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Le tourisme polaire

De la nature à la culture : l'exemple du Groenland



par Aude Créquy

 

 

Un voyage, une envie, l'Arctique. Pourquoi avoir choisi l'Arctique ? Parce que l'Arctique est le lieu de vie de la population inuit et qu'à travers les livres, la culture inuit me paraissait une culture fière et forte. Dans un environnement où chaque geste et chaque mot sont pensés pour la survie, les Inuit ont réussi à s'adapter au fil des siècles. C'est cette culture que je voulais rencontrer, comprendre ce qu'ils sont aujourd'hui et ressentir l'environnement qui les a accompagnés ces derniers millénaires.
Me voilà donc partie en direction du Nord, sur la terre de Knud Rasmussen, au Groenland. Pour permettre ce voyage et cette découverte, je suis partie dans le cadre d'une étude universitaire. Etudiante en tourisme durable et m'inscrivant dans une optique de recherche anthropologique, j'ai travaillé en tant que guide pour une entreprise qui propose une découverte de la nature à travers randonnées et kayak. Cet emploi m'a permis de m'installer pour la saison estivale 2009 dans le Sud du Groenland, à Qassiarsuk.

Cette approche du tourisme polaire au Groenland a permis de mettre en lumière les rôles joués par la nature et la culture dans l'offre touristique. Comment le Groenland vend son territoire ? Qu'est-ce que les visiteurs espèrent voir et vivre en venant en Arctique ? Les Groenlandais sont-ils acteurs de l'industrie touristique ? La culture a-t-elle sa place dans un tourisme qui semble fait d'icebergs, de glaciers et d'inlandsis ? Voilà les questions que je me suis posée au cours de cette expérience au Groenland et auxquelles j'ai tenté de répondre.

 

I. Le contexte touristique au Groenland

Le 21 juin 2009, les Groenlandais ont célébré l'application de l'autonomie renforcée votée huit mois plus tôt par référendum. En plus d'exercer les pouvoirs législatifs et exécutifs et la gestion interne de la province, le Groenland détient dorénavant la gérance de la police, de la justice et de ses ressources naturelles, compétences non négligeables car sous l'effet du réchauffement climatique, les régions polaires voient s'ouvrir de nouvelles perspectives en terme de richesses naturelles (pétrole, gaz, minerais, pêche) et de navigation. Les bassins de l'Est du Groenland contiendraient 8,9 milliards de barils de pétrole que le Groenland souhaiterait pouvoir exploiter pour bénéficier de ses retombées financières. De plus, le réchauffement permettrait un passage permanent au niveau de Behring ce qui donne au Groenland un nouveau rôle à jouer sur la carte du monde.
L'autonomie renforcée s'inscrit donc dans un contexte géopolitique en pleine modification et est un pas de plus vers l'indépendance souhaitée. Mais encore aujourd'hui, le Groenland est largement tributaire des 376 millions d'euros de subventions danoises versés annuellement. Pour obtenir un statut d'indépendance, à long terme, le Groenland compte sur les ressources pétrolières mais celles-ci seront longues et coûteuses à extraire. A court terme, le tourisme polaire est une autre solution pour permettre des rentrées d'argent et ce tourisme connaît déjà une ampleur grandissante.

I.1. Le tourisme polaire, entre imaginaire et nordicité

Le monde polaire est un monde fascinant, il suscite à la fois envie et peur. L'histoire de l'Arctique, de conquêtes en découvertes, de déceptions en fins tragiques lui a modelé un visage indomptable et suscité le goût de l'aventure. " Expéditions au Pôle Nord ", " Le Pourquoi Pas ? bloqué dans les glaces ", " Paul-Émile Victor, explorateur des extrêmes "…, ces associations de mots éveillent les sens et encouragent au dépassement de soi. Le Groenland, terre des hommes, terrain de Knud Rasmussen et Jean Malaurie, incite donc au voyage.
Ces dernières années, l'actualité fait des régions arctiques les zones incontournables. Le monde polaire est en danger, le monde polaire perd de sa blancheur, le monde polaire ne sera plus polaire très longtemps. Les écolos pas si écolos veulent aller y voir de plus près et les aventuriers pas si aventuriers veulent jouer les Paul-Émile Victor tant qu'il en est encore temps. L'Arctique a la côte.

Le tourisme polaire est en hausse. Le tourisme polaire est un mélange de nordicité (Hamelin) et d'imaginaire (Grenier) où la géographie se mêle aux rêves. En 1976, Hamelin définit les frontières du monde nordique par dix valeurs naturelles et culturelles qu'il nomme " vapos " (valeur polaire). Ces valeurs polaires font du Groenland, un territoire du Grand Nord caractérisé par une chaleur estivale limitée, un paysage dénudé et une présence inuit. A cette nordicité aux normes mathématiques s'ajoutent des sentiments plus subjectifs. L'imaginaire polaire de Grenier montre comment le tourisme en milieu polaire devient tourisme polaire. En effet, les Russes partant faire du shopping en Laponie font du tourisme en milieu polaire alors que des Européens partant au Groenland faire du chien de traîneaux ou naviguer entre les icebergs pratiquent le tourisme polaire. Du blanc et du froid, des Inuit et des mythes, des sentiments d'aventure et de conquête, des envies de terre " vierge " et de nature originelle… voilà un imaginaire transformé en produits vendus par le tourisme polaire. Véronique Antomarchi lors du colloque " Pôles et magnétisme " à Toulouse en octobre 2009 a très bien identifié les différents sentiments, imaginaires et quêtes qui motivent la clientèle touristique :
- La quête spirituelle : le besoin de pureté donne des envies de Grand Nord vu comme " un moyen de ne pas perdre le Nord ".
- La quête originelle : le visiteur part à la recherche de l'origine de l'humanité. Sa rencontre avec l'Inuk est pour lui une rencontre avec l'origine de l'homme.
- La quête sociale : le visiteur a besoin de se démarquer, de faire des choses différentes vers une valorisation de soi.

Dans ce tourisme, la nature est prédominante, et, si par le passé, elle était meurtrière, elle est aujourd'hui accessible. La modernité faisant son chemin, le monde polaire est maintenant ouvert à qui se sent aventurier. Cette accessibilité augmente la clientèle principalement européenne qui, par un besoin de se sentir vivre, de sortir de leur quotidien citadin, part à l'assaut de paysages improbables.

I.2. Les différents tourismes du Groenland

I.2.1. Le tourisme de croisière
Le Groenland offre différents tourismes qui ne facilitent guère l'échange et la rencontre interculturelle. Le tourisme de croisière étant l'ambassadeur de ce tourisme vide de partage. Ce type de tourisme a beaucoup de succès car il correspond aux attentes de la majorité des touristes qui consistent à partir en vacances pour le repos, en famille ou en couple. C'est un tourisme accessible aux non aventuriers qui offre une quantité de produits pour tous les profils d'âge. En effet, sur la population touristique mondiale, un faible pourcentage recherche la pratique sportive extrême. Le marché de la croisière est donc en pleine expansion. Aujourd'hui, le paquebot de croisière est un véritable " village resort flottant " entièrement conçu pour le plaisir des passagers avec de multiples activités à bord : piscine, spa, fitness, restaurants, spectacles… Le vacancier choisit le bateau autant que la destination mais la première destination de la croisière reste le bateau lui-même. Ce tourisme est un tourisme contemplatif qui fait découvrir la nature d'un œil extérieur, sans la vivre réellement et qui ne laisse qu'une infime part des bénéfices engendrés sur le territoire d'accueil.

