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Imaginaire, île, tourisme, Corse: voyage à plusieurs voix

 

par
Florence Antonmarchi
Toni Casalonga
Charlie Galibert
Franck Michel
Jean-Didier Urbain



 

 

« On voyage pour voir le monde » dit Hérodote, premier tour operator de l’Antiquité. Cela pourrait aussi bien être la devise des militaires, des marchands, des géographes et, à bien y regarder, celle des ethnologues et celle des touristes. Mais cela pourrait encore se dire : « On voyage pour voir des images du monde », pour vérifier chez l’Autre ses propres images du monde, pour tester un imaginaire. Le voyageur - le touristethnologue - est un promeneur de l’imaginaire, de son imaginaire de l’autre et du monde. Cela pourrait encore se dire : « On voyage en soi-même, dans ses propres images et son imaginaire ».

Ainsi a-t-on pu écrire que le monde méditerranéen ne serait, à tout prendre, qu’une catégorie fantasmatique, une sorte de mirage anthropologique, un agglomérat de stéréotypes touristiques et savants, cautionnés ou élaborés par des chercheurs frileux venus du nord, dans le sillage de l’anthropologie sociale britannique. Bromberger et Durand (2001) fustigent « le caractère réducteur des stéréotypes érigeant le monde méditerranéen en concept, au sens que les spécialistes du marketing donnent à ce terme, et redoutent que les ethnologues ne jouent un rôle ambigu dans cette construction fantasmagorique. Une version radicale de ce point de vue voudrait même que l’anthropologie soit la principale responsable de l’invention et de la diffusion de (fausses) idées généralisatrices à propos des Méditerranéens. En exotisant les habitants des régions étudiées, elle les figerait dans une radicale altérité, les éloignerait du monde européen et nourrirait par là même un projet néo-colonialiste, à l’instar de ce que fit l’ "orientalisme" selon Edward Saïd ».

Ce serait compter sans les îles. Ce serait compter sans l’Île. L’île est en effet une figure majeure de l’imaginaire du voyage, de l’imaginaire tout court. L’Île est l’image rêvée des continents. L’Autre Continent, utopique, des philosophes. L’imaginaire du détour d’une anthropologie fantasmant son/ses « désirs d’ailleurs » (Michel, 2004) pour mieux faire retour sur elle-même - de Bronislav Malinowski à Marshall Sahlins. Ainsi l’insulaire participe-t-il à son insu du rêve exotique du continental : Vahiné ou Kanibal, pâtre ou Lestrygon, bon sauvage ou dangereux non-civilisé.

Or, ce rêve et cet imaginaire ne sont pas nécessairement réciproques. Ainsi le premier touriste signalé en Corse est-il Ulysse, dont on sait que, si les thématiques du proche et du lointain, du familier et de l’étranger, du connu et de l’inconnu, de l’habituel et de l’étrange, structurent bien son Odyssée, c’est sous la forme du désir fondamental d’Ulysse de revenir chez les siens, dans le monde connu.
L’Odyssée esquisse des chemins, liquides ou terrestres, qui conduisent et reconduisent à la certitude, à la raison et au même. C’est par le détour par alter que le même revient au même. Géographie, mythe et fantasmes s’interpénètrent dans le voyage de retour d’Ulysse, pour constituer une encyclopédie individuelle portative des savoirs et connaissances transmissibles d’une époque - au-delà même d’une transposition poétique des connaissances des navigateurs de l’Antiquité.

Le touriste peut ainsi aisément constituer l’incarnation de la figure de l’Autre. Hostes et hostis, invité et ennemi : celui qui habite la figure ambivalente de l’hospitalité. La comparaison s’arrête cependant là : l’hospitalité est le fait d’une société de la rareté de l’étranger interne, le tourisme joue sur la masse externe ; l’hospitalité relève d’une captation de l’être telle que Ravis Giordani (2003) en fait une caractéristique essentielle des liens sociaux de la société corse de « face à face », le tourisme d’une captation de l’avoir utilisant l’intermédiaire du signifiant argent, support de relations marchandes.

L’exposition « La Corse et le tourisme » du Musée d’anthropologie de la Corse (Corte, 2006) a donné à voir cette dialectique : le regard des étrangers sur la Corse et les Corses, les représentations qui en sont données par la littérature et l’iconographie, et le regard que les Corses ont porté sur ces étrangers, et à travers eux sur l’histoire de l’île mais également sur sa géographie et son environnement.

Pour ce qui concerne la Corse, on peut suivre à partir de l’Antiquité la progression de l’esprit de découverte à travers les textes et les cartes terrestres et marines, à l’instar des premiers portulans italiens ou catalans qui témoignent du développement de la navigation et du commerce (Cervoni, 1989). Mais la mise en valeur de son territoire exigeait une cartographie autre qui puisse en recenser les ressources et potentialités. Le plan terrier de la Corse (1770-1793) est sans conteste le chef d’œuvre de ce genre nouveau, un véritable guide touristique à l’échelle de l’Île et à l’usage du Prince, qui répertorie les ressources environnementales, économiques, l’habitat, les monuments, les feux… et jusqu’au goût de l’eau de chaque source…

C’est que l’attrait imaginaire de l’île, espace clos et corps plein dont la distance au continent fait un monde à part et dont on peut apercevoir le contour et faire le tour, se conjugue avec un patrimoine naturel et culturel d’une grande richesse. Dans le cadre d’une vie souvent décrite comme précaire et étroite, mais contrebalancée par un environnement volontiers édénique, les îles ont souvent occupé le devant de la scène, jouant un rôle à la hauteur de l’attrait qu’elles exerçaient, celui de « marchepied de l’histoire » selon le mot de Braudel. Tel fut le cas de la Corse sur laquelle les géographes français se penchent à la fin du 18ème siècle, après la conquête française. Mais un tel regard, comme en surplomb, de la découverte de l’île, ne peut que conduire, plus près de nous, à l’avènement de la civilisation des loisirs et l’émergence du tourisme de masse et au recentrage de la Méditerranée occidentale au cœur d’un système économique que celui-ci semblait avoir quelque peu négligé et abandonné au flux et au reflux des vagues languides.

Les îles de Méditerranée occidentale deviennent alors l’un des débouchés privilégiés du flux touristique grandissant en provenance du Nord de l’Europe. Cet espace naturel et culturel devenu économique suscite une résistance locale qui s’oppose à la frénésie consommatrice des vacanciers. Face à l’attraction touristique, il y a, en effet, encore et toujours - tout comme pour un célèbre village gaulois - les autochtones. Négatives ou positives, les interférences entre les deux mondes deviennent alors multiples, suscitant autant de questions : quelles transformations ont fait subir à ces milieux et à ces cultures les voyageurs et touristes du continent ? quels contacts et quelles perceptions mutuelles s’établissent ? L’identité insulaire est-elle déformée, modifiée, renforcée par ces rencontres ? Quelles politiques contribuent à développer ces flux ou, au contraire, à les juguler, dans le cadre de quels enjeux économiques ou politiques, et avec quels impacts ? (CTHS, 2003).

