tentations littéraires, sociabilités et mondanités. Elle est dans le monde. Elle se positionne comme polémiste avec un engagement républicain (3) nourri d'un violent ressenti à l'encontre du Second Empire. Cependant, elle manifeste, après 1871, un esprit critique à l'égard de la Troisième République, marqué par une certaine déception quant aux actions des républicains " opportunistes " (4). Elle mène un combat féministe, s'intéresse à l'éducation, aux questions sociales, urbaines et économiques. A l'inverse, le voyage est pour elle un exutoire, il lui permet d'échapper à un carcan moral et social. Ainsi le voyage devient pour Olympe Audouard l'expérience par excellence. Et les relations de voyage qu'elle en tire de manière quasi-systématique, un miroir aux facettes multiples sur lequel nous reviendrons plus loin.

Le questionnement que nous souhaitons mettre en œuvre, autour de la personnalité d'Olympe Audouard, vise avant tout à considérer l'art du voyage au cœur du XIXe siècle. C'est-à-dire interroger les formes de perceptions qui découlent du voyage. Non du fait qu'il s'agisse d'une femme (5), mais d'un regard particulier qui s'exerce à l'encontre de ses contemporains de tous les horizons. En effet, d'autres se sont attelés à des recherches considérant la littérature de voyage par genres, féminin ou masculin. Si, bien évidemment, certains aspects sont plus approfondis par certaines voyageuses, nos préoccupations présentes nous incitent à ne pas nous fonder sur une distinction genrée, masculin-féminin, qui ne ferait que dévaloriser l'approche féminine, la situant à la périphérie des grandes relations de voyages masculines, de fait, largement majoritaires et dominantes. Notre position ici n'est pas, statistique et quantitative mais qualitative. Elle vise à considérer la production viatique d'une voyageuse-écrivain, possédant un réseau relationnel dense et influent à Paris, cherchant à échapper à une société étriquée, où il n'existe, de fait, aucune égalité entre les hommes et les femmes. Pour se faire, il nous paraît opportun d'aborder en premier lieu la question du voyage durant la deuxième moitié du XIXe siècle. Ensuite, de situer Olympe Audouard dans ce contexte. Enfin, d'analyser la forme et le contenu qu'elle donne à ses récits de voyages.


I. Sur quelques caractéristiques du voyage dans la seconde moitié du XIXe siècle

Il nous semble nécessaire avant toute chose de préciser et de délimiter les différents aspects constitutifs de l'art du voyage. Les deux dimensions dominantes dans cette perspective sont d'une part, les aspects structurels et organisationnels, d'autre part, les aspects intellectuels et de civilisation.

I.1. Aspects structurels et organisationnels

L'art du voyage durant la période considérée peut être délimité de la manière suivante. Il devient accessible, aussi bien d'un point de vue économique que technologique. Les rails du chemin de fers tissent un réseau de plus en plus dense. Sans dire que le voyage se démocratise réellement, il est évident que de nouvelles couches sociales se l'approprient. S'il ne s'agit pas encore du voyage de masse, du moins nous pouvons situer la période retenue comme le point de départ du voyage touristique, c'est-à-dire dont la nature ne viserait à rien d'autre dans sa forme extrême qu'à la gratuité, aux plaisirs des sens et de l'intellect, à l'émergence de nouvelles émotions et de nouveaux sentiments. L'esprit de découverte sans les risques de l'inconnu. Ainsi le voyage qui avait pris de multiples et diverses formes, mais toujours avec un point d'intérêt et de focalisation, soit scientifique, soit politique, soit de formation et d'éducation ou bien encore esthétique se transforme. Peu à peu, il s'ouvre non plus seulement à des explorateurs ou des " aventuriers ", mais à des individus " curieux " qui ont trouvé dans le voyage leur art de vivre. Le voyage est devenu un but en soi, sans nul autre objectif.

Rappelons ici que les caractéristiques du voyage ont toujours été liées à des enjeux clairement déterminés. Nous évoquons le voyage dans ce qu'il a de volontaire et non de contraint. Le voyage en tant que décision libre, expression d'un choix, procède dans les grandes lignes, et sans que cette courte typologie ne fût exhaustive, soit d'une ambition scientifique ou d'un projet esthétique, soit d'une intention politique ou d'options de nature économique. Avant la deuxième moitié du XIXe siècle, rares sont les voyages qui ne procéderaient pas de ces quatre ressorts.

Le voyage que nous qualifions avec prudence d' " objectif ", c'est-à-dire scientifique, dont le but est fondé sur l'idée de progrès, au sens de faire avancer les connaissances de manière générale, dans les domaines et les spécialités les plus diverses représente une tradition importante tout au long du XIXe siècle. Son origine, sans remonter jusqu'à Marco Polo, se trouve plutôt du côté du siècle des Lumières, autre moment charnière où l'homme s'envisage comme élément d'un ensemble et non finalité de tout. L'émancipation individuelle autorise l'émergence d'une phase critique que le voyage par des voies empiriques va enrichir de données expérimentales. Par exemple, A. von Humboldt pourrait en représenter l'archétype au tournant des XVIIIe et XIXe siècles (6). Nombreux sont les scientifiques de toute l'Europe qui sillonnent le monde dans un but d'études. Ils cherchent à repousser les limites de la connaissance dans les domaines les plus divers : géographie, cartographie, botanique, géologie, archéologie (7). Ces expéditions se caractérisent également par une prise de risques importante. S'engager dans des territoires et des contrées inconnues supposent que tout n'est pas maîtrisé. La recherche dans ces domaines scientifiques a un prix élevé (8). Cependant, notons que le laboratoire de recherches s'est ouvert sur le monde. Ainsi les découvertes relativement confinées à des cercles étroits et restreints sont plus largement diffusées. La deuxième moitié du XIXe siècle connaît un essor de la diffusion des connaissances important et notamment si nous observons les nombreuses publications qui traitent, par exemple, de questions géographiques au sens large (9). C'est la planète dans son ensemble qui est mise en questionnement.

Le voyage dont le but vise des considérations esthétiques est une tradition ancienne. C'est le voyage de formation, par excellence, des élites. L'Europe est en quelque sorte en quête de son identité. Dans cette optique, l'Antiquité gréco-romaine et l'art des cours italiennes détiennent un magistère qui n'est jamais remis en cause (10). C'est la redécouverte d'un art classique, qui est perçu comme étant la base de toute formation (11). Réservé aux artistes en devenir et à l'aristocratie jusqu'au XVIIIe siècle, ce qui deviendra bientôt le " Grand Tour " est partie intégrante de la " bonne " éducation (12). Le XIXe siècle voit l'émergence d'un " tour " élargi, peut-être en quête d'exotisme. A l'Antiquité classique est associé le bassin méditerranéen dans son ensemble. L'Afrique du Nord, l'Egypte et les civilisations du Proche-Orient deviennent des destinations qui suscitent l'intérêt (13). La vogue de " l'Orientalisme ", liée en partie à l'expansion coloniale des pays européens, contribue à cet attrait, qui consiste : dans la profondeur historique, à prolonger la quête d'une Antiquité romaine, et dans la dimension identitaire, à se confronter à un autre modèle de civilisation. Le regard s'élargit et le voyage sur le pourtour de la Méditerranée se banalise.