I.2.2. Le tourisme de nature et d'aventure
Le marché du tourisme de nature et d'aventure est récent. Le terme de voyage d'aventure désigne une catégorie de voyages organisés par un tour opérateur spécialisé comme Atalante, Terre d'Aventures, 66° Nord, Grand Nord Grand Large ou encore Tierras Polares. Ce type de voyages concernait 5% du marché touristique français en 2006. Il s'agit de voyages actifs, souvent sportifs qui mêlent à la découverte d'une destination une activité de randonnée - à pied, à vélo, à cheval - et parfois de navigation comme le kayak. Alain Sanchez (1992) dans " Qu'est-ce que le tourisme d'aventure ? " (revue Espaces) explique le développement du tourisme de nature et d'aventure par des besoins écologiques, moraux et culturels. Le tourisme de nature et d'aventure répond à une demande d'émotions, à une " soif d'initiative, de liberté, d'identité, de vitalité et d'autonomie ". Le touriste aventurier recherche les espaces historiques et symboliques, les espaces qu'il perçoit comme représentant la " virginité ", " l'inviolabilité ", la " pureté originelle ".

I.2.3. Du tourisme culturel au tourisme autochtone
Définir le tourisme culturel n'est pas évident. La définition du tourisme est déjà délicate mais la culture a une définition qui varie dans le temps, dans l'espace et peut se décliner à l'infini. Le tourisme culturel a donc un sens très large. Si les touristes culturels sont des touristes dont le motif culturel est au centre du voyage, on peut aussi considérer comme des touristes culturels, les touristes qui veulent se reposer et qui visitent un monument ou assistent à un événement culturel durant leur voyage. Les formes de ce tourisme peuvent donc être variées : la découverte d'une nouvelle culture, la visite du patrimoine ou bien un voyage motivé par une manifestation culturelle.
Le tourisme culturel dont nous souhaitons parler ici concerne la découverte de la culture inuit, ses traditions et modes de vie anciens et présents et donc la volonté de rencontrer la population locale, de participer à des évènements locaux pour comprendre la culture d'hier et d'aujourd'hui. Ce tourisme fondé sur la découverte et la rencontre passe par la recherche des zones rurales et authentiques. Cette envie se traduit donc plus par la pratique du tourisme ethnoculturel que par la pratique du tourisme culturel. Le tourisme ethnoculturel comprend des activités mettant en valeur la culture et les traditions de tout un peuple. En allant plus loin dans le tourisme ethnoculturel, le touriste pourrait pratiquer le tourisme autochtone, qui en plus de faire découvrir la culture d'un peuple, fait de ce peuple les décideurs de son tourisme. Il s'agit d'un tourisme qui regroupe " l'ensemble des activités touristiques qui appartiennent et qui sont exploitées par les peuples des Premières nations, les Métis et les Inuit ".
Comment s'organise nature et culture dans cette offre touristique ? Qu'est-ce que la culture kalaallit aujourd'hui ? Comprendre l'évolution de la culture et l'identité kalaallit nous permettra de mieux comprendre comment nature et culture sont mis en tourisme. Et nous verrons que le Groenland évolue dans un contexte très particulier et que pour une même culture, les territoires inuit peuvent prendre des chemins différents.

 

II. La culture kalaallit

Les Kalaallit sont les Inuit du Groenland qui, après avoir migré jusqu'à cette île, ont évolué différemment, créant une culture distincte mais toujours semblable à celle des Inuit du Canada.
La société inuit n'était pas une société de classe, il n'y avait pas de leader formel et les décisions étaient prises par l'ensemble de la communauté. Cependant, le chaman avait un statut particulier par son pouvoir de communication avec les esprits et il occupait un rôle central. Certaines femmes et certains hommes pouvaient aussi se distinguer par leurs talents de couturières ou de chasseurs qui leur donnaient un statut plus élevé et donc plus de poids et de pouvoir lors de la prise de décisions. Mais ce prestige n'était pas acquis indéfiniment, il devait être entretenu et les talents prouvés chaque jour.
Ce peuple qui vivait de la nature, pensait que chaque pierre, chaque animal était un organisme vivant et avait une âme. Le corps était considéré comme une enveloppe provisoire pour l'âme et le nom donné aux nouveaux-nés est le nom de cette âme indépendante et donc des ancêtres qui ont déjà porté ce nom. De ce fait, les Kalaallit gâtent énormément les enfants car de par leurs prénoms, l'enfant est connecté avec un parent décédé. Le respect pour les ancêtres décédés est toujours très fort et certains Kalaallit continuent à nommer leurs enfants du nom d'un de leurs parents décédés afin qu'il revive dans l'enfant. Cette transmission des noms fait partie de la tradition orale inuit.
La tradition orale est un élément clé de la culture inuit. La nature hostile, l'hiver sombre et les violentes tempêtes favorisaient les contes dans les iglous (" maisons ") chauffés par les lampes à huile. La transmission de la culture passait par ces mythes et légendes inuit. A travers ces contes, une morale, des règles et des interdictions étaient transmises, ils aidaient donc à établir des normes pour les hommes. La transmission orale s'effectuait généralement de la plus ancienne génération à la plus jeune, des grands-parents aux petits-enfants. Pendant des milliers d'années, les histoires étaient transmises oralement de l'Alaska jusqu'au Groenland jusqu'à ce qu'elles soient notées par des personnes comme Knud Rasmussen au début du XXe siècle.
Au début du XXe siècle, christianisation et sédentarisation s'opèrent avec la possibilité d'emplois et l'obligation de scolariser les enfants. Cela entraîne la disparition presque totale de l'utilisation ancestrale des iglous, des kayaks et des traîneaux à chiens et de la vie fondée sur l'exploitation des ressources locales. Parce que le mode de vie inuit connaît des changements sociaux et qu'au Groenland, la culture se mélange à la culture danoise, l'identité inuit se concentre désormais sur le maintien de la langue mais surtout sur un corpus de mythes transmis de génération en génération. Ces mythes et légendes inuit fondent et légitiment les savoirs et les façons d'être des Inuit. Ils jouent un rôle important, car ils répondent, au moins partiellement, à des questions complexes sur le fonctionnement de la nature et de l'univers.
Les Inuit attribuent, par exemple, les pouvoirs du Bien et du Mal à des divinités vivant dans un monde d'esprits. Ils croient qu'un rapport étroit les lie à la nature et que les animaux possèdent le pouvoir magique d'entendre et de comprendre la parole humaine. C'est pourquoi, dans leurs camps, les chasseurs, lorsqu'ils chantent ou qu'ils racontent des histoires sur le morse, le phoque ou le caribou, utilisent les termes " asticot ", " pou " et " lemming ", croyant ainsi semer la confusion chez les animaux indispensables à leur survie.
Au Groenland, les légendes sont encore connues par la jeune génération et les jeunes de 30 ans prennent encore plaisir à raconter ces histoires surtout devant un public touristique en demande. Même à l'ère chrétienne, les mythes restent très respectés et toujours en relation avec la nature, ils expliquent le lien entre nature et culture et le respect que les Inuit ont pour leur environnement. Empreints de morale et de message, les mythes continuent à éduquer la jeunesse groenlandaise. Mais la transmission orale s'efface peu à peu en même temps que part la génération des 60-80 ans qui ont connu le passage du nomadisme à la sédentarité. Malgré tout, les mythes perdurent d'une autre façon, ils perdurent dans l'écriture. Car même si la tradition orale est moins présente, d'autres formes de transmission apparaissent comme la bande dessinée par exemple qui permet de perpétuer les mythes porteurs de messages, de morales et donc de culture. Ainsi nous retrouvons la légende de Kaassassuk l'orphelin racontée par Christian Fleischer Rex dans une bande dessinée.