C’est que, des identités rêvées au rêve identitaire, le tourisme oscille entre productivité ou exploitation et, désormais, développement durable, entre agression/négation et construction identitaire. Entre désir du terroir-caisse et rejet protectionniste, le tourisme peut servir de masque à une dérive de la colonisation. Quel rôle a ainsi pu jouer la pression touristique dans la prise de conscience par les Corses de la valeur que représente leur patrimoine culturel sans le transformer pour autant en folklore ?

Dans un ouvrage collectif qui confronte les identités locales placées devant le défi et l'ingérence du tourisme international et apporte des éclairages originaux sur cette délicate « rencontre » entre univers des voyages et cultures du monde, Furt et Michel (2006) interrogent la dialectique complexe entre une identité qui contribue au développement touristique et un tourisme qui participe à la refondation des identités. Comment se « touristifier » sans perdre son âme ? Ou comment le développement touristique peut-il s'accommoder des identités locales, sans les altérer et bouleverser la vie des populations autochtones ?

Si l’on admet, avec Alain Corbin (2001), que « l’avènement des loisirs » est un phénomène déterminant du 20e siècle, le tourisme constituant un secteur d’activité majeur, notamment pour bien des pays riverains de la Méditerranée, que les voyages tendent à prendre une place croissante du temps libéré par la diminution du temps de travail, l’étude des acteurs qui le vivent ou qui en vivent s’impose comme parfaitement légitime.

Tel est le sens et le contenu de l’approche de Franck Michel qui donne à sa focale d’analyse le grand angle d’une approche du tourisme comme phénomène planétaire, rejoignant les ambitions reconnues à la discipline anthropologique par Olivesi (2006, 11) pour qui, « si l’anthropologie est la science qui permet de réunir de manière dialectique les questions économiques, sociales et culturelles, alors le tourisme est un sujet anthropologique par excellence ».

 

La faim du tourisme et le nouvel air du voyage
par Franck Michel

Le voyage, cela devrait être évident, commence là où s'arrêtent nos certitudes. Voyager c’est vivre en sachant que tout le monde a tort... sans trop s'en faire pour autant. Aldous Huxley, l'auteur du « meilleur des mondes » – qui reste toujours à venir! – avait bien prévenu ses contemporains: « Voyager, c’est découvrir que tout le monde a tort ». Pas vraiment évident de vivre, ni d’ailleurs de voyager, en partant avec cette idée qui est également un terrible constat ! Désenchanté par le mouvement du monde, Claudio Magris s’interroge : « Il est de plus en plus difficile, dans l’actuelle irréalité du monde, de répondre à la question de Nietzsche : ‘Où puis-je me sentir chez moi ?’ ». C’est encore chez soi que beaucoup de nos contemporains se sentent le mieux, et de plus en plus, puisqu’ils sont nombreux à (re)découvrir les vertus et autres grands bonheurs des petits déplacements, autour de leur chambre, dans leur jardin, avec leur famille… Le voyage peut rendre fous alors certains adeptes se convertissent en modestes consommateurs et réinventeurs d’espaces locaux, connus et sécurisés, comme ils aiment ou feignent à le croire. Le routard du futur risque ainsi fort de ressembler au villégiateur d’autrefois. Pourtant, si la fin des voyages paraît si proche, la faim de voyage n’a jamais semblé si prégnante, si présente dans nos vies et nos modes de vie actuels. Le paradoxe est béant. Dans Tristes Tropiques, publié il y a plus de cinquante ans, Claude Lévi-Strauss annonce la fin des voyages en même temps que la haine qu’il leur voue ; cela n’empêche pas cet ouvrage – le premier et peut-être le meilleur de l’anthropologue – d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion autour de la question de l’Autre (et donc du voyage), et d’inaugurer toute une vague de nouveaux récits critiques de voyages… Encore un paradoxe. Tout comme l’est le voyage qui ratisse le meilleur comme le pire. Et cela depuis toujours, c’est-à-dire depuis que l’homme s’est mis debout pour marcher, pour s’en aller ou circuler ailleurs.
On n’a jamais autant proclamé la fin des voyages que de nos jours, et on n’a jamais eu autant faim de voyages. Paradoxe ? Peut-être, mais c’est surtout le reflet d’une époque et d’une civilisation toutes les deux en panne d’utopie mais toujours en quête de nouveaux trips : l’Occident de ce début de XXIe siècle. Pour contribuer à voyager – forcément autrement – deux alternatives s’offrent à ceux qui souhaitent braver un sinistre destin écrit d’avance : la double voie du voyage désorganisé et du Slow Travel !