 

Tête - Temple d'Apollon - Didymes

 

Un autre aspect des motivations qui font voyager : l'enjeu politique. La question qui se pose à ce niveau-là est bien évidemment de prouver la validité d'un système, de type républicain ou monarchique par exemple, et de fonder un argumentaire sur l'expérience vécue. C'est un jeu dangereux qui peut devenir source de déceptions et de déconvenues pour le voyageur-écrivain. Astolphe de Custine, lorsqu'il part, en 1839, en Russie, vise sans ambages à prouver la supériorité de l'Empire des Tsars. Il en est revenu désappointé (14). Durant la deuxième moitié du XIXe siècle, il est bien évident que la situation de l'Europe, au bord de la crise de nerfs permanente, entre montée des nationalismes, remise en question des états dynastiques et vision impérialiste entraîne un développement important de ce type de relations de voyage qui dans la majorité des cas vise avant toute chose à la polémique. En quelque sorte la théorie du modèle parfait est mise en œuvre par l'expérimentation du voyage (15).

Dans cet ordre d'idée, l'ambition économique est le prolongement de l'enjeu politique. Depuis le XVIe siècle, les rivalités en Europe se sont accentuées et la norme est à l'expansion et aux sphères d'influences. Exploitation et valorisation économiques dominent l'espace politique. Ce n'est pas un système politique qui en combat un autre, c'est un état d'esprit concurrentiel. Le XIXe siècle voit l'apogée du processus, puisque les moyens techniques se sont améliorés et développés, et qu'ils sous-tendent une idéologie expansionniste et européocentriste. Le temps des Empires (16) marque une sorte d'apogée discriminante entre le modèle européen et le reste du monde. L'Europe et par extension l'Occident, comme centre, et la périphérie, c'est-à-dire le reste du monde, dont l'objet est de savoir quelle en serait la meilleure exploitation.

Les années 1850-1880 proposent ainsi un terme et un renouvellement de l'art du voyage. Les voyageurs, et surtout les voyageurs-écrivains, qui laissent une trace, sont plus nombreux. Ainsi les caractéristiques du voyage durant la deuxième moitié du XIXe siècle peuvent être délimitées par une accessibilité plus grande, un élargissement des catégories de voyageurs, une diversité des destinations. D'une certaine manière, le monde s'est ouvert. Les moyens de déplacement sont plus nombreux et plus variés durant la deuxième moitié du XIXe siècle offrant ainsi une grande densité de potentialités de destinations pour le voyageur. Les modes et les moyens de transports connaissent des évolutions et des mutations essentielles dans cette perspective.

L'origine et la création des premières lignes de chemins de fer se situent en Europe et aux Etats-Unis durant la première moitié du XIXe siècle. Pays pionnier dans l'émergence du train, l'Angleterre possède une première ligne en 1807. Suivent, en 1827, les Etats-Unis et la France, en 1835, le Royaume de Bavière, en 1839, le Royaume des Deux-Siciles, en 1841, la Russie, en 1848, l'Espagne. Le développement des réseaux quant à lui date de la seconde moitié du siècle. Les réseaux nationaux se développent rapidement. Les lignes extranationales voient également le jour. Ainsi, la première liaison transcontinentale est réalisée aux Etats-Unis en 1866. L'Orient-Express fait son premier trajet complet de Paris à Constantinople en 1883. Les Travaux du Transsibérien débutent en 1888 et sont finis en 1904. La mise en œuvre de la ligne Berlin-Bagdad est effective en 1903. De fait, en 1850, il existe 15 000 kilomètres de voies ferrées de part le monde. En 1915, le kilométrage dépasse le million. A noter, concernant les voyageurs et au-delà des prouesses techniques de mise en œuvre du chemin de fer, que la question du confort des voyageurs est à l'ordre du jour puisque l'apparition des voitures-restaurants date de 1863, sur la ligne Philadelphie-Baltimore.

Les compagnies maritimes connaissent un développement similaire. Les plus importantes naissent durant la première moitié du XIXe siècle. En 1836, la Lloyd Triestina di navigazione assure ses premières liaisons autour de la Méditerranée. En 1847, la Compagnie transatlantique Hambourg-America est fondée. En 1848, la Pacific Mail Steamship Company organise des liaisons transocéaniques. En 1851, apparaissent, en France, les Messageries nationales. Le maillage tant terrestre que maritime devient durant la deuxième moitié du XIXe siècle d'une très forte densité. Se déplacer sur une grande partie du globe est possible dans des conditions correctes. Des lignes sont ouvertes. Bien évidemment, les Etats sont en situation concurrentielle. Les objectifs du développement des moyens de transports visent en premier lieu une valorisation économique des territoires, colonies ou non, et donc leur mise en exploitation, ensuite le fret des marchandises, enfin, le déplacement des personnes. Si la dimension touristique n'est pas prioritaire pour les compagnies, l'accès au voyage est possible, et ce qui est nouveau, sous une forme touristique qui se généralise. Le développement du tourisme est indéniable et peu se lire sur plusieurs fronts. La multiplication des relations de voyages est constante plus le siècle avance. La parution de revues traitant de questions relatives aux voyages est un autre aspect révélateur. En 1866, naissent les Annales des voyages, de la géographie, de l'histoire et de l'Archéologie, en 1877, le Journal des voyages et des aventures de terre et de mer.

Autre élément notable, la parution de guides touristiques pour de nombreuses et nouvelles destinations. Si les premiers guides touristiques étaient nés sous l'impulsion de H.A.O. Reichart (1751-1828), en Allemagne, de l'éditeur John Murray (1745-1793) en Angleterre, la grande révolution qui aura su s'imprégner de l'air du temps se fait sous l'égide de Karl Baedeker (1801-1859), à nouveau en Allemagne, suivis en cela par Louis Hachette (1800-1864) et Adolphe Joanne (1813-1881) en ce qui concerne la France. Si le " Grand Tour " reste toujours l'idée maîtresse en termes de formation et de découverte, le voyage classique vers l'Italie et la Grèce est maintenant complété par le pourtour méditerranéen, l'Empire ottoman, le Proche-Orient, l'Egypte et la Nubie, l'Afrique du Nord et un peu plus tardivement l'Europe orientale et les Balkans. Les guides proposent une information culturelle et surtout pratique. Ils se distinguent en cela des relations de voyages. La distanciation quant à l'objet qu'ils étudient, une dimension énoncée d'objectivité en font un support particulier. De fait, l'évolution des transports terrestres et maritimes bouleverse la nature et le sens du voyage. Les guides touristiques marquent la mutation du voyage et en quelque sorte en codifient l'exercice. L'art du voyage en devenant accessible en est également transformé.