II.1. Les témoins de la culture kalaallit

II.1.1. Le kayak
Le kayak est une invention âgée de presque 4000 ans qui avec le bateau des femmes (umiaq) et le traîneau à chiens, a joué un rôle important pour la survie et la distribution géographique des Inuit de la Sibérie à la côte Est du Groenland. Il s'est adapté au fil du temps et au gré de la géographie. Sa forme varie ainsi au Groenland entre la côte est et la côte ouest, en fonction du vent dominant, de l'état de la mer et des conditions météorologiques. Il était construit selon la taille de l'utilisateur pour obtenir un équilibre parfait, c'est pourquoi il n'était pas indiqué d'emprunter le kayak d'un autre. Aujourd'hui, le kayak n'est plus construit qu'avec des fibres synthétiques et n'a qu'un usage très limité pour la chasse, sauf pour celle au narval, animal craintif qu'il faut harponner si l'on ne veut pas qu'il coule avant de l'achever au fusil mais le narval n'est présent que dans le nord du Groenland, dans la région de Qaanaaq. Pour chasser les autres animaux comme le phoque ou la baleine, les Groenlandais utilisent le bateau à moteur pour sa rapidité.
Aujourd'hui, le kayak est plus " vu " qu'utilisé. Il est très présent et visible dans les villes et les manifestations mais son utilité vitale a été modifiée pour une utilité culturelle. Son histoire et les savoir-faire qu'il implique ne se rencontrent plus que dans les musées comme celui de Nanortalik qui raconte que le kayak est aujourd'hui essentiellement pratiqué dans les manifestions culturelles comme lors de la fête nationale du 21 juin.
La pratique tend donc à se perdre et pour la perpétuer, des clubs de kayak regroupés sous une fédération ont vu le jour depuis les années 90 et de nombreuses villes organisent chaque année des compétitions afin de préserver les connaissances et les compétences qui étaient celles des chasseurs en kayak, notamment celle du rouleau groenlandais. Depuis plusieurs générations, ce savoir-faire inuit est emprunté par les Occidentaux qui aujourd'hui, enseignent cette invention inuit à des Groenlandais comme cela a été le cas cette année avec l'entreprise Tasermiut (entreprise touristique pour laquelle j'ai travaillé) qui a eu une subvention afin d'offrir une formation de kayak à la population groenlandaise. Cette subvention du gouvernement groenlandais s'inscrit bien dans la volonté de préserver les savoirs culturels anciens et de redynamiser l'activité.

II.1.2. La chasse
Le peuple inuit était un peuple nomade de chasseurs-cueilleurs qui se déplaçaient en suivant les migrations du gibier. Ainsi, depuis la première vague de migration via Thulé il y a 4000 ans, les Kalaallit ont été dépendants des ressources de la nature : poissons, oiseaux, mammifères terrestres et mammifères marins. La pêche et la chasse étaient une question de survie car l'été court et le climat peu favorable ne permettaient pas une agriculture efficace. Les Kalaallit ont utilisé le matériel disponible autour d'eux pour créer leurs armes de chasse. De génération en génération, ils ont amélioré et affiné leurs outils créant des propulseurs et des harpons pour chasser les mammifères marins, une lance pour les oiseaux et un écran de camouflage pour ne pas être vu sur la banquise.
Dès l'enfance, les parents enseignaient comme fabriquer et utiliser les outils et les méthodes de chasse. Encore aujourd'hui, il n'est pas inhabituel que l'enfant attrape son premier oiseau et son premier phoque alors qu'il n'est pas encore entré à l'école. La première prise est un grand événement qui est célébré de façon similaire aux anniversaires où la famille et les voisins se réunissent autour d'un kaffemik (une réunion-goûter autour d'un café et des gâteaux).
Aujourd'hui, le Groenland est passé d'une société de chasse à une société de pêche industrielle mais les traditions sont toujours maintenues principalement dans le Nord et l'Est. Cependant le changement climatique menace la culture de la chasse. En effet, la période d'hiver est plus courte, l'épaisseur de la glace est plus fine et le temps plus instable ce qui s'avère être un problème majeur pour la pratique de la chasse dans certains villages qui dépendent encore de la glace pour capturer leurs proies et pour se déplacer.
Ce qui faisait le quotidien kalaallit n'est plus visible aujourd'hui ou bien différemment. Ce qu'on peut espérer voir en arrivant au Groenland, cette quête originelle, cette rencontre avec l'origine de l'homme n'est plus faisable.

II.2. Entre modernité et tradition

L'impulsion du gouvernement à réunir la population dans les centres urbains a créé un paysage moderne fait d'immeubles et d'entreprises modernes. A Nuuk, l'ancien devient nouveau, l'Inuit devient Danois. Dans la capitale hétérogène, la langue groenlandaise se perd pour préférer communiquer en danois. Mais la vie dans les petits villages dépend toujours de la chasse au phoque et les habitants y vivent souvent en autarcie.

Sur le territoire groenlandais, nombre de changements s'opèrent insidieusement. Depuis que Hans Egede a mis le pied en terre groenlandaise en 1721, on assiste à une acculturation et une intégration du peuple inuit. L'acculturation s'explique par les processus qui se produisent lorsque deux cultures se trouvent en contact et agissent et réagissent l'une sur l'autre. On observe alors des changements dans l'un ou les deux groupes culturels. La culture inuit s'organise aujourd'hui pour faire entendre sa voix, notamment par la Conférence Circumpolaire Inuit et les politiques du Home Rule (le gouvernement autonome du Groenland). La volonté des Kalaallit et de tous les Inuit d'Arctique est de ne pas perdre leurs valeurs culturelles. Aujourd'hui, le terme d'intégration illustre plus adéquatement les effets de l'invasion européenne car ce terme soutient l'idée du maintien de l'identité culturelle tout en adoptant la culture dominante.
Cependant, cette adoption de la culture dominante n'est pas aisée et provoque des bouleversements dans les habitudes et modes de vie. Daryush Shayegan parle de " schizophrénie culturelle ". Dans son livre Schizophrénie culturelle. Les sociétés islamiques face à la modernité (2008), la schizophrénie culturelle s'applique aux " civilisations dont les structures mentales encore tributaires de la Tradition ont du mal à assimiler la modernité ".
Le monde inuit est fait de réalités, de traditions et de rapports sociaux bien particuliers et, alors qu'à l'extérieur le paysage social change, les mécanismes mentaux fonctionnent encore sur les anciens modes de représentation. Les idées et objets nouveaux qui apparaissent chez les communautés inuit continuent à être étrangers dans les esprits : " Je n'ai pour les connaître ni les mots appropriés, ni les représentations adéquates dans mon esprit " nous explique Shayegan. La pensée est forcée d'opérer autrement et de changer de logique pour intégrer ces contraintes qui modifient les habitudes de faire et d'être. " Le contenu du dedans et les formes du dehors ne correspondent plus ". S'il est évident que le monde ne cesse d'évoluer et de se modifier et si le monde inuit a lui aussi évolué au fil des siècles, ce changement là, ce changement occidental s'est fait en leur absence, ils n'ont ni participé à la production de l'histoire ni aux résultats mais cette histoire est subitement survenue en terres arctiques. La société inuit vit dans un monde clos, elle est une société involutive c'est-à-dire qui se réfère au passé, qui trouve ses réponses dans le passé et aujourd'hui, elle se trouve insérée dans une société évolutive qui cherche les réponses dans l'avenir. Il en résulte une culture en contradiction avec la modernité mais tout de même fascinée et des hommes vivants dans un monde où se confrontent les modèles. De ce conflit naissent des comportements absurdes, c'est la schizophrénie culturelle, c'est la dépendance à l'alcool, c'est la propension au suicide, ce sont les agressions sexuelles.