Eloge du voyage désorganisé
D’abord, avec Jean-Didier Urbain auteur de L'idiot du voyage, ne fustigeons pas d’emblée le touriste ! D’abord parce que celui qui est toujours l’Autre est également nous-même ; ensuite parce que, d’ailleurs né avant le tourisme, le touriste existe avec ou sans lui. Et puis ne confondons pas l'industrie (le tourisme) et l'individu (le touriste). Le tourisme est donc davantage à critiquer que le touriste même si ce dernier s’en remet souvent trop facilement au premier… C’est cependant le tourisme comme industrie qui transforme le touriste-voyageur en possible consommateur de lieux et d’espaces culturels et naturels. Il importe de ne pas se tromper de cible !
Le voyage devrait représenter un défi permanent pour nos croyances et nos convictions. Changer de lieu et de climat ne suffisent plus, il faut aussi changer de temps et de mentalité, s’immiscer dans la culture de l’autre sans pour autant renier la sienne, se frotter à l’ailleurs sans perdre de vue d’où l’on vient, se rendre disponible à tout et se mettre à écouter le bruit du monde sans en altérer ni le son ni l’harmonie. Trop de voyages tuent le Voyage : n’est-ce pas en courant « sans arrêt » après le temps et dans l’espace qu’on voyage le moins ? Le voyage de proximité, en plein essor aujourd’hui, n’est pas seulement le résultat de la terreur et de la crise, il redonne également sens à nos déplacements effrénés. En allant moins loin, on va souvent déjà moins vite…
La flânerie disparaît au « profit » du circuit organisé, aussi stressé que pressé, une « nouvelle » forme de mobilité bien à l’image de nos contemporains. La route et les routards ont bien vécu ! De vagabonds célestes et solitaires, errants de non-lieu en non-lieu, pour ne jamais se fixer que sous la contrainte, nous nous sommes transformés en êtres égarés toujours en instance de départ, en nomades incertains et déboussolés, constamment en partance… Nous sommes à quai en permanence, sur le départ même en arrivant : une situation propice à la schizophrénie chronique… N’oublions pas que vivre autrement, ailleurs et avec tous les autres rencontrés en chemin, incite au partage d’humanité, exhorte à oublier sa montre, car réussir un voyage ou même ses vacances, c’est toujours se mettre en quête de décalages, à la fois horaires et autres. Le voyage anime la vie et maltraite l’instinct de mort qui traverse nos sociétés, il réanime également l’envie de résister à l’immobilisme ambiant, faussement garant d’un simulacre de stabilité.
L’indispensable autonomie pour une plus grande liberté de circulation s’impose sur une planète qui n’est plus un village global mais une cité emmurée. Avec ses visas et ses visages, ses frontières et ses refoulés. Pour exister, la liberté du voyage ne peut faire l’économie de voyageurs réellement autonomes, indépendants et responsables, nourris d’un esprit nomade vidé de tout exotisme malsain… Puisque voyager revient à vivre libre, cela ne peut s’envisager sans pratiquer le voyage comme toutes la passions de la vie, c’est à dire « à fond ». Le voyageur hédoniste saura positiver toute présence dans l’espace de l’autre. Il convient d’échapper à la norme liberticide. Y’a-t-il d’ailleurs un terme plus odieux que celui de norme ? Un mot qui tue l’originalité, qui assassine la liberté. Et qui donne « normal », « normalement », « normalité », « normer », sans oublier « normalisation », bref de quoi désespérer de la vie… Si vivre normalement c’est donc vivre comme une vulgaire norme, autrement dit se transformer, une fois domestiqué, en un être vidé de sens et de raison, un numéro, un clone en fait, ou un « pax » dans l’univers commercial du tourisme, et bien ne plus vivre serait perçu comme l’ultime acte de libération. C’est ce que, du côté de l’Orient, d’autres cultures et d’autres gens nous enseignent…
Les nomades à la rescousse d’un monde immobile. Un éloge du voyage désorganisé ne peut se dissocier, se désolidariser, se départir, d’un éloge du nomadisme, même si pour ce faire il faut tordre le coup à certains préjugés. Contrairement à une idée reçue, le nomade ne se définit pas par le mouvement, il est par excellence celui qui ne part pas, celui qui occupe un territoire. Un être humain qui circule. Le nomade se déplace fréquemment mais il sait toujours où il va. Pour lui, tout point sur le trajet est un relais, un lieu et une raison de se fixer, même temporairement. Il se distingue du migrant, qui quitte un lieu pour en retrouver un autre, en ne fuyant jamais son espace de vie mais en circulant librement dans un univers clos. Anti-nomades à l’excès, l’Etat et le pouvoir estiment que la liberté et l’autonomie inscrites dans la vie nomade ont de quoi inquiéter les tenants de l’ordre sédentaire des choses, voire de mettre en péril la pensée unique/dominante qui régit le fonctionnement de nos sociétés en Occident ou ailleurs.
Tout voyage est un apprentissage de la liberté. L’aurions-nous oublié ? L’autonomadie – ce doux métissage du nomadisme et de l’autonomie – prend ici tout sons sens : l’autonomade, en effet, se rend quelque part sans jamais se rendre à quelqu’un, qu’il s’agisse d’un voyagiste, d’un patron, d’un Etat ou d’un autre maître encore… A nous, voyageurs d’ici et d’ailleurs, de savoir saisir cette chance d’esquisser un monde autre, dans un contexte géopolitique et philosophique vidé de sens, orphelin d’idées, et propice à toutes les démissions. Le voyage est en principe l’opposé de la guerre, ce qui est loin d’être évident lorsqu’on sait et voit comment l’impérialisme, l’intolérance et la guerre ont repris le dessus pour une période indéfinie mais d’ores et déjà trop longue. Quand aux faussaires et aux fossoyeurs du voyage, tous ceux qui utilisent d’une façon ou d’une autre l’errance volontaire comme marchepied pour leur propre gloire, en général sous prétexte d’en faire rêver d’autres, l’idéal est de s’en passer afin de retrouver le plaisir de vagabonder en toute liberté. L’indépendance du voyage est indissociable de l’autonomie du voyageur, et il n’y aura jamais de voyage véritablement libre sans des voyageurs réellement alternatifs ! Le voyage désorganisé est à la portée de celle ou celui qui s’y aventure, il suffit de franchir le pas et de briser les chaînes invisibles d’une étrange servitude volontaire…