Les relations de voyages subissent de ce point de vue également des évolutions. Quantitativement, comme nous le signalions précédemment, les relations de voyages se sont multipliées durant la deuxième moitié du XIXe siècle. La diffusion des récits de voyages est large. Ensuite, qualitativement, tous les aspects d'une société ou bien d'une civilisation deviennent sujets d'étude. Il n'y a plus de limites. Tout est prétexte : l'art, les monuments, les industries, les conditions sanitaires, la situation politique, les minorités ethniques, les us et coutumes, l'éducation. La relation de voyage est libre et ouverte. La deuxième moitié du XIXe siècle est généraliste de ce point de vue. Des champs multiples sont défrichés. Au-delà des stéréotypes et des préjugés européo-centrés, la période est marquée par un brassage des idées très intense. Un désir de connaissances et de découvertes s'associe à des réalités matérielles qui permettent de transformer la situation intellectuelle de la période de manière sensible. Le XIXe siècle propose ainsi un terme et un renouvellement de l'art du voyage.

I.2. Aspects intellectuels et de civilisation

D'un point de vue intellectuel et de civilisation, les relations de voyage conjuguent différentes facettes. Les contours principaux peuvent être délimités de la manière suivante. En premier lieu, le récit de voyage propose un itinéraire moral et intellectuel, souvent polémique, en des " contrées exotiques " (17), c'est-à-dire qui ne sont pas partie prenante du creuset européen. Il peut aussi bien s'agir d'un récit relatif à l'Amérique du Nord que d'une relation s'intéressant à l'Asie centrale ou bien encore l'Afrique subsaharienne. Ce type de relations de voyage se veut magistral, au sens d'être exemplaire, par les éléments de comparaison qu'il suggère. Ces relations de voyages possèdent comme objectif, le plus souvent, de n'être que le prétexte à l'examen du pays d'origine. Le pays ou les pays parcourus sont interchangeables, l'objectif est une critique valorisante ou négative de son propre pays.

Ensuite, le récit de voyage interroge la civilisation, opposant les différents modèles en présence. C'est une sorte de balance qui mesure chaque civilisation à l'aune de ses développements, qui en définitive sont ramenés à l'échelle de la civilisation occidentale. Ce type de relation de voyages se veut impartial et objectif. C'est un pari difficilement tenable comme nous le verrons plus loin. Enfin, le récit de voyage se lit de manière intimiste. Un auteur s'adresse à un lecteur de manière directe cherchant à partager un ensemble d'émotions et de réflexions. La démarche se fait beaucoup plus empirique et aléatoire. Un itinéraire est suivi et offre la possibilité de digressions diverses et variées. Tout devient prétexte à acte littéraire suivant le déroulement des événements. C'est un récit réceptacle qui passe en revue tout les aspects d'une société et d'une civilisation, qu'il s'agisse de l'art de la table, de paysages, de scènes de la vie quotidienne, tout peut devenir le prétexte d'une évocation (18). Les intérêts et les préoccupations de l'auteur dominent ce type de récit de voyage.

De fait, un dilemme impossible à résoudre apparaît. Premièrement, une ambition d'objectivité est soit associée, soit opposée, à une réalité subjectivée. L'objet, l'acte de voyager est pris dans l'étau de l'arrêt sur image et de son interprétation. En second lieu, un ensemble de préjugés et de stéréotypes est indéniable. Le voyage est vécu comme un exotisme, terra incognita à découvrir. Il existe une notion de révélation qui ne peut évidemment que fonctionner sur l'ambivalence, monde connu-monde inconnu, civilisation dominante-civilisation " émergente ". Cette dualité est présente dans de nombreux récits de voyages. Dans le rapport à l'autre, la relation civilisation dominante-civilisation " émergente " apparaît de manière déclarée et consciente, ou alors quasiment de façon involontaire, sous forme de réflexe. De fait, les velléités qui visent à présenter dans leur énoncé un récit de voyage de manière objective sont le plus souvent démenties par le récit lui-même tant dans sa forme que du point de vue du fond (19). De fait, il nous semble pertinent de noter que les thématiques développées dans les récits de voyages fonctionnent souvent sur un mode comparatif et non en fonction de la seule identité du pays parcouru et visité. Cette forme prise par le récit de voyage a une conséquence double. En premier lieu, la construction du récit est aléatoire, la narration suit l'itinéraire. Il n'existe pas de thématique a priori. En second lieu, toutes les données comparées sont généralement en faveur du modèle occidental dominant. Le lecteur s'y retrouve dans cette forme de narration. La grille de lecture comparative est fondée sur son propre modèle. Par ailleurs, le récit est le plus souvent attrayant et dynamique. Le lecteur est censé être tenu en haleine. Les réalités éditoriales et économiques sont parties prenantes de l'édition d'un récit de voyage (20). Il est indéniable que durant la seconde moitié du XIXe siècle, les relations de voyage constituent un genre littéraire à part entière, caractéristique et symptomatique des transformations et des évolutions du XIXe siècle. Les relations de voyages écrites par Olympe Audouard n'échappent pas à cette typologie. Elle associe dans sa narration, des éléments intimistes, des aspects moralisateurs et, inévitablement, une dimension de comparaison relative à la civilisation.


II. Olympe Audouard : manière de voir, d'écrire, de penser

Si dans ses Souvenirs Olympe Audouard divise sa vie en deux parties distinctes, bien évidemment celles-ci se complètent, s'attirent, s'entrechoquent. Si elle goûte et savoure la totale liberté qu'elle trouve dans le voyage, elle en fait une force dans sa vie française, et plus particulièrement parisienne. Née à Aix-en-Provence en 1830, dans un milieu de petite noblesse, elle se marie très jeune pour divorcer très rapidement d'un mari volage. L'éducation que lui donne son père, lui-même grand voyageur, est très libérale et hors des normes traditionnelles (21). C'est sans doute là qu'il faut trouver les origines de son goût permanent pour la liberté ainsi que son engagement constant pour défendre les causes politiques et sociales qui lui paraissent justes. Ce sentiment de liberté s'exerce à priori contre les cloisonnements et les préjugés qui règnent en province (22). A l'horizon figé et immuable d'une petite ville de province, sentiment qu'elle retrouva sous une autre forme à Paris, elle répond par la tentation constante du départ.

En contrepoint de ses nombreux voyages et alternant avec ceux-ci, la vie parisienne d'Olympe Audouard est jalonnée par des combats permanents. Elle milite contre la place inféodée, les pesanteurs sociales et l'absence de droits des femmes en France au cœur du XIXe siècle. Elle mène une action contre l'infantilisation et la mise en tutelle des femmes organisées par la loi (23). Elle rédige des pamphlets, des libelles, des ouvrages, essais ou romans, dans le but de changer la situation des femmes. Cette ambition est durable et se lit sous plusieurs formes. Combats littéraires (24), actions en justice lors de la création de sa première revue, Le Papillon, en 1865, luttes politiques pour la fondation de sa deuxième revue, La Revue cosmopolite, défis permanents contre l'ordre établi et les conventions qui suppriment le sel de la vie (25).

Le féminisme d'Olympe Audouard trouve, de fait, un prolongement dans l'action littéraire qui peut être considérée comme la deuxième corde de son arc. C'est en effet par la plume, notamment par la création de revues, la rédaction de pamphlets et de lettres, la multiplication de conférences qu'elle se bat (26). Ces combats, elle ne les mène pas seule, puisqu'elle est très liée avec de nombreux écrivains comme Alexandre Dumas père et Théophile Gautier, Arsène Houssaye et de nombreux autres (27). Ainsi, au coeur du Second Empire de Napoléon III, une sphère d'influence assez puissante se dessine, qui à défaut de pouvoir le faire chuter, sait mettre en évidence ses carences aussi bien politiques que sociales aux risques de condamnations financières et pénales (28).