Les études du CNRS disponibles sur le site d'actualité " Recherches Polaires " illustrent les nouveaux comportements des Inuit. L'alcool et le tabac sont un des fléaux du monde polaire. Importés d'Europe, ils font des dégâts redoutables sur la population arctique. Le problème de l'alcool que l'on retrouve dans beaucoup de communautés isolées de l'Arctique est souvent imputé au stress culturel, au trouble affectif saisonnier et à l'intolérance génétique de l'alcool au sein de la communauté inuit (les scientifiques ont noté que le peuple inuit avait moins de réserves en acides aminés essentiels et ces réserves favorisent la dégradation de l'alcool dans le corps). Le gouvernement a essayé de pallier ce problème en imposant des restrictions sur les horaires de vente et l'âge minimum (18 ans) et en lançant divers programmes d'informations et de formations.
Pour Hélène Fagherazzi-Pagel, dans Des hommes victimes de l'occidentalisation des modes de vie. Le modèle des Inuit (2008), certains comportements modernes tels que ne plus participer à rechercher de quoi vivre, modifier ses habitudes alimentaires, devenir sédentaire, représentent un risque nouveau pour une grande partie de l'humanité, dont les Inuit. Par exemple, la composition des repas traditionnels inuit semble assurer une certaine protection contre les maladies cardiovasculaires, le diabète et certaines autres maladies chroniques mais désormais, dans les régions circumpolaires, les épiceries sont une règle et même si la nourriture inuit est encore largement basée sur les produits de la pêche, de nouveaux produits viennent s'ajouter aux aliments de base, ce qui provoque des changements spectaculaires dans la composition diététique des repas. Hélène Fagherazzi-Pagel constate que la consommation des acides gras de la famille Oméga 3 recule et que la santé générale de la population des régions arctiques décline. L'obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires sont en hausse. De plus, la hausse des maladies mentales se manifeste par l'augmentation des taux de dépression, même saisonnière, des troubles anxieux et des suicides. Les conduites addictives (consommation de tabac et d'alcool) sont aussi en augmentation. Sans oublier les produits marins que consomment encore beaucoup les Groenlandais qui sont victimes, depuis les années 70, du niveau élevé de polluants que les ressources marines contiennent tels que les métaux lourds (plomb, mercure, cadmium…) et les toxiques.
Par ailleurs, la violence sexuelle est un nouveau problème de société que connaît le Groenland. D'après les recherches du CNRS, les agressions sexuelles dépendraient de certains caractères liés à la structure des relations sociales et au mode de vie. Une première caractéristique des violences sexuelles serait le lien avec l'alcoolisme. Selon les cas recensés par l'étude, un tiers des agresseurs seraient alcooliques. De plus, ces agresseurs font majoritairement partie de la sphère familiale ou des amis et connaissances et ces faits se produisent souvent chez des particuliers lors de soirées. 50% des victimes lors des faits étaient ivres. Un aspect important de la spécificité des agressions au Groenland : l'usage de la violence est peu fréquent soit par peur soit par ébriété. Cette spécificité peut s'expliquer par une population vivant dans des petits villages où tout le monde se connaît. De même, les relations amoureuses et sexuelles dans la culture inuit n'étaient pas fondées sur les mêmes principes qu'en Occident. Le christianisme a modifié les relations conjugales, le rapport à l'autre, il a introduit la notion de péché dans des relations qui avaient un équilibre.

Le portrait de la société groenlandaise dépeint ici n'est pas tout rose. Le changement de modèle au Groenland a été très rapide, trop rapide pour s'y adapter sans heurts. Malgré ces changements, bouleversements et fléaux de l'alcool et de la violence sexuelle dans le quotidien des Kalaallit, ils continuent à croire à leurs particularités et leur caractère bien distinct. Mais il existe une rupture entre le discours et les faits observables, entre ce que pensent et souhaitent les Kalaallit et les actions mises en place ou non pour affirmer ce discours. Si le discours met en avant une identité fière et un optimisme sans faille, l'observation montre une culture effacée qui se cherche et c'est ce que voient les touristes en deux semaines de présence. La population locale a du mal à mettre en place une rencontre interculturelle qui permettrait cet accord entre discours et faits à l'image de ses voisins canadiens, au Nunavut et Nunavik qui ont développé un tourisme autochtone reconnu. Mais la population groenlandaise souhaite-t-elle réellement aller dans cette même direction et quels sont les mécanismes qui créent ces différences de tourismes ?



III. Culture et tourisme

Nous l'avons vu, dans une optique d'indépendance ou au moins d'autonomie, le Groenland a besoin de s'assumer financièrement. Comment le Groenland vend sa destination ?

