Retour à l'accueil

 

Une crémation royale à Ubud, Bali

Rituels funéraires hindouistes et rites de tourisme mortuaire

 

par Franck Michel


L'article en format PDF

 

Le 15 juillet 2008 a eu lieu à Ubud, au coeur culturel et artistique de l'île hindouiste indonésienne, la plus importante crémation depuis ces trois dernières décennies...
La fête fut à la hauteur des attentes de la famille royale du palais d'Ubud et a rassemblé des milliers de Balinais mais aussi de touristes internationaux.

 

 

 

Un événement culturel et religieux majeur

En plein milieu de l'été, c'est-à-dire à la fin des congés solaires des écoliers balinais et au moment phare des congés payés des touristes européens, les rues d'Ubud sont bondées de visiteurs et de locaux affairés. La date de ces funérailles royales n'a pas été prise au hasard ou alors ce dernier fait bien les choses! En fait, tout a commencé le 28 mars 2008, lorsque Tjokorda Gde Agung Suyasa, chef du palais et descendant du dernier roi d'Ubud, pousse son dernier soupir suite à une longue maladie. Un autre membre de la famille royale et neveu du chef du palais d'Ubud, Tjokorda Gede Raka, est mort une semaine auparavant, le 21 mars 2008, et la date de sa crémation était initialement prévue le 10 avril 2008, mais c'était sans compter la disparition soudaine du chef du palais - au prestige plus imposant - qui est venue modifier tous les plans de la famille royale. Il a donc fallu reporter les deux cérémonies pour n'en faire plus qu'une, plus importante, bien plus coûteuse aussi. Les préparatifs étant longs et mobilisant des centaines de personnes, la date - décidée non seulement par la famille mais surtout par un grand prêtre (pedanda) qui consulte à cet effet le complexe calendrier balinais - ne pouvait être fixée avant l'été: ce sera le 15 juillet 2008. Cette date avait déjà été retenue par les autorités municipales pour organiser une importante crémation de masse, et celle également d'une autre défunte de la famille royale, Desak Raka (la première épouse de Tjokorda Gede Raka, décédée en décembre 2007, et dont une première mais modeste crémation a déjà eu lieu). A sa mort, à plus de 90 ans, Desak Raka a souhaité une importante fête de crémation au centre-ouest d'Ubud... Ainsi, le 15 juillet 2008, l'effigie de Desak Raka défilera-t-elle en tête de l'importante procession des 68 âmes concernées par la crémation de masse (ngaben massal).
A partir du moment où les préparatifs de cette grande cérémonie prennent place à Ubud, la ville - véritable capitale artistique et touristique de Bali, entourée de rizières et d'une nature restée luxuriante - est considérée comme "impure" (sebel) et aucune autre cérémonie importante ne peut avoir lieu à Ubud avant (au plus tôt) trois jours après la crémation royale, soit avant le 18 juillet. Aussi, de fin mars à mi juillet, des centaines de membres de la famille mais aussi des amis et des visiteurs - des VIP aux touristes de passage - viennent au chevet du raja défunt, "installé" dans l'aile occidentale du palais (puri). Pendant ces trois mois et demi de préparations intenses, Tjokorda Gde Agung Suyasa reste en quelque sorte "éveillé" et les divers invités lui tiennent compagnie nuit et jour, 24h sur 24h, afin d'entretenir la flamme de la vie et du lien à la fois social, politique et spirituel qui relie la vie à la mort, mais aussi le pouvoir et les hommes. Le corps du souverain défunt mais pas encore défait - injecté de formol - semble régner dans son lit du palais, et chaque jour la vie continue son long cours tranquille: on apporte comme d'accoutumée des fleurs fraîches au raja et bien sûr l'édition matinale du Bali Post, afin que le roi soit toujours informé des nouvelles du jour... Même le président de la République indonésienne a tenu a envoyer une lettre de condoléances. Encore plus que de son vivant, le chef du palais est en passe de devenir une star postmortem au moment même où il s'apprête à rejoindre un paradis bien balinais...
La population locale va s'investir pendant plusieurs mois dans les travaux de construction, de décoration et d'aménagement en vue d'organiser au mieux cette gigantesque crémation, la plus importante depuis trois décennies. Les semaines et les jours qui précédent le 15 juillet, les badauds peuvent admirer les artisans à l'oeuvre, notamment pour la confection des superbes décorations et des offrandes, et les constructions des deux splendides buffles (lembu) qui vont contenir les corps des deux princes d'Ubud. On peut encore assister à la confection de l'effigie de Desak Raka et bien sûr - moment parmi les plus impressionnants - à la construction des tours de crémation (bade). Ces hautes tours dépassant les 25 mètres, aux allures forcément bancales!, seront utilisées pour transporter les corps des défunts lors de la principale procession, partant du palais jusqu'au lieu de crémation, et d'une longueur d'un peu plus d'un kilomètre. Pour préparer ce chemin, il a même fallu ôter les piliers et les câbles de haute tension, et autres rafistolages électriques qui colonisent habituellement les hauteurs urbaines du centre d'Ubud. Autre événement antérieur intéressant: le parcours aller-retour Ubud-Peliatan, le 13 juillet, du grand dragon (naga banda) qui accompagnera aussi la procession du 15 juillet. Enfin, les semaines précédant le grand rituel du 15 juillet ont vu se dérouler une quantité de spectacles au palais royal ou à proximité de ce dernier: danse, musique, théâtre, etc. A cette occasion, les touristes pouvaient observer des danses traditionnelles ou du théâtre d'ombre qui n'étaient pas prioritairement destinés aux visiteurs argentés...
Les visiteurs seront également invités à participer aux deux processions qui partiront en même temps le 15 juillet. La procession de la crémation de masse, avec l'effigie de Desak Raka et ensuite des autels représentant les 68 âmes défuntes, démarrera du centre pour se diriger vers l'ouest de la ville, pour un kilomètre environ. L'autre procession, la plus importante sur le plan hiérarchique, ira du centre et donc du palais vers l'est, avec les deux immenses tours, les deux buffles et le dragon... sans oublier les milliers de personnes!