A l'opposé de cette lutte et de manière complémentaire, elle trouve son émancipation, en tant qu'individu et en tant que femme dans les voyages qu'elle entreprend. Comme nous l'avons vu, la période 1850-1870 est marquée par de profondes mutations structurelles qui facilitent et encouragent les différentes formes de voyage. Olympe Audouard saisit à bras le corps ses nouvelles potentialités. Très jeune, elle entreprend ses premiers voyages, qu'elles valorisent immédiatement par des relations et des récits, à l'instar de Théophile Gautier, d'Alexandre Dumas père, de Maxime Du Camp, de Gérard de Nerval. Cependant, chez Olympe Audouard prédomine un aspect systématique. Chaque voyage trouve une suite dans une relation. Ce récit est publié rapidement sous différentes formes. Feuilletons pour des revues, articles de presse, ouvrages. Au-delà elle donne un prolongement à ses récits de voyage par des œuvres romancées (29). De même que pour un Victor Cherbuliez ou une Henri Gréville, le voyage devient également œuvre romanesque, associant cosmopolitisme, vision du monde et exotisme. Ainsi Olympe Audouard parcourt le monde du Nord au Sud et d'Est en Ouest : le bassin Méditerranéen (Grèce, Egypte, Algérie), le Proche-Orient (la Palestine et l'Empire ottoman), l'Empire des Tsars (au-delà de Saint-Pétersbourg et de Moscou, jusqu'au Caucase et à la Sibérie), le Nouveau Monde (les Etats-Unis d'Amérique jusqu'aux nouvelles frontières de l'Ouest), l'Europe centrale et orientale (de l'Allemagne aux Balkans, en passant par l'Autriche et la Pologne).

 

Maison - Istanbul

 

II.1. Un style engagé

Si Olympe Audouard présente son goût du voyage comme vital, elle y puise également les sources de son engagement politique et social, ainsi que de son ambition littéraire. Les trois niveaux se répondent et s'enrichissent en permanence. Le style, la forme et la manière de ses récits de voyages sont impactés par les objectifs sous-jacents qui sont, d'une part, de faire œuvre littéraire, d'autre part, de mener une réflexion d'ordre général sur la condition humaine. Il est indéniable que cette double ambition féconde et stimule ses récits de voyages.

En effet, son style est incisif, mordant, spontané et intuitif. Par ailleurs, elle peut devenir ironique et brillante polémiste. Dans la forme, le sentiment qui prédomine est une sorte de tension permanente. Son souhait est de relater ce qu'elle voit de manière objective, puisqu' " une relation de voyages doit être, avant tout, fidèle et exacte " (30). La dimension objective pose bien évidemment un ensemble de questions comme nous l'avons signalé plus haut. Chez Olympe Audouard c'est une ambition liminaire, qui est rapidement remise en cause (31), puisque son écriture se positionne le plus souvent par la mise en perspective d'antagonismes (32). Il ne s'agit pas pour elle de transmettre simplement des impressions et des faits. Chaque fait et toute impression deviennent le support d'opinions, de comparaisons, de réflexions, d'idées qui sont mises au service d'une démonstration. C'est un style qui sous-tend la défense d'une cause, qui soutient un combat. D'une certaine manière, le voyage est l'action nécessaire qui lui permet de construire un discours qui dépasse le seul cadre du voyage. Son positionnement se situe ainsi à la frontière d'une démarche intellectuelle, sans jamais être scientifique, d'une vocation littéraire, s'appuyant sur une dimension documentaire de première main. Ce ne sont pas des idéaux moraux qui sont délivrés aux lecteurs de ses récits de voyages, mais des opinions devant être sujet à réflexion et à débats, au-delà à polémiques et controverses. Son style d'écriture correspond, de fait, à ce double niveau, la découverte de nouveaux horizons est aussi une arme de combat devant influencer si possible le lecteur. Ce style très dynamique est au service d'une thématique qui se retrouve tout au long de ses différents récits de voyages. Son écriture est davantage une écriture de passion, fonctionnant sur l'affectif plutôt qu'une écriture fondée sur l'esprit critique et la raison. Elle ne recherche pas une distanciation vis-à-vis de son sujet et de ses lecteurs, mais bien au contraire une sorte d'état fusionnel. C'est un style intimiste qui vise à faire partager au lecteur une vision du monde, un regard sur la vie, des interrogations sur la société et la civilisation. Ce questionnement est ouvert puisqu'il s'intéresse autant au politique qu'à la vie privée, autant à la culture qu'à l'organisation sociale. C'est une écriture qui se veut miroir. Miroir de l'individu, miroir de la société, miroir du monde. Il n'y a pas de construction préétablie, ce sont les péripéties du voyage qui indiquent un schéma de narration. Ainsi, si la thématique qu'elle développe appartient au questionnement général de la seconde moitié du XIXe siècle, son traitement, lui est original, parce qu'il se fonde bien davantage sur une dimension empirique et factuelle que sur une volonté de théorisation outrancière ou de systématisation à priori. Les faits nourrissent son discours et non un positionnement arbitraire qui serait antécédent à ce qu'elle voit.

II.2. Du voyage pittoresque au débat d'idées

 

 

Bosra - Syrie

 

Bien évidemment, les récits de voyages d'Olympe Audouard conjuguent différents niveaux. Les aspects pittoresques des contrées traversées, les anecdotes et les imprévus du voyage sont très présents et se mêlent aux discours sur la condition des femmes, la situation des transports, l'état d'esprit et les valeurs des nations traversées, les rencontres de hauts personnages, diplomates, entrepreneurs, ingénieurs, artistes. Les faits sont le plus souvent le point de départ de digressions visant à des généralités. Ainsi le parachèvement des écrits d'Olympe Audouard peut s'établir de la manière suivante en brossant la thématique de ses écrits.

Qu'il s'agisse du Proche-Orient, de l'Egypte, de la Russie ou de l'Amérique du Nord et de l'Europe centrale, Olympe Audouard construit son itinéraire de manière hasardeuse. Si elle décide d'un point de destination avant son départ, les circonstances décident souvent de la durée du séjour, des trajets empruntés, des moyens de transports, des lieux qu'elle visite. Les voyages qu'elle entreprend sont des voyages possibles puisqu'elle parcourt des pays connus dont l'espace est délimité et maîtrisable. Cela ne signifie en rien qu'il n'y ait pas de dangers encourus ou de risques pris. Ce sont simplement des destinations qui ont déjà fait l'objet de relations de voyage et auxquelles elle apporte sa contribution. Suite aux développements du voyage et du tourisme, ce sont des destinations devenues accessibles, organisées autour de réseaux terrestres et maritimes. La phase des découvertes du premier XIXe siècle laisse la place à un approfondissement des connaissances et un élargissement des centres d'intérêts du voyageur. De plus, Olympe Audouard entreprend des voyages qui sont relativement long dans la durée. De quelques semaines à plusieurs mois, voire plusieurs années. Les distances parcourues sont également importantes. Son art du voyage n'est pas statique, conçu d'un point initial à un point d'arrivée, mais est très dynamique, connaissant de nombreux changements au fil des événements (33).