III.1. L'office de tourisme du Groenland

D'après le site internet et les brochures distribuées par le Tourism Office of Greenland, l'offre est basée sur sa spécificité géographique et climatique. Le Groenland est vendu comme producteur d'icebergs et d'aurores boréales. Le site de l'office de tourisme de Narsaq par exemple, vend sa ville de 1700 habitants comme étant un très bon point de chute pour visiter l'environnement naturel. Les offres proposées sont des randonnées vers le pic de Qaqqarsuaq entre autres qui offre une vue sur les fjords, l'inlandsis, les îles et les icebergs. Narsaq est aussi un très beau site pour la pêche et pour les amoureux de la géologie. Dans le même esprit de découverte de la nature, ils proposent des tours en bateaux pour s'approcher des icebergs et mettre quelques glaçons millénaires dans un verre de whisky. Sur le plan historique et culturel, les Vikings ont la place d'honneur. Sur ce site, il n'est pas fait mention de la population elle-même si ce n'est des artisans qui vendent leurs souvenirs à l'office. Il est pourtant possible dans cette ville de rencontrer une artiste peintre groenlandaise, de discuter avec les pêcheurs sur les marchés aux poissons et de goûter quelques morceaux crus, ce qui amusent beaucoup les Groenlandais, il est aussi possible de passer une nuit chez l'habitant, dans une ferme et de passer la journée avec une famille. La rencontre est donc envisageable mais elle ne va pas de soi et ne s'offre pas au touriste s'il n'en fait pas la demande.
Par la politique de concentration urbaine du Groenland, Narsaq n'est peut-être pas le meilleur exemple car le gouvernement a décidé de privilégier la ville de Qaqortoq (3000 habitants) plus au Sud et, pour ce faire, donne plus de subventions aux nouvelles entreprises de Qaqortoq. Les entreprises de Narsaq ont alors du mal à survivre d'année en année. Qaqortoq serait donc aujourd'hui une ville plus vivante culturellement. Elle abrite l'école de commerce où les étudiants en tourisme s'inscrivent. La fête nationale du 21 juin a donné lieu a des concerts ouverts et le projet culturel " Stone and Man " fait découvrir l'art sculptural kalaallit à travers la ville. Pour autant, les sites officiels de tourisme ne mettent en avant aucun événement culturel ou logement chez l'habitant et l'office de tourisme de Qaqortoq n'a pas son propre site internet.
Nanortalik, encore plus au Sud, a une économie qui dépend un peu plus du tourisme où de nombreux bateaux de croisière font un arrêt. La ville a un avantage conséquent : le passage des ours blancs, Nanortalik en kalaallisut se traduit par " l'endroit des ours polaires ". De leur dérive depuis la banquise de la côte Est, les ours arrivent jusque dans le Sud où il n'est pas rare de les voir dans les fjords autour de Nanortalik à la fin du printemps. De par cet endroit stratégique, la ville s'est organisée et a développé son tourisme. L'office de tourisme est très complet avec une librairie en anglais, danois et kalaallisut, des cartes postales (l'achat de cartes postales relève du parcours du combattant pour les touristes dans le Sud du Groenland), une boutique de souvenirs et des informations complètes délivrées par les employés. Nanortalik offre à la demande, principalement les passagers des bateaux de croisières, des soirées culturelles faites de chorales, danses traditionnelles et buffet de spécialités groenlandaises. Ce sont les seules découvertes culturelles que l'on trouve dans le Sud même si on peut se demander si ces soirées ne sont pas teintées de folklorisation.
Le Sud, par l'aéroport de Narsarsuaq a été la première région touristique du Groenland. L'Est a bien été visité mais les premières structures sur le sol groenlandais se sont bâties à Narsarsuaq. Pour autant, aujourd'hui, avec le succès des bateaux de croisières, la capitale Nuuk et la politique d'urbanisation, le Sud a laissé sa place pour l'Ouest.
Le Sud, contrairement à la côte Ouest a une économie basée sur l'élevage de moutons et sur la pêche. Pendant l'été, les Groenlandais sont occupés à partir en mer et surtout à cultiver leurs terres, le tourisme n'est pas l'activité première et l'accueil des touristes, chez l'habitant est un apport supplémentaire dans une activité secondaire. Sur la côte ouest, la pêche reste l'industrie première mais les structures touristiques sont plus développé avec un personnel spécialiste du tourisme et les découvertes culturelles en sont plus conséquentes.
Le Sud n'a pas la même relation au tourisme que l'Ouest mais pour toutes les parties du Groenland, la nature est l'atout majeur, celui que l'on vend, que l'on met en image, celui pour lequel le touriste se déplace. Le Groenland a choisi cette approche environnementale qui répond à la demande.

III.2. Le rapport des touristes à la culture kalaallit

Alain Grenier dans son article " Conceptualisation du tourisme polaire " (Téoros, 2009) montre comment les changements de la construction de l'imaginaire polaire ont favorisé l'augmentation du tourisme en Arctique (le Programme des Nations Unies pour l'Environnement estimait à un million et demi le nombre de visiteurs en Arctique en 2007). Il définit l'imaginaire comme " la représentation de ce qui échappe à l'expérience physique " et ajoute qu' " en tourisme, l'imaginaire est la fiction de ceux qui n'ont pas visité le lieu et ce qui reste de l'expérience du lieu lorsque la visite appartient au passé - un souvenir généralement accompagné de distorsion ". La première caractéristique de l'imaginaire polaire se traduit par le Nord, le Nord d'abord vu comme un enfer traversé par des explorateurs malchanceux aux récits remplis de déceptions, de souffrances et d'échecs ; puis la technologie faisant son chemin, le Nord devient peu à peu un paradis terrestre visitable dans des conditions de luxe ou presque. Ces pôles jusqu'à lors inaccessibles deviennent les lieux à visiter.
Pour Alain Sanchez (1992) le comportement du touriste aventurier est " actif par rapport à la passivité cultivée dans le tourisme de repos, de farniente ou contemplatif. Il y a recherche de l'activité insolite, risquée, dangereuse, révélatrice de ses capacités physiques, psychiques ou morales à affronter l'épreuve, à fournir un effort violent, à être endurant, à se mesurer avec les éléments naturels essentiels (la pierre, l'air, l'eau, le feu), et les êtres vivants, mais considérés comme étant à l'état sauvage (hommes, flore, faune). "
Un lieu inexploré, mystérieux voire dangereux mêlé à la recherche d'activités insolites, à la volonté de se mesurer aux éléments, voilà la recette d'un voyage au Groenland, voilà les sentiments qu'éprouvent les touristes en embarquant à Roissy Charles de Gaulle. Et en avant pour l'aventure !
Etre à l'écart des grands flux commerciaux, s'orienter vers le caractère naturel et sauvage du lieu visité, fuir les clichés artificiels d'un exotisme fabriqué, être en contact avec la rudesse des éléments naturels justifient l'attrait que le Groenland provoque. Le touriste est à la recherche de ce contact et de cet échange entre lui et la nature. L'imaginaire polaire c'est les icebergs, l'inlandsis et le frisson de savoir qu'un ours blanc est passé tout près de nous la nuit dernière.

Lors du reportage d'Envoyé Spécial (France 2) sur le tourisme au Groenland diffusé en octobre 2009, des touristes français naviguant sur le Diamant, bateau de croisière appartenant à la compagnie Le Ponant, partaient visiter un petit village d'une quarantaine d'habitants dans l'espoir de rencontrer " les vrais Inuit ". Les vrais Inuit, ils les ont croisés à Ilulissat, ils les ont vu travailler au supermarché, sur le port, dans les hôtels mais à leurs yeux, ceux-là, habillés en jeans et tee-shirt n'étaient pas de vrais Inuit et ils sont repartis de ce petit village bien déçus de n'avoir vu personne habillé en peau d'ours mangeant de la viande crue dans un iglou. Cette image fait partie de l'imaginaire polaire, elle fait partie de ce que Véronique Antomarchi nomme " la quête originelle " qui n'a plus aucune réalité aujourd'hui et qui contribue à accentuer l'écart entre ce que sont les Kalaallit et ce que la population touristique voudraient qu'ils soient.
Comment vendre de la culture sans dénaturer cette même culture ? La culture inuit est une culture bien ancrée dans les esprits kalaallit, la tradition orale, la transmission des mythes et légendes sont encore présentes aujourd'hui. Elles font partie intégrante de la culture kalaallit et de l'éducation donnée aux enfants mais cette culture est difficilement accessible au touriste. Les circuits offerts, que ce soit à travers les croisières ou le tourisme de nature et d'aventure, ne permettent pas la rencontre. Le tourisme autochtone est très marginal et je ne l'ai pas aperçu dans le Sud du Groenland. Le circuit dont je m'occupais en tant que guide n'offrait aucun moment où la rencontre est possible. Principalement axés sur la randonnée, les passages dans des lieux habités sont rares et les quelques nuits passées dans le village de Qassiarsuk ne sont pas organisées de façon à permettre une rencontre. L'unique moment à l'heure actuelle où les clients peuvent découvrir les réalités culturelles, c'est en discutant avec les pilotes de zodiac, tous Groenlandais.
Des données que j'ai recueillies, le séjour de ma clientèle au Groenland a été motivé par les icebergs et le besoin de se perdre dans une nature immense avec le sentiment de vivre une expérience extraordinaire. D'une manière générale, éblouie par les icebergs, la demande de rencontre interculturelle n'a pas été prononcée de vive voix, mais cela ne signifie pas que l'idée ne serait pas acceptée. Ce circuit n'est pas un circuit de randonnée sportive, il met à l'épreuve ceux qui n'ont pas l'habitude de marcher mais il est accessible à tous. Mis à part ceux qui n'ont pas bien compté les chaussures, habitués qu'ils étaient au Kilimandjaro et à l'Himalaya et venant au Groenland pour gravir d'autres montagnes, les autres étaient des clients dont le simple fait d'être au Groenland se suffit à lui-même en terme d'exploit et une soirée avec l'habitant pourrait être un plus au voyage. Dans ce type de voyage organisé, si la rencontre n'est pas elle-même organisée, elle n'a pas lieu. Le voyage est réglé et laisse peu de temps au vagabondage et à la discussion. Il est toujours possible pour le client de décider de rester à Qassiarsuk et d'aller à la rencontre des gens mais son premier réflexe sera de penser qu'au prix où il paye, il serait dommage de ne pas faire toutes les activités proposées par l'entreprise.
Entre un imaginaire polaire un peu trop imaginaire, des objectifs économiques qui ne permettent pas la rencontre et une culture kalaallit partagée entre modernisation et tradition, le rapport que les touristes ont avec la culture et l'identité locales est très mince. Cette demande de nature extraordinaire explique pourquoi, sur les brochures touristiques, la nature est omniprésente, cachant les possibilités culturelles qui existent.