Manifeste pour le Slow Travel !
A l’image de ce que la malbouffe est à l’univers de la gastronomie, le tourisme a tendance, en raison de la massification et de la mondialisation, à remplacer définitivement le voyage. Pour retrouver un autre sens du voyage actuel avant qu’il ne dérive fatalement, la voie (qui via viaticum donnera voyage…) la plus sereine et sans doute aussi la plus sage consiste tout simplement à ralentir notre cadence, autrement dit promouvoir le Slow Travel… En voyage, la lenteur est fille de la sagesse. Mais l’évolution paraît compromise…
Ces dernières années, le voyage retrouve son caractère initiatique et, nostalgie des origines oblige, il s’apparente à nouveau de nos jours à ce « grand tour » qu’entreprenaient les jeunes aristocrates européens au XVIIIe siècle, dans le but de se former – grâce au frottement avec l’altérité – à la culture et à la vie tout court. Mais, une fois de plus, les belles idées s’épuisent et s’érodent à la lecture de l’Histoire. Et le voyage pour tous, dont certains pensent toujours que l’idée en est acquise, est mort avant d’être né. La démocratisation du voyage tellement mise en avant par les manipulateurs d’illusions n’a rien d’un miracle mais tout d’un mirage. Car le voyage – dans sa version touristique du moins – est d’abord l’affaire des nantis, et tout semble indiquer aujourd’hui que les privilégiés du Nord en partance sur les routes et les circuits minutieusement balisés seront de moins en moins nombreux. Hélas, dans une société touristique, le fossé économique disparaît comme par magie par la grâce de l’exotisme. Le simulacre fonctionne aux yeux de tous les figurants ou presque, pourtant comme d’accoutumée, c’est bien parce que le pauvre ne « vaut rien » aux yeux des riches que ces derniers le traitent facilement de vaurien. « Pauvre » peut être aisément remplacé par « immigré » ici ou par « indigène » là-bas… Le riche étant toujours touriste, qu’il soit du Nord ou du Sud.
Crises et mutations, avec leur sort de précarité-chômage-paupérisation, ne sont pas seules en cause. D’une part, l’épuisement des réserves de pétrole conduira fort justement à repenser nos modes de vie… et de voyager. D’autre part, de nouveaux privilégiés émergent lentement mais sûrement (on parle surtout – héritage du « péril jaune » – des Chinois, qu’on imagine un peu trop vite envahir l’Occident comme ils ont investi le Tibet !) en provenance des pays du Sud (si cette appellation signifie encore quelque chose…), du coup les directions du voyage de demain prendront d’autres Orients, d’autres tentations, bref d’autres orientations. De nos jours, précisément désorientés, les Occidentaux, habitués à gérer par la domination l’ordre du monde, ne paraissent pas du tout préparés à ces mutations…
Des changements parfois étranges mais explicites quant à l’ordre du monde qui tend à s’installer. Des circuits seront ainsi prochainement organisés dans l’espace : « Bientôt, vous pourrez jouer au golf sur la Lune » annonce le titre d’un article paru dans Courrier International, fin novembre 2005. La suite n’est pas triste, enfin pour ceux qui ont les moyen de débourser quelques millions de dollars pour quitter la Terre, c’est vrai pas mal encombrée en ce moment : « Tourisme spatial oblige, d’ici à une dizaine d’années, le voyage sur la Lune sera accessible au commun des mortels, à condition de pouvoir se le payer ». Ce n’est pas rien comme condition ! Déjà, Russes et Américains – programmes publics gouvernementaux et compagnies privées – se pressent devant les portes de l’espace, nouvel eldorado pour des Terriens trop atterrés, trop incapables aussi de préserver la planète habitée et du coup se presser pour savoir qui sera le premier à détruire d’autres espaces si on peut dire cela ainsi… Bref, c’est encore l’idée que l’herbe serait plus verte chez le voisin, même si ici la situation s’apparente à une politique globale d’espace pulvérisé, ou plutôt encore de terre brûlée, comme on dit ! D’autres appellent cela un écocide. Grand ou petit, l'espace est à la mode. Une idée, certes guère orthodoxe, consisterait à envoyer comme « missionnaires de l’espace », en fait en éclaireurs des touristes de demain, les grands cinglés qui gouvernent tel ou tel coin de notre bonne vieille Terre, histoire de continuer à admirer la Lune avec les pieds sur terre, les fameux soirs où, bien pleine, elle scintille comme pour nous rappeler que déjà bien vivre sur terre n’est pas une mince affaire ! Mais ces considérations hédonistes n’intéressent guère nos dirigeants épris de grandeur et donc de grands espaces-temps.
La tête forcément dans les étoiles, une fois en vadrouille dans l’espace lunaire, il y a sans doute pour notre bonheur quelques bonnes chances qu’ils se perdent… Dans ce cas, nous autres touristes sur terre, nous serons heureux de savoir les dirigeants iranien, israélien, nord-coréen ou russe s’adonner au golf intersidéral, si loin de tout, et par conséquent tellement incapables de nuire à autrui. D’autres candidats (ils sont nombreux à pouvoir postuler !) gagneraient à se faire expédier sur la Lune avec en poche un billet aller simple, et une bouteille de champagne, car toute fête se partage. Finalement, les Terriens restent des humains, on avait un peu tendance à l’oublier ces derniers temps… A cette occasion, ils pourraient profiter de cette accalmie pour devenir plus humains encore, car du chemin reste à parcourir dans ce domaine un peu terre à terre de nos jours, tandis que là-haut, complètement dans la Lune, les grands expédiés rejouent un énième remake de la guerre des étoiles ou s'embarquent pour un Star Trek... A moins qu’ils ne préfèrent s’affairer pour monter là-haut des business, chose qu’ils affectionnent tant dans ce bas monde, par exemple des boutiques pour touristes de passage (même s’ils ne courent pas encore l’espace comme les plages) qui proposeraient à leurs clients-visiteurs des pierres lunaires comme souvenirs à rapporter sur Terre. J’imagine déjà des petits malins infiltrés parmi les Grands voyageurs qui rivaliseraient de prouesses pour « marketer » les produits les plus fous afin de rouler un peu plus des touristes si souvent dans la lune. C'est que parfois le touriste est tellement naïf et même déconnecté du monde qu’on le prendrait volontiers pour un extraterrestre. Ce qu’il n’est pas nécessairement, loin s’en faut !
A force de vouloir occuper l'espace à tout prix, nos contemporains en oublient d'habiter le monde. Et cela devrait nous faire réfléchir... Autrefois habités – y compris par l'esprit du lieu – les territoires sont désormais occupés, investis, conquis, folklorisés: le terroir-caisse a remplacé le territoire à vivre. Au total, la valeur du voyage a définitivement disparu au profit – c’est le cas de le dire – de la valeur de l’argent. Le vent de l’histoire souffle ainsi du mauvais côté, ce qui n’est pas sans annoncer du mauvais temps pour demain. Heureusement, vent du changement oblige, il reste le Slow Travel !