II.2.1. La beauté du monde ou le voyage comme contemplation

Olympe Audouard dans ses récits se laisse souvent subjuguer et émerveiller par les beautés du monde. Si elle est sensible au patrimoine bâti, à la situation, au style d'urbanisation et à la configuration d'une ville, aux richesses culturelles d'une civilisation, aux sites archéologiques, aux productions typiques d'une contrée, les paysages et les manifestations de la nature qui l'environnent l'enthousiasme toujours de prime abord. La beauté d'un site naturel peut l'interpeller comme en Egypte, la vallée du Nil qui lui apparaît indescriptible tant elle lui semble particulière. Mais c'est le désert qui s'impose à l'auteur de la manière la plus forte :

" Le désert avec son horrible solitude, sa sombre mélancolie m'a charmée beaucoup plus que les plus beaux sites. J'ai vu l'Algérie avec ses montagnes où le cactus, le figuier de Barbarie, s'entrelacent, où l'on voit des orangers gros comme des chênes, couverts en même temps de fleurs et de fruits… j'ai vu la riante et verte Allemagne, les immenses forêts de la Russie, les sites enchanteurs de Sorrente la belle et de Castellamare ; j'ai vu les rives du Bosphore, les montagnes arides de la Judée ; j'ai vu bien de choses encore : eh bien, rien ne m'a frappé, rien ne m'a émue et charmée en même temps, comme le spectacle de cette mer de sable brûlant, quand, au loin, à perte de vue de tout côté, on se voit entouré par elle, on se sent seul avec Dieu et la mort… " (34).

Sur le même mode, de l'autre côté de l'Atlantique, elle s'émerveille du spectacle que lui offrent les Montagnes Rocheuses. Partie de Cheyenne, elle descend jusqu'au Nevada pour remonter jusqu'à Salt Lake City. Elle invite son lecteur à la comparaison avant de décrire les Montagnes Rocheuses :

" Décrire l'aspect de ces montagnes est difficile, elles ont quelque chose d'étrange et de fantastique, qui vous étonne et vous émeut. J'ai vu pas mal de montagnes célèbres, et traversé bien des sites pittoresques, eh bien ! Je le déclare, ni le mont Olympe, ni l'Atlas, ni le mont blanc, ni le mont Athos, ni même le Liban, ne peuvent être comparés aux Montagnes Rocheuses. Figurez-vous une suite sans fin de chaînes de montagnes, adossées les unes aux autres. La plus haute à une couronne de neige éternelle ; ce blanc mat est encadré par l'azur des cieux qui s'y reflète, et coloré dès le matin, par le soleil, de mille rayons de feu !... les autres chaînes sont, selon leur formation, bleues, rouges, roses ou grises ; toutes les couleurs, toutes les nuances s'y heurtent et s'y confondent ; on les croiraient faites d'un immense arc-en-ciel. Ces chaînes se plient, se replient, se tordent en gorgent étroites, formant des pics et des plateaux inaccessibles. Les tremblements de terre des volcans antédiluviens ont si bien broyé, secoué, déplacé et renversé ces montagnes, qu'elles ont les formes les plus bizarres et les plus fantastiques " (35).

Mais Olympe Audouard sait aussi se laisser surprendre par l'harmonie d'un lieu, associant des ouvrages architecturaux et la nature. Elle est admirative lors de son arrivée en Hongrie où " rien n'offre un coup d'œil plus gracieux et plus pittoresque que les deux villes de Pesth et de Bude, jointe l'une à l'autre par ce magnifique pont suspendu, l'une des plus belles conceptions dans ce genre, et qui, bien sûr, n'a pas de rival sous le rapport de l'élégance des formes et de la perfection du travail. De ce pont, on a la plus belle vue du monde : le Danube calme et majestueux, au loin une immense plaine, à gauche de riantes collines groupées coquettement, enfin la ville même de Bude, ou Ofen, avec ses châteaux crénelés, témoins de son ancienne splendeur et derniers vestiges de son passé " (36). L'action des hommes, mêlée à la plus haute antiquité peut également susciter l'enthousiasme d'Olympe Audouard : " Enfin nous sommes arrivés au bas des pyramides… Ces trois immenses colosses de l'antiquité vous impressionnent vivement : droits et superbes sur leur petite colline, dominant la plaine, […]. Aucun mot, aucune phrase ne peut traduire l'émotion qui s'empare de vous en voyant ces pyramides s'élevant comme des montagnes au-dessus de cette esplanade de rochers tous taillés par la main des hommes " (37).

Par ailleurs, les entreprises humaines peuvent l'impressionner par le talent, l'énergie, l'intelligence et le courage qu'elles nécessitent. Lors de son périple au Etats-Unis, elle compare deux œuvres monumentales en cours de réalisation, le chemin de fer du pacifique et le canal de Suez. Deux projets de vastes ampleurs qu'elle aura vus en voie d'achèvement, et qu'elle distingue comme étant " les deux œuvres capitales de ce siècle " (38). Elle ajoute qu' " entre ces deux œuvres colossales, il y a plus d'un point de comparaison : utilité du but atteint, grandeur de l'entreprise, immenses difficultés vaincues. Si nos courageux compatriotes ont eu à lutter contre les sombres horreurs du désert de Suez, les ingénieurs et ouvriers du grand Pacifique ont eu aussi à supporter ce morne découragement qu'inspirent la solitude et l'éloignement de la mère-patrie. Eux aussi ont dû planter leurs tentes en plein désert " (39).

 

Flatiron building - New York

 

Le regard sensible d'Olympe Audouard représente une facette de sa personnalité. En effet, la dimension poétique et littéraire se complète d'un examen critique, sans que celui-ci ne laisse la moindre place aux concessions. Elle dit ce qui l'enchante comme ce qui la stupéfie sans aucune retenue. Un parler vrai qui ne donne aucune place aux tabous. De fait, Olympe Audouard vise à montrer les réalités du monde tel un miroir.

II.2.2. Les réalités du monde ou le voyage comme arme de combat

Les réalités du monde chères à Olympe Audouard concernent autant la vie politique et sociale, que la situation des mœurs et les relations entre les sexes, ou bien encore les us et coutumes et l'état sanitaire d'un pays. Elle veut connaître de près la vie réelle des gens et des nations. Qu'il s'agisse d'une communauté restreinte, par exemples, les Mormons à Salt Lake City ou les Bédouins dans le désert de la péninsule arabique, ou bien alors de groupes sociaux comme les bourgeoisies urbaines de la côte Est des Etats-Unis et l'aristocratie rurale de la Russie. Elle s'intéresse aux confessions religieuses, n'hésite pas à donner son opinion. Elle cherche et tente de rendre compte des différentes manières de penser, d'agir. Elle recherche les origines et les causes d'un mode d'organisation, d'une conception du monde, suit les développements des nations, et au-delà tire des conséquences de ces développements, se projette dans le futur. Son système de pensée traduit le point de vue d'une femme, dont le système politique auquel elle est attachée, est la république de type parlementaire et pluraliste, vécu comme une utopie, ou du moins comme un devenir. Le monde qu'elle veut faire découvrir et partager à ses contemporains n'est ni idyllique, ni parfait. C'est un monde dont l'image peut apparaître brutale. Au gré de ses déplacements, elle interroge et observe le monde. Elle peut partir d'une idée générale et la démontrer par le détail, ou à l'inverse se servir d'un détail pour aboutir à une idée générale. Elle brosse ainsi de grands tableaux des pays traversés.