Ce besoin d'affirmation économique, une demande européenne d'un ailleurs aventureux et aventurier, une identité bouleversée semblent être les ingrédients d'un tourisme uniquement axé sur la nature. Mais ces réalités peuvent rendre perplexe quand on prend le large, qu'on s'éloigne un peu des terres groenlandaises pour côtoyer les territoires inuit du Canada. En effet, de l'autre côté du Détroit de Davis, au Nunavut et Nunavik, l'offre touristique est différente alors qu'historiquement, la présence des Canadiens et l'exploitation des terres inuit semblent avoir eu les mêmes conséquences sur la population locale : une schizophrénie culturelle qui laisse des marques.
Qu'est-ce qui explique une évolution différente et un tourisme différent sur des territoires qui ont les mêmes problématiques : l'emprise du monde occidental sur un peuple nomade ?

III.3. Le tourisme autochtone au Canada

Dans un premier temps, quand on essaie de comprendre pourquoi la culture est si peu présente sur le marché touristique groenlandais, la première réponse qui peut être faite est trouvée dans la culture elle-même. Le Kalaaleq est réservé et souvent en retrait dans les prises de décisions et de ce fait, il lui serait culturellement difficile de se mettre en avant en tant que guide ou animateur. Par une expérience de quelques mois au Groenland, le Kalaaleq est en effet quelqu'un qui s'exprime " par des silences et des gestes " (Malaurie, 1999). Les habitants du Sud groenlandais sont apparus comme des personnes effacées qui, même s'ils en ont la possibilité, ne cherchent pas à rejoindre le réseau des entreprises touristiques. Pour autant, est-ce bien dans la culture elle-même qu'il faut chercher une réponse au manque de participation et au manque de tourisme autochtone ? Car dans un même environnement culturel, le tourisme autochtone au Canada est bien plus en avance que le tourisme autochtone groenlandais.
Pour une même culture, les Inuit du Canada ont su développer un tourisme qui vend de la rencontre et dont les clés appartiennent à la population locale. L'article " Tourisme, identité et développement en milieu inuit " de Véronique Antomarchi (2009) montre qu'au Nunavik, dans une petite ville de 1500 habitants, l'attachement à l'identité culturelle et notamment à la langue inuit est très fort. Les habitants s'attachent donc à valoriser cette identité notamment par le tourisme autochtone. Ils ont développé un grand centre artistique et exportent nombre de leur production ainsi qu'un accueil touristique et proposent du tourisme culturel et du tourisme sportif. Ce développement a été mené par une personnalité marquante de la dissidence (Puvirnituq est le seul village à avoir refusé de signer la convention de la Baie James), Taamusi Qumaq. Cette communauté s'inscrit dans une évolution particulière par des hommes qui affirment leurs idées et leurs envies. L'activité touristique reste marginale car l'accessibilité est difficile et le coût élevé mais cet exemple montre que la culture inuit s'affirme et est capable de monter des projets touristiques autour de leur identité.
D'autres projets du même ordre sont visibles ailleurs au Nunavik et au Nunavut où le village de Kimmirut développe un concept de développement touristique et culturel afin de créer des emplois et d'aider à la mise en place de micro-entreprises. La motivation principale est d'assurer la transmission des traditions et des savoirs aux plus jeunes générations qui changent de style de vie par la sédentarisation, entre autres. La voie du tourisme a été choisie pour favoriser cette transmission.
Les projets canadiens montrent que les Inuit se lancent dans des projets touristiques pour valoriser leur culture et leur identité et les faire perdurer à travers les générations. Si le tourisme autochtone est peu développé dans le Sud du Groenland, la raison n'est pas dans la culture elle-même mais plutôt dans le contexte dans lequel évolue cette culture. Les territoires du Nunavik et du Nunavut sont dirigés dans une perspective communautaire. Au Nunavik, la société Makivik gère et protège les droits, les intérêts et les compensations financières provenant de la Convention de la Baie James et du Nord québécois signée en 1975. La société est propriétaire et exploite de grandes entreprises comme Air Inuit, seule entreprise aérienne détenue par et pour la population inuit du Nunavik. Toutes ses démarches dont les démarches touristiques sont pensées dans le développement socioéconomique de la région à l'échelle communautaire, en veillant à protéger la langue et la culture inuit ainsi que l'environnement culturel.
C'est sans doute ce fonctionnement politique qui marque la différence entre le Groenland et le Canada, entre un tourisme de nature et d'aventure géré par les Européens au Groenland et un tourisme autochtone géré par la société inuit au Canada. Le modèle capitaliste du Groenland ne donne pas aux Groenlandais les moyens de s'organiser de façon communautaire mais incite plutôt les entreprises privées à s'activer pour augmenter leur capital et le PIB du pays. En ce sens, pour permettre des retombées financières grâce au tourisme, la nature est beaucoup plus mise en avant que la culture. En entrant dans la logique du capitalisme, on entre dans la logique de l'offre et la demande... et la demande, c'est des icebergs, ceux-là même qui sont en danger.

Cette réponse à l'imaginaire polaire par la nature, n'est-ce pas un moyen de préserver la culture ? De ne pas la mettre face aux effets destructeurs du tourisme ? Est-ce une bonne idée de vouloir à tout prix mettre en tourisme la culture ? N'est-ce pas seulement une envie occidentale d'avoir la possibilité de trouver du folklore quand le besoin se fait sentir de sortir d'un quotidien citadin pollué ?

III.4. Tourisme et folklorisation

Le tourisme durable et sa volonté éthique essaient tant bien que mal de promouvoir la rencontre et le partage entre deux cultures pour favoriser une compréhension mutuelle. Mais à vouloir à tout prix créer la rencontre, nous risquons d'aboutir à une folklorisation de la culture inuit. Ne vaut-il pas mieux conserver cette vente de la nature et laisser la culture tranquille ?