L'art d'apprécier le nouvel air du voyage
En ce temps écologique plus ou moins respirable, où militants et savants entrent dans l'arène politique sous l'oeil des médias, où pour durer il importe avant tout d'apparaître durable, une nouvelle ère du tourisme est en gestation. De l'air frais en quelque sorte pour une industrie du voyage où la durabilité ne se percevait jusqu'à ce jour que dans les stratégies marketing. A voir si cela va réellement changer... Il reste que le développement durable peut nuire autant que servir aux populations locales, investies et/ou envahies par les tourismes contemporains. Le voyage irresponsable s'inscrit parfois dans les pas du voyage responsable, sanglot de l'homme blanc et culpabilité occidentale obligent... En effet, quelle est donc la légitimité du développement durable? Nouveau moralisme des temps modernes où l'homme n'est plus qu'un loup pour (l'autre) homme. Ne parlons même pas de la femme... Le tourisme durable, appendice du développement durable version Rio 1992, est d'abord l'affaire des Occidentaux qui se soucient de leurs affaires dans le monde. De leurs vacances, fruits de leurs congés payés, aussi. Alors, le temps est venu où il faut protéger, sauvegarder, authentifier, labelliser, terroiriser, adapter et adopter... Se sauver avec le prétexte confortable de sauver les autres: se promener quelque part entre les Arches de Noé et de Zoé. C'est un peu aussi comme si l'Occident orphelin de destin ne retenait aujourd'hui que la partie sombre de l'héritage rousseauiste, pourtant autrement intéressant : vénérer la nature sans forcément la respecter, privilégier l'authenticité plutôt que le mieux-vivre, conserver le décor mais fuir la réalité... L'avenir nous fait peur, alors il est plus confortable de s'en remettre au passé fut-il peu glorieux... On peut également ré-authentifier l'histoire et enjoliver ce satané passé qui ne passe pas toujours très bien... L'ancien ça paie, il suffit de voir comment les touristes se pressent au portillon des traces de l'histoire. La pauvreté aussi ça paie! Voyez le succès touristique des destinations où les autochtones n'aspirent plus qu'à fuir un pays honni qui n'a plus que son exotisme de pacotille à vendre aux étrangers de passage: c'est alors « le tourisme ou la mort »... L'ancienneté et la pauvreté conjuguent un côté « sexy » et typique qui comblent de plaisir des touristes aisés mais blasés venus dans ces contrées pour se souvenir qu'ils étaient riches, et constater que la planète ne tourne pas très rond et que l'air des voyages peut même être malsain. Ils s'accommodent bien de la misère du monde qui rassure au moins autant qu'elle malmène. Mais c'est ainsi lorsque démunis et nantis se côtoient sur une plage, les premiers s'usent là où les seconds abusent: sorte de radioscopie du désordre du monde où la famine alimente l'obésité... Dans ce contexte d'inégalités entretenues, le développement du tourisme durable s'avère plus souvent comme un frein particulièrement durable au développement des peuples et pays locaux. Le changement ne viendra pas d'une évolution externe (économique) mais d'une révolution interne (politique), autrement dit le Sud n'aura que le Sud pour espérer survivre dans la tempête de la mondialisation. « L'aide au développement » risque de n'être qu'une énième farce, trappe ou attrape dans laquelle les autochtones auront tout le loisir de méditer sur ces deux termes, « aide » et « développement », dont l'Occident s'est rendu « maître en communication »... depuis plusieurs siècles déjà. Maîtres et esclaves autrefois, visiteurs argentés et visités désargentés de nos jours, le verdict est toujours identique, la césure qui empêche la rencontre subsiste: les maux humains restent et seuls changent les mots courants.
L'ère du nouveau touriste mondialisé a pourtant bien sonné! Certes, le développement du tourisme international suit les tourments du monde, ses changements culturels, sa libéralisation économique et ses tremblements géopolitiques. Après le glas du salarié flexible et de l’immigré jetable, celui du voyageur moderne aurait-il sonné ? Déjà mondialisé, et donc par essence délocalisé, le touriste-voyageur est un nomade du loisir qui s’ignore et qui, trop souvent – enfant gâté du Nord –, ne connaît pas la chance qu’il a : celle de vaquer librement, tout au moins pendant son temps (encore) libre…
De nos jours, ce qui a vraiment changé dans la vie du voyageur « moderne » se résume en cinq « biens »… aux vertus parfois bien discutables : carte bleue, téléphone portable, Internet, révolution des transports, appareil photo ! Ces biens qui font parfois tant de mal n’en ont pas moins bouleversé la planète nomade et l’univers des mobilités internationales. Dans une société de plus en plus schizophrène, ces biens – fruits parfois pourris de nos nouveaux désirs de consommation – renferment surtout des plaies qui plaisent à nos contemporains qui s’y complaisent. Des plaies aussi qui ne pansent ni ne pensent. Ainsi muni de ces faits et biens qui le rassurent, le voyageur actuel peut-il courageusement braver l’épreuve du voyage comme pour en rapporter autant de preuves matérielles et artificielles. Mais de quel voyage s’agit-il encore ? Le touriste est de plus en plus à l’image du voyageur et réciproquement. La fiction paraît – à défaut d’être – plus réelle que la réalité. De plus en plus de voyagistes optent pour des voyages « à la carte » qui ressemble aux voyages individuels sans jamais en être véritablement ! Ils vendent et revendent également des circuits de plus en plus marqués, serait-ce de manière factice, par le sceau galvaudé de l’authenticité : modelée en fonction de la demande, fabriquée selon les besoins spécifiques, cette authenticité répond au besoin de fuir (souvent pour mieux se retrouver ou empêcher de se perdre) des clients, qui dans la vie quotidienne sont de plus en plus désorientés… Le tourisme marchand l’a bien compris et il surfe avec stratégie sur le désarroi de nos semblables : bref, il importe désormais de vendre du rêve d’autant plus que la réalité n’est pas belle à voir ! Mais la réalité du monde n’est pas un show ou une fiction, elle n’est que ce que les êtres humains décident d’en faire… Si le voyage peut rimer avec rencontre, c’est à nous tous de promouvoir cette dernière, ensemble, en bonne harmonie partagée, et sans trop de fausses notes…
Le voyage possède un formidable atout qu'il nous faut promouvoir sans cesse: celui de nous rappeler qu'à travers les pas en direction de l'autre et de l'ailleurs, et en dépit des pressions de toute sorte, il ne nous est pas (encore) interdit de rêver...

 

Les relations que la Corse entretient avec ses propres visiteurs et son tourisme sont complexes. Le catalogue de l’exposition « La Corse et le tourisme » (2006) souligne combien la société insulaire, longtemps assoupie après les deux guerres mondiales, les crises agricoles, l’échec de son industrialisation, se réveille avec les soubresauts de la décolonisation, qui prend ici la forme du retour imprévu de beaucoup de ses enfants émigrés outre-mer, avec l’installation des Pieds-Noirs et le tout-tourisme dénoncé par les mouvements sociaux de contestation. L’Île a l’impression qu’on lui impose une « vocation » qu’elle n’a ni souhaitée, n’y préparée, ses jeunes n’y étant ni formés ni préparés.

Entre le camping sauvage des années 70 et les grands projets immobiliers spéculatifs de la Testa-Ventilegne, Scandola, Roccapina, parmi d’autres, ne cesse de se manifester une opposition qui promeut, à travers les mouvements associatifs, les campagnes de presse et une violence explosive contre ces séjours sans contact avec la population et ces opérations surdimensionnées, la promotion de la langue et la culture, d’un Parc Naturel Régional, la protection d’un environnement unique en Europe, la reconnaissance des savoir-faire et des chants traditionnels - une autre image de l’île.

Au cours des 40 dernières années, le tourisme a ainsi contribué à modifier profondément l’image et la réalité de la Corse. Jean-Luc Alberti (2004, 76) liste quelques conséquences majeures et visibles de ces mutations qui se sont traduites par l’occupation d’une étroite bande littorale, de plus en plus construites; concurrençant le développement agricole et entraînant le renchérissement des terres littorales. « Le tourisme a accentué la transformation des villages en structures bicéphales : le vieux village végète sur les coteaux, à l’intérieur des terres, alors qu’un nouveau village de piedmont et/ou de marine se développe en bord de mer ou le long des routes de plaine. (Le tourisme) a entraîné la modernisation des voies de communication, (…) a accéléré l’arrivée du « progrès » et de la modernité avec le brassage de la populations d’origines sociale et géographiques diverses ». C’est ainsi que, confrontée aux réalités économiques, la physionomie spécifique de la culture corse change rapidement. Le calendrier de la vie insulaire épouse désormais les variations saisonnières de l’activité touristique, calquée sur l’opposition entre les deux sociabilités divergentes des zones touristiques littorales et des villages de l’intérieur.

Sur l’île, en effet, l’impression reste vivace que coexistent deux touristes. Celui de la mer et celui de la montagne. Celui des marinas et celui des paese. Celui de la plage, des paillotes, des people, des boîtes de nuit. Celui de l’intérieur, des produits identitaires, de la culture, de l’authentique. Celui du string bronze idiot et celui du prisuttu polyphonique identitaire. S’il ne s’agit pas de les opposer, force est de constater que cette distinction nous renvoie à une image aussi vieille que la Corse : celle d’une montagne dans la mer - une île montagne.

Il est vrai que la Corse traditionnelle, société rurale agropastorale, tournait le dos à la mer hostile d’où venait le danger barbaresque ; les bains de mer ne deviendront un loisir d’insulaire qu’avec l’arrivée du tourisme de masse et grâce à la médiation des Corses du continent qui vont peu à peu réduire la distance entre les autochtones et les vacanciers. Anne Meistersheim (2006) a bien souligné combien Le Corse de la diaspora, rentrant au village chaque été, a servi de « médiateur » à l’introduction de la culture des loisirs à partir des éléments de la société traditionnelle - le paysage, le village, les produits locaux, la culture plus ou moins folklorisée face au touriste - celui par qui le désir d’altérité et d’ailleurs arrive, au risque de la mise en danger de la communauté.