Si elle sait apprécier la dimension poétique d'un lieu, l'harmonie d'un site, le pittoresque d'une situation, Olympe Audouard déplore que souvent la vision fantasmée ou rêvée d'un pays l'emporte sur la réalité. Elle regrette qu'une image construite de manière arbitraire soit le plus souvent véhiculée dans les relations de voyages de ces contemporains. Ceci au détriment d'un pays " réel " qui n'est pas saisit dans toutes ses dimensions, belles ou laides. Cette appréhension d'un pays, d'une région ou d'une situation la révolte. Ainsi pour l'Egypte, dès la préface de son ouvrage elle stigmatise " certaines personnes ". Ceux-ci disent ou écrivent que " le flambeau de la civilisation est allumé en Egypte, ce pays marche à pas de géant vers elle ". La réalité est contraire, Olympe Audouard constate que les gens qui écrivent cela, d'une part ne reste que peu de temps en Egypte, ou d'autre part, ne connaissent qu'Alexandrie, le Caire et la remontée du Nil vers les ruines qui le jalonnent. Mais ceux-là ne connaissent ni les provinces, ni le sort du peuple, ni les réalités sociales et économiques. Un aspect qu'elle remettait en exergue quelques années plus tard : " Si vous allez en Orient, après avoir lu toutes les charmantes poésies, toute la prose ensoleillée que ces contrées ont inspirés à quelques-uns de nos grands auteurs, que de déceptions, que de désillusions vous y attendent ! J'ai pour les poètes la plus vive admiration, mais il faut bien reconnaître qu'ils sont de fort mauvais historiens, et que leurs descriptions brillent plus par l'imagination que par la réalité. Ceux qui ont décrit l'orient se sont isolés dans le beau ; de parti pris ils ont fermé les yeux à la laide prose ; l'âme grisée par la poésie, ils nous ont fait des tableaux enchanteurs ; ce sont de précieuses mosaïques entourées de rubis ; c'est étincelant de coloris, charmant de finesse ; parfait de forme… il n'y manque qu'une chose… la vérité. Ils ont oublié, ces chers poètes, que la nature réelle s'affirme par l'antithèse et les contrastes, et que le beau se heurte presque toujours au laid " (40). Sur un autre plan, toujours dans un but de vérité, elle reproche à Tocqueville de s'être laisser " griser, lui, par la sainte, la grande liberté, - liberté ! Mot magique qui fait battre tout cœur noble et généreux ! Grisé par le prestige sacré de la liberté, par la beauté, la grandeur de la Constitution américaine, il a laissé sa plume suivre l'élan de son admiration et il nous a donné trois volumes écrits dans le plus beau style, dans le français le plus correct, volumes qui contiennent de bonnes, de nobles aspirations, mais qui ont un tort : celui de ne point décrire la république américaine, mais bien une république idéale et chimérique ; république peuplée de héros et non de simples mortels " (41).

Ainsi, sur la condition faite aux femmes dans de nombreux pays, Olympe Audouard s'insurge avec véhémence notamment pour toutes les questions relatives aux libertés individuelles, aux droits des personnes et à l'égalité entre les sexes. Si elle cherche à comprendre certaines traditions, d'autres aspects de l'organisation des sociétés la dépassent et la révoltent. Ainsi, chez les Mormons lorsqu'elle se retrouve à Salt Lake City, elle constate avec effarement l'acceptation de la polygamie par les femmes mormones. Sans pouvoir partager cette attitude face à la vie, elle observe et ne peut, même si la polygamie lui paraît insupportable, que voir cette " nouvelle société " proposer une approche sociétale renouvelée. Polygamie mormone qu'elle distingue radicalement de la polygamie pratiquée au sein de l'Empire ottoman : " La polygamie mormone est tout à fait à l'opposé de la polygamie musulmane ; cette dernière est plutôt basée sur l'inconstance que sur le partage. Un Turc épouse une jeune et jolie femme, il l'adore. Mais son amour ne survit ni à la jeunesse, ni à la beauté. Le climat brûlant de l'Orient, la vie du harem passe vite les femmes ; les Turcs en changent souvent, mais le plus souvent, la première devient une étrangère, dès que la seconde s'installe dans la maison " (42).

De fait, la condition des femmes en Egypte la révolte. C'est un système social auquel elle refuse toute caution, tant l'absence de droit pour la femme est dominante : " Les femmes musulmanes, en Egypte, sont tenues plus sévèrement enfermées qu'à Constantinople… Elles sortent moins souvent, elles jouissent de moins de liberté. Cela tient, je crois, à ce qu'ici les harems sont plus généralement composés d'esclaves ; les filles de bonne maison turque, s'arrogent un peu plus de liberté […] Mais en Egypte, hélas ! La justice est chose inconnue ; le seul maître souverain et arbitraire est le vice-roi d'abord, ses favoris ensuite " (43). Eprise de liberté et de détermination individuelle, Olympe Audouard ne peut accepter les conditions de vie de la femme en Egypte et développe sur une cinquantaine de pages des exemples ou celle-ci est plus que maltraitée.

Autre aspect, qui interroge Olympe Audouard, toujours concernant les mœurs des pays traversés. En Russie, elle est surprise par la tradition relative au baptême, puisque " chaque année, à Pâques, on casse la glace à coups de hache, on fait un trou d'un mètre environ de circonférence, on apporte tous les enfants nouveau-nés, les mères les déshabillent ; un homme se tient auprès du trou, il prend l'enfant par un pied, il se penche vers l'abîme et il plonge le pauvre petit ange dans cette eau glacée !... " (44). Ce sont toujours les bains qui la préoccupe lorsqu'elle se retrouve à Budapest où elle fait étape, après être passée par Varsovie et Vienne, avant de poursuivre sa route vers la Valachie, le Bosphore et le Liban :

" Cette ville [Bude] à plusieurs faubourgs. Celui de Wasserstadt fut nommé ville des Juifs pendant la domination turque, parce que les Musulmans y reléguèrent tous les Juifs qui habitaient dans les autres quartiers. Ce nom lui est resté. On y voyait aussi une mosquée, comme souvenirs des Turcs, mais on en a fait depuis une église chrétienne. Les montagnes qui entourent Bude sont richement dotées par la nature ; elles possèdent des eaux thermales fort renommées pour la cure de certaines maladies. Ces eaux chaudes étaient déjà connues et appréciées par les Romains. Les Turcs, pendant leur domination, mirent beaucoup de soin à les embellir. […] Le Bruckbad (Ruda-Perdo) est admirablement situé, tout près du Danube, sur la pente des rochers du Blocksberg. Il a plusieurs sources et quatre-vingt-dix-neuf baignoires. […] Les hommes et les femmes s'y baignent pêle-mêle ; la morale n'est sauvegardée que par un léger costume " (45).