III.4.1. De la culture à la rencontre interculturelle
La culture est un système complexe qui influe sur les perceptions et les pensées de l'individu, elle structure son champ de connaissances et d'actions. Elle est comme un iceberg. Une culture se reconnaît par des signes distinctifs que représente le haut de l'iceberg mais elle détermine aussi notre façon de penser, notre vision du monde, notre approche de l'autre. La partie la plus importante de la culture est représentée par le bas de l'iceberg, la partie invisible. Elle est aussi collective, partagée par plusieurs individus qui se reconnaissent comme appartenant à ce groupe culturel. Mais la culture n'est pas figée, elle varie, se modifie au fil des interactions, chacune faisant des emprunts à l'autre.
Lorsque des personnes de cultures différentes interagissent, on parle de rencontre interculturelle. Ces personnes vont mettre en commun pour communiquer, des éléments culturels qui leur sont propres tout comme certains qui leur sont communs, mais vont également faire appel à des apports culturels extérieurs. Une sorte de bricolage culturel va se mettre en place leur permettant de dépasser les différences, sources d'obstacles à la communication, voire de les exploiter pour créer un nouvel espace culturel d'interactions, avec un nouveau code culturel. Se crée alors une identité interculturelle organisée autour de systèmes autonomes, d'identités culturelles différentes mais dépendantes du contexte dans lequel cette rencontre s'opère. La rencontre sera différente si elle est le but du voyage ou si elle est provoquée indirectement par un rapport marchand par exemple (achat de souvenirs, course de taxi…). Mais même si la rencontre dans le voyage n'est pas privilégiée, elle a toujours lieu, qu'elle soit voulue ou non, furtive ou attendue. Même avec un voyage du type " all inclusive " tel que le Club Med le propose et même si le touriste n'a pas pour but de rencontrer et d'échanger avec la population locale, le voyage provoque malgré tout, directement ou indirectement, des relations interculturelles. En effet, le tourisme n'est pas sociologiquement et culturellement neutre. Il implique une cohabitation entre des sociétés différentes qui peut constituer un facteur de socialisation et d'échanges mais également de troubles et de conflits.

III.4.2. De la rencontre interculturelle à la possible folklorisation
Les relations entre tourisme et culture sont délicates dans le sens où la société émettrice de touristes est une société individualiste et de consommation qui, plutôt que de conduire à une rencontre interculturelle, mène à la commercialisation culturelle. La culture, la tradition, le patrimoine sont de plus en plus vendeurs dans l'industrie touristique et le dilemme de ce tourisme en quête de traditions c'est que si les touristes guettent le traditionnel, les autochtones recherchent le moderne. Et pour avoir du moderne, beaucoup de sociétés empruntent le chemin de la folklorisation, consciemment ou inconsciemment. Afin d'obtenir les retombées économiques du tourisme, il faut répondre à la demande, or, la demande est d'entrer en contact avec les représentations qu'elle se fait d'une culture comme nous l'avons vu plus haut avec les touristes du Diamant à la recherche des " vrais Inuit ". Les particularités les plus visuelles d'une culture sont mises sur le marché et cette promotion participe à la folklorisation. Un des risques de ce tourisme est de transformer les autochtones en " objets passifs " comme les femmes Padaung appelées les " femmes-girafes " à la frontière birmano-thaïlandaise ou bien de voir des locaux courrir revêtir des habits traditionnels à l'approche des touristes alors qu'ils sont quotidiennement vêtus de jeans et tee-shirts. Un pays ou une communauté en arrive à la folklorisation quand le tourisme est axé sur la culture, quand les brochures promettent une rencontre authentique avec une communauté traditionnelle.

Mais il faut distinguer la folklorisation des " objets passifs " et la mise en valeur culturelle qui serait " intelligente " et permettrait de ne plus être dans un monde clos car les mondes clos sont voués à être brisés et ouverts volontairement ou non. La mise en valeur culturelle, ce sont les Bretons qui conservent leur identité, leurs spécificités mais qui, en même temps que Bretons, sont Français et Européens. Si les Kalaallit sont acteurs de leur société, sur leur territoire, acteurs de leur devenir culturel et du tourisme, ils sauront présenter des spectacles culturels en costume traditionnel, ils sauront conserver des savoirs et savoir-faire anciens et surtout, ils sauront les transmettre. En étant décideurs, ils s'approprieront la modernité alors qu'aujourd'hui encore, ils la consomment sans en être les acteurs.
Dans le Sud du Groenland, le tourisme culturel actuel ne vend pas de produit teinté de folklorisation et ne vend que très peu de produits culturels. Il ne faut pas entrer dans la logique du tout tourisme culturel où le produit serait basé sur une expérience de vie inuit à l'ancienne avec des Kalaallit d'aujourd'hui. L'idée d'un tourisme culturel respectueux et d'un tourisme autochtone est de donner un accès à la culture inuit pour une meilleure compréhension des enjeux actuels. Mais le Groenland est loin de la folklorisation des pays d'Afrique ou d'Asie du Sud-Est. Territoire danois, il est moins marqué par la différence Nord-Sud. Par les Danois, les habitants sont habitués à voir des Européens et ils n'ont pas le réflexe de tendre la main dans la rue pour avoir de l'argent comme c'est le cas si fréquemment en Afrique. Les Groenlandais dépendent du système danois pour les subventions, allocations, chômage, assurance santé, etc., ce qui évite l'écart démesuré entre la population touristique et la population groenlandaise.

III.4.3. De l'invisible au visible
D'après notre enquête, le touriste vient au Groenland pour la découverte de la nature, de la faune et flore particulière qu'il ne rencontre pas dans son habitat européen. Selon les éléments culturels que nous avons évoqués, la culture kalaallit n'est pas visible au touriste qui ne passe qu'une semaine ou deux sur le territoire. La personnalité kalaallit n'est pas démonstrative et les traits culturels qui marquaient la différence des modes de vie comme le nomadisme ou l'habit traditionnel ont disparu.
Par les profonds changements sociaux et culturels que vivent les habitants du Groenland, par la perte de repère et une culture en évolution que vivent les jeunes de 20 à 30 ans, par la tradition orale qui n'est pas visible et qui est secondée par l'écriture et par les objets culturels inuit qui ont déjà disparus du quotidien, le touriste n'a aucun moyen de découvrir la culture kalaallit parce qu'il est difficile de définir ce qu'est cette culture aujourd'hui.
Ce qui est visible aujourd'hui, ce sont les objets culturels vendus dans chaque boutique de souvenirs. Le plus connu est le tupilak, figurine mi-homme mi-animal. La légende du tupilak fait partie des mythes anciens de la culture locale. Il s'agit d'un monstre qui serait composé de morceaux d'humains ou d'animaux morts et qui incarnerait l'esprit du mal. En kalaallisut, tupilak signifie " esprit d'un ancêtre " mais aujourd'hui, quand le terme est utilisé, tout le monde pense aux petites figurines faites de dents, d'os ou de pierre.
D'après la légende, les initiés à la sorcellerie lui donnent vie en rassemblant des ossements et en chantant des paroles rituelles au-dessus du corps constitué pour lui insuffler la vie. Le tupilak est alors envoyé pour tuer un ennemi par la voie de la mer ce qui lui permet de passer inaperçu et surprendre sa victime. Mais cette figurine a une faiblesse. Si le tupilak s'attaque à quelqu'un qui possède de plus grands pouvoirs que celui qui l'a créé, sa puissance de destruction peut être retournée contre l'envoyeur.
Au Groenland, personne n'a jamais trouvé de vrai tupilak. Lorsque les premiers Européens sont arrivés sur l'île, ils ont pris connaissance de la légende et ont voulu en savoir plus. La population locale leur a alors montré des exemplaires, inoffensifs, de tupilak découpés avec du bois et de la peau. Le tupilak, en tant que mythe ancien de la culture groenlandaise, est donc aujourd'hui l'une des pièces maîtresses de l'artisanat local. Représenté par de petites figurines taillées, il est vendu comme souvenir.
Les ateliers d'artisanat se sont développés avec le tourisme. Les tupilak sont les objets d'art qui ont le plus de succès mais l'inconvénient de ces objets d'art comme le tupilak ou le ulu (le couteau des femmes) c'est que le passé culturel et la signification de ces objets ne sont pas spécifiés ou expliqués.
Le tupilak et le ulu sont les deux représentants de la culture inuit que l'on retrouve dans tous les offices de tourisme. Mais le gouvernement travaille à ce que les Groenlandais soient le premier contact offert par les touristes. En effet, le gouvernement, par la mise en place d'universités, d'écoles et de formation, fait entrer la population locale dans les métiers du tourisme. Avant 1993, l'industrie touristique n'était pas profitable à la population locale mais à cette date, le gouvernement a ouvert une formation en tourisme à l'école de commerce à Qaqortoq pour permettre aux Groenlandais d'ouvrir leurs compagnies et gérer leur tourisme. Si aujourd'hui les interlocuteurs des touristes sont majoritairement des guides européens, l'avenir serait de les remplacer par des guides groenlandais. A ce moment là, l'échange sera plus concret et la culture plus visible.