Peut-être, alors, ce double regard, de la mer et de la montagne, peut-il en fin de compte constituer une fenêtre de lecture, une focale d’approche de l’île - dont c’est une des images fondamentales. Comment se positionner vis-à-vis de cet objet tentant sans l’exalter ou le nier ? Comment établir et respecter la distance nécessaire et suffisante sans le détruire ? Il s’agit également de démêler l’écheveau de ces deux regards sur la Corse pour interroger le produit de leur croisement et de leur chiasme : rencontre, échange, affrontement, refus. Avec, subsidiairement, la possibilité offerte par ce chiasme d’en extraire un processus de connaissance de soi par le détour par l’autre, de la Corse pour la Corse ? La question du tourisme devient alors celle du commencement : l’anthropologie du regard anthropologique, du dialogue sans cesse renoué entre l’observant et l’observé, une véritable épistémologie pour le coup non touristique (Galibert, 2004).

Autour d’un échange entre Jean-Didier Urbain, ethnologue spécialiste du tourisme et Tony Casalonga, peintre et sculpteur, directeur de la Casa musicale de Pigna, village artistique de Balagne, Florence Antonmarchi, journaliste à FR3 Corse, recentre le débat autour du tourisme sur son versant culturel.

 

Dialogue autour du « tourisme culturel »

Contexte : avec Pascal Delagneau à la caméra, nous « fabriquons » un  sujet,  pour le JT régional de FR3 Corse, d’une durée maximale de trois minutes. Nous avons une matinée pour cette rencontre. Dans le cadre d’une thématique sur le tourisme culturel, j’invite un anthropologue spécialiste des touristes – et touriste impénitent lui-même, depuis 30 ans à Ile Rousse ! – et un acteur majeur du mouvement et de la vie culturelle en Corse à se rencontrer. L’idée est de faire entendre ce que chacun d’entre eux, à leur place respective, comprend dans les mots « tourisme culturel ». Jean­-Didier Urbain et Toni Casalonga se prêtent à ce jeu et acceptent la « mise en scène » : un moment à la plage – c’est le lieu des vacances de Jean-Didier Urbain – et un moment au village de Pigna – c’est le lieu de vie de Toni. Ils se sont rencontrés la veille, le temps d’un café.

F. A. : Toni, nous sommes sur la plage, le lieu préféré des touristes en Corse. Pour toi la plage en été c’est quoi ?
- Toni Casalonga : Cela peut être plusieurs choses, mais si on l’utilise comme métaphore de réflexion sur le tourisme, la plage c’est le lieu d’échange entre le liquide de la mer et le solide de la terre, c’est un espace intermédiaire, mou dans lequel on s’enfonce, on s’ensable mais dont on peut se sortir ! Soit pour se baigner, soit pour faire de la montagne. F.A. : Jean-Didier Urbain, qu’est-ce que représente la plage, dans vos propres vacances ? - Jean-Didier Urbain : C’est un lieu très particulier suspendu entre le vide et la société. C’est un lieu où l’on peut à la fois ne penser à rien et oublier ce que l’on a derrière le dos, c’est-à-dire le monde, ses tracas, ses turbulences. La plage, dans mes propres vacances, c’est un lieu d’oubli de la société et du monde, entièrement consacré à l’amour des siens et des proches. On est dans une relation amicale, cordiale de sociabilité heureuse, sans les contraintes des rythmes urbains, des bruits, des bruits qu’on ne veut pas, en tous cas. Ici, on est maître à bord je dirais, de son espace et de son temps sur un territoire extrêmement étroit, suspendu entre l’immensité et le vide marins et le trop grand nombre des hommes dont on a un peu assez au bout d’une année, quand on a envie de rompre avec la vie sociale.

F.A. : Comment expliquez-vous alors cette espèce de fascination pour le regroupement en grand nombre sur la plage ? À quel phénomène social cela correspond ?
- J.-D. U. : Oui, la plage est un phénomène social très particulier qui n’apparaît pas n’importe quand et qui a une fonction très étonnante. On est habitué et on ne voit plus ce qu’elle a de curieux et de bizarre mais c’est quand même un lieu de sociabilité heureuse ; on est loin des agressions, des conflits, de la concurrence ; on est là pour être heureux, partager ensemble un territoire. On réapprend des gestes simples : savoir que le sol appartient à tout le monde et qu’on est là pour s’attribuer chacun un territoire sans empiéter sur le territoire de l’autre, tout en établissant des frontières, heureusement poreuses, qui permettent des relations amicales, etc.

Pour la plage, c’est bon !
Nous reprenons la conversation 8 kilomètres plus loin et… à une altitude de 110 m.
Dans le village de Pigna.

F.A. : Toni, en étant à Pigna, est-on dans un lieu plus culturel que sur la plage ?
- T. C. : Savoir si un lieu est plus culturel qu’un autre passe par une réflexion sur la culture. Pour moi, la culture c’est forcément ce qui est augmenté par l’échange ; peut-être que la plage peut l’être aussi, mais cela me semble plus difficile qu’au village, tout simplement à cause du nombre. Pour moi le nombre, la masse, la quantité – pour ne pas dire l’industrie – est un obstacle à la culture.

F.A. : Jean-Didier, est-ce que la « surdensité » dont on parlait à la plage, est un obstacle à l’échange culturel ?
- J.-D. U. : Il ne me semble pas que la plage, en dépit de son nombre, de sa densité – c’est d’ailleurs même ce qui fait son charme – soit un obstacle à l’échange culturel. Simplement, ce n’est pas la même culture. À la plage, on fait l’expérience de notre ressemblance, on est tous pareils, « nu sous le soleil », comme disait la chanson, et on fait l’expérience de la ressemblance ; lorsqu’on est à Pigna, on fait l’expérience de la différence. La culture, c’est à la fois une expérience qui nous rappelle qu’on appartient à l’humain et qu’on a tous quelque part, quelque chose de commun ; la culture, c’est aussi ce qui nous rappelle qu’on est tous différents. C’est ce qui fait que l’humanité est une mosaïque d’identités, de pratiques, de comportements, d’arts, d’artisanats. C’est ces deux choses là, pour moi il n’y a pas moins ou plus de culture ; ce n’est pas la même qui est mise en scène sur la plage et dans un arrière pays qui conserve jalousement son secret, ses traces d’authenticité. Ici, c’est autre chose que l’on met en jeu, ce sont ces différences.

F.A. : Alors justement comme ce n’est pas la même, il peut y avoir conflit ?
- T. C. : Oui, il peut y avoir conflit selon la manière dont on agit ou dont on réagit mais, si l’on réfléchit bien, la différence est surtout dans le fait de savoir si le tourisme est un phénomène essentiellement dédié à l’oubli ou si il est le moment d’acquérir et d’échanger de nouveaux savoirs. C’est d’ailleurs ce qui me semble faire la différence – dans ce que j’ai pu lire des ouvrages de mon voisin – entre le touriste et le voyageur, ce que l’on est alternativement, peut-être même simultanément, à chaque fois, nous, les uns et les autres.