De nombreux autres exemples pourraient être donnés concernant cette appréhension d'une société par Olympe Audouard. Dans ces relations de voyages, elle questionne tous les aspects d'une société, de la nourriture aux transports, des cimetières à l'éducation des enfants. Curieuse et ouverte, elle offre un panorama relativement objectif qu'elle émaille d'opinions, de constats et de visions qui lui sont chères. De fait, elle se réfère en parallèle à son milieu d'origine, fait des comparaisons, n'est pas exempte de certains préjugés liés à son environnement initial. Cependant, elle se veut objective et libérer du carcan mental de l'Occident. Sa grille de lecture sans être figée rappelle cependant que le développement des civilisations puise beaucoup dans les " avancées " de l'Occident. Ce dont elle a ponctuellement conscience, puisqu'elle dénonce certains aspects du modèle occidental, français en particulier (46). Cependant, c'est bien le modèle européen qu'elle retient lorsqu'elle dénonce les excès et les carences du gouvernement de l'Egypte, sous la domination ottomane :

" L'homme qui gouvernerait ce peuple sagement, paternellement et intelligemment, en ferait un peuple qui rivaliserait avec les Européens. Le vice-roi qui n'exploiterait pas le pays, mais qui le gouvernerait, en ferait la contrée la plus riche du monde. Espérons qu'un jour ce peuple si malheureux trouvera enfin non pas un tyran, un oppresseur, mais un père. Peut-être ce prince Mustapha, […] qui connaît, apprécie et étudie la civilisation européenne ; peut-être ce prince sera-t-il appelé au trône un jour. […] Son avènement sera sans doute le signal d'une ère de prospérité pour le peuple égyptien, à qui, j'aime le croire il enlèvera le joug abrutissant qui pèse sur lui " (47).

De même, lorsqu'elle se trouve en Russie, elle constate les pressions de l'autorité tsariste sur la société. Elle se réfère encore à l'Europe comme symbole d'un autre modèle de société, qui serait une marque de développement pour l'Empire des Tsars. L'existence d'une censure en Russie et la pression exercée par les autorités sur la pensée et les formes d'expression sont le prétexte à une mise en perspective de la Russie et de l'Europe :

" Pour finir cette petite étude sur la littérature russe, je dirai qu'il ne faut pas juger l'esprit par ce qu'il a produit, mais par ce qu'il pourrait produire s'il était libre de donner un corps à ses pensées, libre d'écrire sans risquer sa vie et sa liberté. Dans les nations civilisées d'Europe, on donne la croix au génie, les autocrates russes mettent le génie en croix " (48).

Les nombreux voyages effectués par Olympe Audouard, au-delà de la dimension émotionnelle et sensible, au-delà de l'aspect critique, sont aussi un moyen de penser le monde et d'agir. Le voyage devient potentiellement une arme de combat. Un combat mené par le biais de l'écrit en usant de supports divers. La plume devient combattante au nom de principes et d'idéaux tant politiques que moraux, tant individuels que collectifs. Pour la défense de ses idées, l'auteur dans le corps de ses récits de voyages n'hésite jamais à vivifier le texte non seulement par des comparaisons, mais aussi par des attaques directes contre ce qu'elle juge comme étant des injustices ou des aberrations. Si, en certains points, des exemples sont donnés et frappent les esprits, son style n'est pas forcément véhément. Ce qu'elle recherche c'est une adhésion par le débat et la persuasion. Qu'elle oppose le modèle occidental aux pays visités, qu'elle remette en question ce même modèle occidental, la ligne directrice qu'elle a choisie s'inscrit dans la durée, finissant par faire office de leitmotive. En situant à différents niveaux ses récits de voyages, Olympe Audouard donne à ses contemporains les armes et les moyens d'appréhender tant les beautés du monde que ses réalités.


En guise de conclusion

Si l'œuvre d'Olympe Audouard consacrée aux voyages retient notre attention sur bien des points, en premier lieu, nous observerons qu'elle est représentative d'une forme littéraire qui connaît un plein essor au milieu du XIXe siècle. En ce sens, elle peut être considérée comme faisant partie intégrante de ce siècle. Ensuite, sa manière est singulière et, en cela, elle se distingue de ses contemporains. Elle est particulière dans son approche et ses objectifs. Elle est militante, mais ne peut être réduite à ce rôle. Elle est écrivain mais pense au-delà, en cherchant à donner des clefs de lecture qui dépassent le cadre strict de la littérature de voyage, en interpellant une société dans son ensemble. Son approche se veut globale, critique et en même temps littéraire. Elle recherche un équilibre entre ces différents aspects et le trouve le plus souvent, tant par sa manière que par ses idées. En dernier lieu, sa détermination vise à dépasser les préjugés, anticiper le futur. Ainsi, dans les pages qu'elle consacre à l'Amérique la cause qu'elle défend est limpide et exemplaire :

" Dans ce siècle où le progrès marche lui aussi à toute vapeur, le cosmopolitisme doit remplacer le chauvinisme ; les peuples ne doivent plus vivre casernés chez eux ; ils doivent apprendre à se connaître, à s'apprécier les uns et les autres. La grande famille humaine, ce milliard d'hommes disséminés sur le globe terrestre, doit faire connaissance. Peut-être alors verra-t-on disparaître ces préjugés, ces haines des nations et, lorsque la folle ambition voudra entraîner un peuple, sous un vain prétexte, à aller massacrer un autre peuple qui n'a, en fait de torts, que celui de porter un autre nom, de vivre séparé de lui par une barrière imaginaire, - ce peuple refusera de se livrer à cette humaine boucherie, et enfin ce dernier restant de la barbarie des siècles passés cessera. Les hommes dirigeront toute leur intelligence vers l'agriculture et l'industrie, les arts et les sciences ; et ils feront des inventions plus utiles et moins révoltantes que celles des fusils à aiguille, des bombes explosives et des mitrailleuses. Les peuples comprendront enfin que leurs intérêts sont solidaires les uns des autres, et qu'ils doivent vivre en paix, s'entraider au lieu de s'entr'égorger… C'est en prenant l'essence du progrès, des réformes, des usages du monde entier qu'on pourra arriver au nec plus ultra de la vraie civilisation " (49).