 

Conclusion

Nature et culture sont étroitement liées au Groenland, le kayak étant l'emblème de cette fusion mais dans le contexte actuel, c'est la nature qui intéresse, parce qu'elle est en péril, parce qu'elle fascine et parce que les Occidentaux ont un regain d'intérêt pour la vie en pleine nature, pour " le retour aux sources ". Alors la culture se fait discrète, s'efface et cède sa place. De plus, les changements sociaux qui la perturbent ne l'aident pas à s'affirmer.
Sédentarisation, concentration urbaine, pêche industrielle, agriculture, christianisation, consommation, autant de facteurs qui modifient la perception du monde et les représentations mentales des Kalaallit, autant de facteurs qui provoquent des problèmes sociaux comme l'alcoolisme et la violence, autant de facteurs qui ne favorisent pas un développement clair du tourisme culturel et encore moins autochtone. Pourtant, d'un autre côté, ces changements entraînent une volonté d'affirmer son identité, une motivation pour ne pas se laisser noyer par une " danification " non choisie ou une modernisation trop rapide.

La culture dans le tourisme est une question délicate mais à l'heure actuelle, nous ne pouvons éviter ces problématiques. L'industrie touristique est une industrie mondiale qui fait circuler des milliards de dollars, de ce fait, tout le monde souhaite y participer et avoir sa part. Sur des territoires où les peuples ont longtemps été dominés et les richesses pillées mais où la culture a gardé des valeurs traditionnelles et un modèle autre que le modèle européen, le tourisme est souvent destructeur. De ce fait, deux problématiques se posent aujourd'hui. Le peuple inuit est très fier de ses valeurs ancestrales, très fier d'avoir survécu dans un milieu où d'autres ont échoué, très fier de sa culture et de son identité mais en même temps, la modernisation fascine et tous souhaitent l'acquérir. Comment faire cohabiter deux modèles qui semblent antagonistes ? Comment acquérir la modernité sans effacer la tradition et comment conserver ses traditions sans mettre un frein à la modernisation ?
Les nouveautés, qu'elles soient concepts ou objets, apportées par le monde occidental doivent être réappropriées par les Kalaallit selon leur mode de penser. Jouer avec le tourisme autochtone est une sorte d'appropriation de la modernité façon inuit.

Au Groenland, nous n'en sommes pas à une folklorisation généralisée mais le modèle capitaliste incite plus à un tourisme de croisière et de nature et d'aventure qu'à un tourisme autochtone. Ce besoin de devises mène souvent à la folklorisation. Et, nous l'avons dit plus haut, il y a dissonance entre le discours confiant des Kalaallit sur leur culture et identité et sur ce qu'on observe sur le terrain. En partant de l'idée d'un gouvernement capitaliste qui, plutôt que de vouloir affirmer son identité qu'il ne sent pas menacée, souhaite simplement augmenter son PIB, pourrait aussi se diriger vers un tourisme autochtone en réponse à une demande même marginale et dans cet esprit là, la folklorisation est à craindre.
Cependant, le gouvernement autonome qui a pris et prend de plus en plus de responsabilités et a obtenu un pouvoir de décisions non négligeable semble s'inscrire dans la perspective de préserver les valeurs culturelles inuit comme la conservation du kalaallisut, devenu langue officielle du Groenland. Dans cette optique, même avec une vision capitaliste et non communautaire comme au Nunavik, une culture invisible qui devient visible voudrait dire qu'elle devient visible par la volonté des Kalaallit.
Avec cette base, le tourisme est un outil de valorisation culturelle. Il peut permettre une redécouverte de l'identité et une redéfinition de cette identité en mouvement. Même si la nature fascine et que le tourisme autochtone reste marginal, le fait qu'une autre population s'intéresse à la population inuit crée une curiosité qui amène à une réaffirmation identitaire.
Une culture qui s'affirme par une offre touristique concrète modifiera, si ce n'est la demande, le regard que porte cette demande sur le Groenland et les Groenlandais. Et si aujourd'hui, le tourisme autochtone n'existe pas dans le sud du Groenland comme il existe au Nunavut et au Nunavik, l'hébergement chez l'habitant est un des éléments d'un tourisme géré par la population. Ce type de logement est le premier pas vers le tourisme autochtone car ces hébergements donnent une autre dimension au voyage, une dimension culturelle.
La question reste toujours la même. Il faut choisir entre devises et valorisation culturelle, entre capitalisme et communauté, entre folklorisation et tourisme autochtone. Mais le juste milieu est possible et toutes les évolutions sont envisageables. Les prochaines années nous éclairerons sur les options choisies par les Groenlandais et son gouvernement autonome.

 


Bibliographie

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HAMELIN Louis-Edmond, 2000, "Le Nord et l'hiver dans l'hémisphère boréal", Cahiers de Géographie du Québec, vol. 44, n°121.

MALAURIE Jean, 1999, Hummocks 1, de la pierre à l'homme avec les Inuit de Thulé, Plon, Paris.

SANCHEZ Alain, 1992, "Qu'est-ce que le tourisme d'aventure?", Cahiers Espaces, Paris, n°29.

SHAYEGAN Daryush, 2008, Schizophrénie culturelle. Les sociétés islamiques face à la modernité, Albin Michel, Paris.

 

Remarque

Après des études de Master à Toulouse et à Corte, Aude Créquy est aujourd'hui doctorante en anthropologie à l'Université de Strasbourg. Elle poursuit également ses travaux sur les problématiques liées au tourisme et à la culture au sein des diverses populations du Grand Nord et notamment au Groenland.