 


Les morts et les vivants célébrés

Au matin du 15 juillet, la foule commence à arriver et à déborder sur tous les trottoirs, gargottes, boutiques et terrasses de Jalan Raya - la rue principale qui passe devant le palais royal - à Ubud. Les Balinais en habits de cérémonie côtoient les touristes internationaux et autres invités de marque, tous conviés à respecter les coutumes locales en portant au moins un sarong autour de la taille, si possible attaché au niveau de la ceinture par une écharpe locale appelée selendang. Les Balinais acceptent facilement l'intrusion touristique - parfois si gênante mais tellement rentable! - mais tiennent au respect de leurs rites et traditions. Tourisme et tradition sont ici en perpétuelle négociation, une gestion rigoureuse et une gestation sans fin qui sont sans aucun doute l'une des causes du dynamisme culturel à Bali. Adopter et s'adapter pour changer plutôt que disparaître. Ce 15 juillet, la ville d'Ubud bouillonne. Vers 11h, la foule devient ingérable, et c'est avec seulement une heure de retard sur le planning que vers 13h débute les deux processions. Des danseurs-guerriers de l'ancien sultanat de Solo puis des guerriers armés de lances balinais, tous aux costumes admirables, marquent la cadence à suivre; derrière eux, les deux superbes "sculptures" de buffles plus grands que nature - montés par un proche descendant du défunt - progressent en musique. C'est au son du gamelan que les défilés et les participants entament leur marche qui n'a rien de funèbre. La joie est manifeste, à la hauteur de l'événement et des tours qui s'élancent dans le ciel. La principale procession, celle des deux princes, s'avance à très petits pas, et des centaines de Balinais sont occupés à porter les énormes bambous qui supportent les deux tours au milieu desquelles reposent - quelque part entre ciel et terre, entre le domaine des dieux et celui des humains - les corps des deux vedettes du jour. Tjokorda Gde Agung Suyasa est logé dans la tour la plus haute, riche de ses neufs toits, mesurant pas moins de 28 mètres de haut et pesant 11 tonnes! Son neveu le suit de près, 50 mètres derrière lui...
Dans une chaleur étouffante, tant humaine que climatique, près de 400 hommes vêtus de violet - qui se relaient tous les 150 mètres, au total plus de 8000 hommes ont été mobilisés pour porter toutes ces structures et constructions éphémères - soulèvent cette tour décorée de démons et des nombreuses figures de la mythologie hindoue. Il la déplacent lentement, doucement, tandis que les invités et les touristes partout autour tentent d'échapper à l'écrasement général... Certains tombent, fauchés par les socles des tours ou par les mouvements de foule. Au cours de l'avancée, des membres de la famille qui marchent dans le sillage des tours, jettent tantôt de l'eau sacrée sur les têtes du "public", tantôt des verres d'eau minérale sous vide et commercialisés par Danone afin d'apaiser la soif des personnes qui bordent, plus ou moins écrabouillées, la rue principale. Les tours, tout comme les buffles ou le dragon - symbole royal très rarement exhibé en public - également portés en procession, ne tomberont heureusement pas. Cela dit, les porteurs tiennent aussi à ce que l'édifice bouge car il importe de prévenir les mauvais esprits et d'assurer que l'esprit évidemment pur du défunt ne revienne pas errer ou plutôt hanter les lieux sous une forme moins réjouissante... Les fantômes font ici partie du quotidien, de la nuit surtout. Il reste qu'à l'issue de la procession, un restaurant a été dévasté sur le passage de la plus grande tour et des personnes furent également blessées, heureusement sans trop de gravité dans l'ensemble. Plus de peur que de mal en définitive. Un journaliste australien s'est tout de même retrouvé à l'hôpital et, plus amusant, un client d'une agence de voyage s'est égaré dans la foule et donc éloigné de son groupe... qui devait remonter dans l'avion pour l'Europe