 

Notes

1. Audouard O., Voyage à travers mes souvenirs, Ceux que j'ai connus, ce que j'ai vu, Paris, E. Dentu, 1884, 348 p.
2. Ibid., p.348.
3. Audouard O., A travers l'Amérique. Le far-west, Paris, E. Dentu, 1869, pp.15-16.
4. Id., pp. 16-17 : " Je le répète, j'étais républicaine, et pour moi ce mot de république était le synonyme de l'abolition de l'arbitraire, de la suppression des abus, de la disparition de l'ignorance et de la misère. Eh bien, en étudiant l'Angleterre, son gouvernement, ses institutions et le caractère de son peuple, en faisant la même étude en Amérique, j'en suis arrivé à la triste conviction qu'en France une république est impossible, car il n'y a pas trois républicains. Le peuple français est par sa nature porté au césarisme ; tout français a en lui l'étoffe d'un despote ; c'est un petit César en herbe, et du moment qu'il a l'ombre d'un pouvoir, il en abuse et devient autocrate et despote tout naturellement. "
5. N. Bourguinat (éd.), Le voyage au féminin. Perspectives historiques et littéraires (18e-20e siècles), Strasbourg, PuS, 2008, 154 p.
6. A. von Humboldt (1769-1859), héritier des Lumières, a fait œuvre pionnière dans son approche scientifique tant comme naturaliste que géographe, en fondant ses recherches sur les données recueillies lors de ses différentes expéditions, notamment en Amérique et en Russie.
7. Voir, Michon E., " La parure et la tiare d'Olbia au Musée du Louvre ", Gazette des Beaux-Arts, Paris, 1er mai 1896, pp. 413-421.
8. Voir, sur cet aspect, la disparition du Baron de Decken lors de son expédition en Afrique orientale en 1866, dans Annales des voyages, de la géographie, de l'histoire et de l'archéologie, Paris, Challamel, Année 1866, T. 1, pp. 107-108, 243-244, 372-373.
9. Par exemple, voir La Revue orientale, fondée à Bruxelles en 1841.
10. Voir notamment sur cet aspect et différentes questions afférentes, F. Haskell, Mécènes et peintres, L'art et la société au temps du baroque italien, Paris, Gallimard, 1991, 798 p.
11. La vie et l'œuvre de Nicolas Poussin (1594-1665), communes par le voyage en Italie, singulières par l'expression qui en résulte, sont significatives de cette double attraction, d'une part, l'Italie comme vision esthétique et artistique, d'autre part, l'antiquité romaine comme vision de perfection, d'équilibre et de source originelle.
12. Voir sur cet aspect, Goethe J.W. von, Voyage en Italie, Paris, Bartillat, 2003, 642 p. En particulier, sur sa relation et son amitié avec le peintre J. H. W. Tischbein (1751-1829).
13. Du Camp M., Souvenirs littéraires, Paris, Balland, 1984, 287 p. Berchet J.-C., Le voyage en Orient. Anthologie des voyageurs français dans le levant au XIXe siècle, Paris, Robert Laffont, 1985, 1120 p.
14. Custine Marquis de, La Russie en 1839, Nle éd., préf. d'Hélène Carrère d'Encausse, Paris, Solin, 1990, 2 t., t. 1 : 521 p., t. 2 : 525 p. (1e éd. 1843).
15. Voir nos travaux, Cariani G., Une France russophile ?, Découverte, réception, impact, la diffusion de la culture russe en France de 1881 à 1914, Villeneuve d'Ascq, Septentrion, 2001, pp. 37-95.
16. Hobsbawn E. J., L'ère des Empires (1875-1914), Paris, Fayard, 1989, 495 p.
17. Jourda P., L'exotisme dans la littérature française depuis Chateaubriand, Paris, PuF, 1938, t. 2 : Du romantisme jusqu'à 1939, 295 p.
18. J. W. von Goethe est l'un des initiateurs de ce type de récit, voir op. cit. De même, au cœur du XIXe siècle, Alexandre Dumas est exemplaire de cette approche, dans En Russie. Impressions de voyages, et Le Caucase, Paris, F. Bourin, 1989, 718 p. & 583 p. (1e éd. 1866-1867).
19. Voir, Saint-Julien Ch. de, " La littérature en Russie ", Revue des deux mondes, 1er octobre 1851, p. 67.
20. Voir Audouard O., À travers l'Amérique. North America, Etats-Unis, Constitution, mœurs, usages, lois, institutions, sectes religieuses, Paris, Dentu, 1871, pp. I-II.
21. O. Audouard, Voyage à travers mes souvenirs…, op. cit., pp. 19-28.
22. Id., pp. 38-43.
23. Audouard O., A travers l'Amérique. North America…, op. cit., pp. 5-6.
24. Voir, Audouard O, M. Barbey-D'Aurévilly, Réponse à ses réquisitoires contre les bas-bleus, Conférence du 11 avril, Paris, Dentu, 1870, 34 p.
25. Voir Le Journal des Débats, Paris, 14 janvier 1890, p. 4. Egalement, Gubernatis A. de, Dictionnaire international des écrivains du jour, Florence, L. Nicolaï, 1891, p. 100.
26. Chatillon P. de, " Silhouettes d'avocats. Mme olympe Audouard ", Le Passant, Paris, 20 juillet 1882, pp. 1-2.
27. Voir, Audouard O., Voyage à travers mes souvenirs..., op. cit., pp 122-130.
28. Id., pp. 72-80.
29. Par exemple, Les soupers de la princesse Louba d'Askoff : drame d'amour et de nihilisme, Paris Dentu, 1880, 318 p.
30. Audouard O., A travers l'Amérique. North America…, op. cit., p. 312.
31. Après avoir précisé que les questions politiques ne pouvaient pas être abordées par une femme en France suivant en cela, les pressions exercées par les lois et les mentalités, Olympe Audouard déclare : " Je vais donc me contenter de faire de la photographie, et raconter aussi exactement que possible ce qu'est cette grande république américaine. ", dans, Id., pp. 6-7.
32. A ce sujet, voir Les mystères de l'Egypte dévoilés, Paris, Dentu, 1865, " Préface ", pp. 1-6.
33. Suite à des problèmes de santé, elle séjourne 15 mois en Egypte. De même, elle quitte Paris pour la Russie sur un coup de tête. Ce voyage durera plusieurs mois puisqu'elle traverse la Russie, revient vers l'Autriche et les Balkans, avant de prolonger sa route vers Constantinople et le Proche-Orient. Voir L'Orient et ses peuplades, Paris, Dentu, 1867, 496 p.
34. Les Mystères de l'Egypte dévoilés, op. cit., pp. 20-21.
35. A travers l'Amérique. Le far-west…, op. cit., pp. 255-256.
36. L'Orient et ses peuplades…, op. cit., pp. 118-119.
37. Les Mystères de l'Egypte dévoilés, op. cit., p. 334.
38. A travers l'Amérique. Le far-west..., op. cit., p. 280.
39. Ibid., pp. 280-281.
40. A travers l'Amérique. Le far-west..., op. cit., 1-2.
41. Id., pp. 4-5.
42. Id., p. 314.
43. Les Mystères de l'Egypte dévoilés, op. cit., p. 438.
44. L'Orient et ses peuplades…, op. cit., p. 73.
45. Id., pp. 120-121.
46. A travers l'Amérique. Le far-west…, op. cit., pp. 17-26.
47. Les Mystères de l'Egypte dévoilés, op. cit., pp. 51-52.
48. Voyage au pays des boyards. Etudes sur la Russie actuelle, Paris, Dentu, 1881, p. 179.
49. A travers l'Amérique. North America…, op. cit., pp. 87-89.

 

Remarque

Gianni Cariani est docteur en Histoire.