F.A. : Les gens qui viennent essentiellement pour la plage sont-ils en opposition avec la culture de l’arrière pays et comment ce conflit peut-il être résolu et doit-il l’être ?
- T. C. : On ne peut pas dire que les gens qui sont dans le système balnéaire provoquent systématiquement le conflit mais que ce qui est certain, c’est qu’il n’y a pas la même surface de réception. Donc, à partir du moment où c’est le même nombre qui se déplace, on en vient à cette espèce de désir de mettre, à l’entrée des installations touristiques balnéaires, « interdit de sortir ». Alors qu’à un moment, la tentation c’était « interdit d’entrer » : de l’intérieur, on avait pas le droit d’aller sur le littoral parce que c’était des installations organisées. Mais au fond, si ça se dilue, si ça se fond, si ça permet l’échange, en vérité, on a besoin du littoral pour que l’intérieur vive. C’est une nouvelle transhumance qu’il faut inventer, une nouveau transfert de richesses.

F.A. : Est-ce que le terme de tourisme culturel, aujourd’hui et en Corse, a un sens pour vous ?
- J.-D. U. : Bien sûr et, à certains égards, le tourisme culturel est un pléonasme. Le tourisme a toujours eu partie liée avec la culture ; le tourisme c’est un voyage de formation, d’apprentissage, qu’on apprenne la culture de l’autre ou que l’on se réapproprie la culture des siens, à travers des liens familiaux, amicaux, conjugaux, on apprend toujours quelque chose. Le tourisme, au fond, c’est le voyage initiatique mis à la portée du plus grand nombre, le temps d’un loisir qu’on appelle les vacances et qu’on utilise pour se déplacer et, à travers ce mouvement, découvrir, apprendre la différence mais aussi se souvenir, à travers l’oubli du monde, des siens ; des siens qu’on oublie aussi.

F.A. : Toni, les gens qui viennent à Pigna, qui entrent dans ta galerie et y achètent une gravure, pour toi, est ce que c’est du tourisme culturel ?
- T. C. : Déjà, quand quelqu’un entre dans le village et ensuite, d’une manière plus précise, dans mon atelier installé pour accueillir des gens, il est évident qu’il s’agit d’un acte de curiosité. Le tout est de savoir ce qu’il cherche. Si cette recherche est déçue, s’il ne trouve pas ce qu’il cherche, évidemment cela ne se transforme pas en activité économique et c’est une rencontre ratée… Mais en fait, je me demande comment j’aurais pu vivre une vie d’artiste jusqu'à aujourd’hui si il n’y avait pas eu cette connexion avec ce que représente le tourisme comme capacité d’exportation sur place. Donc pour moi, oui effectivement, il peut exister un tourisme culturel sauf que ça ne peut pas être une incantation, ce doit être réel et ça ne peut pas être non plus une marchandisation, non, il ne s’agit pas de marchandiser la culture, il s’agit de poétiser l’économie pour moi c’est pas pareil.
- J.-D. U. : Je réagirai volontiers au propos de Toni. Effectivement, c’est la curiosité qui est au centre de tout. Son objet est choisi : sur la plage, ce peut être les siens, ses proches, les mêmes ; la curiosité peut se tourner vers l’autre, l’étranger, l’inconnu, l’exotique, appelons ça comme on veut… Le seul problème c’est que, lorsqu’on est un explorateur, on est un curieux et que bizarrement, lorsqu’on est un touriste, on devient un indiscret et ça, c’est lié à cet effet de masse. Dès que la curiosité devient démocratique, elle devient une sorte d’indiscrétion et elle est vécue comme une transgression, une barbarie, une invasion alors qu’en fait c’est simplement un processus démocratique… On a peut-être encore du mal à le gérer mais au fond le touriste, c’est aussi l’avenir de l’homme vivant en paix à travers l’échange, à travers ses arts, ses valeurs, ses pratiques, ses cultures. Il faut savoir transformer cette indiscrétion en saine curiosité collective sans que, pour autant, elle ne soit confondue avec une sorte d’épidémie voyeuriste comme on a trop tendance à le dire du tourisme. Vous avez cette lucidité de dire « quand même le tourisme est un vecteur d’échange ». Et au fond, on parlait tout à l’heure d’acculturation c’est peut-être la plus pacifique des acculturations ; il vaut mieux une acculturation par le tourisme que par la guerre, la maladie ou par les migrations économiques liées à la misère et au chômage. Le tourisme, c’est la plus pacifique des émigrations et des contacts, et un « choc des cultures » qui se fait relativement bien, en dépit de quelques accidents collatéraux inévitables…

F.A. : …Toni ?
- T. C. : Dans la nomenclature des genres touristiques vous avez cité la guerre ; c’est évident que le tourisme guerrier a été le plus pratiqué dans l’histoire. On ne peut pas dire que ce soit la moindre des agressions et que l’on ne doive pas se féliciter qu’il ait pris la forme d’aujourd’hui. Donc relativisons. Et en plus… on a toujours vu que le guerrier pouvait devenir amoureux...
(à partir de là, je ressens de la part des deux interlocuteurs, un évitement de conflit)
- J.-D. U. : …oui, et chercher son repos, faire souche et participer de la culture locale…
- T. C. : …exactement, voyons-le comme un phénomène de notre temps et de notre espace, comme l’espace des pays riches et, dans l’espace des pays riches, des gens les plus riches – en tous cas pas les moins pauvres – en tous cas, cela pose la question, pour nous qui sommes récepteurs (…) nous sommes placés devant un choix, une alternative : est-ce qu’il ne vaut pas mieux – puisque c’est une activité économique – ne recevoir que des gens riches et gagner le meilleur revenu possible ou faut-il se consacrer à une sorte de fonction sociale, c’est­à-dire le tourisme pour les pauvres, les malheureux qui ne peuvent pas partir en vacances. On fait ce qu’on peut pour les accueillir, pour qu’ils aient quand même un petit moment d’oubli dans leur vie de galérien… Cela mérite réflexion ! Sous l’angle économique la réponse est simple, sous l’angle de l’humanité, c’est un peu plus compliqué.
(les positions continuent à s’opposer)
- J.-D. U. : Oui, je suis d’accord avec vous. On peut voir strictement le tourisme sous l’angle économique ce qui est la pire des choses, parce qu’à ce moment-là, on amalgame un homme à une industrie – ne pas confondre tourisme et touriste. C’est sûr que d’un point de vue économique, il vaut mieux avoir peu de touristes très riches que beaucoup de touristes très pauvres sauf que le tourisme est aussi un vecteur de paix sociale, c’est un vecteur d’intégration... Les vrais exclus de la société aujourd’hui sont ceux qui ne partent pas en vacances, le fait de les faire partir en vacances contribue à leur intégration. Le problème des banlieues dans les grandes villes c’est quoi ? C’est parce qu’un jeune sur deux, en milieu HLM, ne part pas en vacances. Qu’est ce qui font ces jeunes ? Ils se mettent en bande et ça génère la délinquance qu’on sait dans les banlieues. De ce fait, développer un tourisme social, c’est développer quelque chose qui va dans le sens de la paix sociale, de l’intégration. Je crois que c’est une autre dimension, et beaucoup plus noble du tourisme, une fonction qu’il reste à développer et à remplir, dans ce type de mobilité.
- T. C. : …mais social, ça ne peut-être que pour les deux ! Cela ne peut pas être social pour l’un et pas pour l’autre…
- J.-D. U. : …bien-sûr, absolument.
- T. C. : …une forme de tourisme social qui appauvrirait le récepteur pour reprendre les termes techniques ne le serait plus.
- J.-D. U. : mais bien-sûr, absolument…

F.A. : Pour les « besoins » du sujet, dans les conditions de travail qui sont les nôtres, j’estime, à un moment donné, que « j’ai ce qu’il faut ». Eux d’ailleurs savent aussi très bien, le temps de la télé. Ces données, mais aussi quelques problèmes techniques avec la caméra, contraignent mes questions comme leurs paroles. Mais j’ai aussi la sensation qu’ils évitent le conflit, la contradiction. Peu­t-être à cause de ces contraintes. Peut-être pour autre chose. J’ai aussi cette sensation peut-être simplement parce que je l’aurai « souhaitée ». Toni Casalonga parle de système balnéaire, quand Jean-Didier Urbain parle des touristes. Toni parle de « rencontre économique ». Jean-Didier Urbain d’échange culturel. Et chacun de répondre à l’autre : mais bien-sûr, absolument…

Florence Antomarchi – août 2006 / juin 2007

 

Parce que la réflexion sur l’« Être-au-monde », en soi et pour soi en quelque sorte, de la Corse passe, du fait du médium touristique, par une interrogation fondamentale sur « l’Etre-à-l’Autre et pour-l’Autre », la Corse apparaît comme un lieu privilégié pour identifier les notions interprétatives qui contribuent à la compréhension des phénomènes de mobilité touristique, leur organisation, leurs enjeux et implications économiques, sociaux, politiques, idéologiques, représentationnels, fantasmatiques - existentiels.

Les institutions de la décentralisation, la formation, à l’Université de Corse, de professionnels susceptibles de promouvoir un tourisme de nature et de culture, l’exaltation de l’identité à travers, par exemple, le succès de la polyphonie, la prolifération de la création culturelle, l’attribution d’AOC à des « produits identitaires » (vin, miel, huile d’olive, fromage, châtaigne) constituent autant d’exemples de mutation par ouverture d’une société traditionnelle ignorante de l’autre à une société contemporaine ouverte au monde.

« Comment dire ce que nous sommes sans verser dans l'impudeur - au mieux - ou dans l'auto-folklorisation - au pire ? Comment sortir de ce dilemme de l'expression propre sans verser dans la tautologie imposée par le regard de l'autre ? Toute la difficulté est là » s’interrogeait la revue Méditerranéennes (2001) en soulignant combien la Corse est prise au jeu de ses images et que son être véritable est souvent loin de celles-ci, et suggérant d’appréhender la Corse « comme une constellation de miroirs, la Corse par ses voix multiples, diffractées, dans l'espoir que de l'apparente cacophonie finisse par surgir le chant profond. Polyphonique et profond ».

 

Bibliographie

ALBERTI, Jean-Luc, 2004, "Poids et structure du tourisme au XXème siècle", dans Georges Ravis Giordani (dir.), Atlas ethno historique de la Corse, Paris, Cths, 75-76.

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URBAIN, Jean Didier, 1991, L’Idiot du voyage, Paris, Plon.



Biographie des auteurs

Florence Antonmarchi
Economiste de formation, journaliste de presse à Paris où elle a collaboré à de nombreux journaux, Florence Antonmarchi vit en corse depuis 1991 où elle a fait partie des rédactions de Kyrn, Agora et A Messagera, avant de devenir journaliste TV à FR3 Corse. Elle a collaboré à de nombreux ouvrages, dont La Parabole corse (Albiana, 1995) avec Ange Casta et Ecunumia identitaria/Economie identitaire (Albiana, 1997) avec Dominique Taddéi.

Toni Casalonga
Acteur incontournable de la vie culturelle, artistique et intellectuelle au sens large de la Corse contemporaine. Impliqué dans le riacquistu culturel des années 1970/1980, en particulier dans l’association La Corsicada, élu politique, il est peintre, sculpteur, graveur, illustrateur, scénographe d’exposition et expose à travers l’Europe et au Canada. Il assure depuis 2000 la direction artistique de la Casa Musicale de Pigna, village corse voué à une activité culturelle intense et remarquable.

Charlie Galibert
Anthropologue et philosophe, chercheur associé au laboratoire CIRCLES de l’Université de Nice-Sophia Antipolis. Il a publié de nombreux ouvrages sur la Corse et l’anthropologie (2003, La corse, une île et le monde, Paris PUF ; 2004, Guide non touristique d’un village corse, Ajaccio, Albiana ; 2008, Sarrola 14/18, un village corse pendant la première guerre mondiale, Ajaccio, Albiana ; 2007, L’anthropologie à l’épreuve de la mondialisation, Paris, L’Harmattan) et coordonné le numéro de la revue « Ethnologie française » consacré à la Corse (« Corse tous terrains, juillet, 2008). Il est par ailleurs co-directeur de la collection « Raison mondialisante » à l’Harmattan.

Franck Michel
Anthropologue, enseignant en tourisme et sciences humaines à l’Université de Corse, Franck Michel s’intéresse notamment à l’Asie du Sud-Est où il réside une partie de l’année. Directeur de Déroutes & Détours et responsable de la revue L’Autre Voie (en ligne, cf. www.deroutes.com), ses derniers ouvrages sont: Routes. Eloge de l’autonomadie. Une anthropologie du voyage, du nomadisme et de l’autonomie (Presses de l’Univ. Laval, Québec, 2009), Voyage au bout du sexe. Trafics et tourismes sexuels en Asie et ailleurs (Presses de l’Univ. Laval, Québec, 2006) et Désirs d’Ailleurs. Essai d’anthropologie des voyages (Presses de l’Univ. Laval, Québec, 2004), Il a également co-dirigé, avec Jean-Marie Furt, les deux volumes collectifs parus chez L'Harmattan: Tourismes & Identités (2006) et L'identité au coeur du voyage (2007).

Jean-Didier Urbain
Docteur en anthropologie sociale et culturelle, est professeur en sciences du langage appliquées aux sciences sociales à l'Université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines. Il est par ailleurs directeur scientifique du groupe prospective "Temps libres et dynamiques spatiales" de la Datar. Spécialiste du tourisme, il est l’auteur, notamment, de Secrets de voyages : Menteurs, imposteurs et autres voyageurs impossibles, Payot, 2003 ; L'idiot du voyage. Histoires de touristes, Payot, 2002 ; Sur la plage. Mœurs et coutumes balnéaires (XIXè et Xxè siècles), Payot, 2002 ; Les vacances, Ed. Le cavalier bleu, 2002, ainsi que de nombreux articles dans la revue « espaces.com » : (http://www.revue-espaces.com/2003/espaces_personnes-523,Urbain.html).