trois heures plus tard! Mais pour ce client qui par la force des choses rend hommage à la nécessaire désorganisation des voyages, un avion raté c'est peut-être dix cérémonies de gagnées! Une fête réussie est d'abord une cérémonie dont on se souvient longtemps après... Certains touristes - et bien sûr les membres de la famille royale - vont s'en souvenir pour une éternité... Précisons que les habitants d'Ubud n'ont que rarement sinon jamais vu autant de monde se presser en même temps dans leur petite ville! Arrivés sur le lieu de crémation, les défunts vénérés et les vivants épuisés communient une nouvelle fois dans l'épreuve du feu: au crépuscule, les deux corps royaux sont installés dans les corps en bois et en carton pâte des buffles si bien façonnés et, pendant que danses et festivités se poursuivent, les grands prêtres officient et commencent à allumer le bûcher.
A propos du principal héros posthume du jour, notons que Tjokorda Gde Agung Suyasa est mort à 67 ans, il laisse derrière lui deux femmes, une belle-mère et plus d'une vingtaines d'enfants et de petits enfants. Il fut le fils aîné du dixième enfant du dernier souverain d'Ubud, Tjokorda Gde Sukawati, qui régna de 1880 à 1917. Durant trois décennies, il a été responsable traditionnel (bendesa), des coutumes et de la vie spirituelle, à Ubud. Son aura et sa générosité furent reconnus par les locaux et, au-delà d'un rôle politique constant, il a joué un rôle essentiel dans la renaissance de l'hindouisme balinais dans l'ensemble de l'archipel indonésien (surtout à Java, Kalimantan et dans les petites îles de la Sonde).
La crémation terminée et la fête consumée, les cendres royales seront emportées sur la plage de Sanur puis dispersées dans la mer, à l'occasion d'une autre importante cérémonie. Puis, douze jours après la crémation, du 27 au 30 juillet, d'autres rituels auront lieu afin de célébrer le voyage des âmes des morts. Cette vaste cérémonie de purification (maligia punggal) concernent 13 âmes de la famille royale et 70 âmes des quatre communes (banjar) d'Ubud. Cette intense période de fêtes sera également ponctuée de rites de passage et d'initiation très importants aux yeux de la population balinaise: notamment le limage des dents (metatah) et la coupe des cheveux (mepetik), pour les jeunes et les adolescents. Enfin, le cycle s'achève avec une cérémonie particulière qui aura lieu le 14 août 2008, soit 30 jours après la crémation: un pèlerinage à Goa Lawah ("la grotte des chauves-souris") et la montée au temple-mère des Balinais hindouistes, Besakih, au pied du Mont Agung. Sur ce lieu sacré aura lieu le rituel de finalisation de la purification des âmes afin que les ancêtres divinisés puissent tranquillement revenir occuper les temples-autels familiaux (merajan) du palais royal d'Ubud. Il y a un siècle - le dernier puputan royal (ou suicide collectif) devant l'avancée des colonisateurs hollandais a eu lieu en 1908 - le rituel de crémation était parfois très cruel pour les épouses de souverains: comme en Inde, où le système des castes a toujours été plus figé qu'à Bali, les monarques balinais de l'époque précoloniale étaient parfois brûlés avec leurs femmes (et leurs esclaves) qui se jettaient vives sur le bûcher par amour du roi-époux défunt... Une pratique qui depuis belle lurette a heureusement disparu sur les terres balinaises!


 

 

 

De la crémation à Bali: des rites et des hommes

Pour comprendre les rituels de crémation, il faut revenir un instant à l'histoire et à la culture des Balinais. La réincarnation est ici une croyance partagée et, souvent, les Balinais pensent que les morts vont se réincarner dans leur propres familles. Ces "revenants" inquiètent et fascinent, et le rôle des médium (balian) est fondamental pour appréhender le présent à partir du passé: lors d'une naissance, par exemple, les parents consultent le balian pour savoir quel ancêtre a bien pu se réincarner dans leur progéniture. Les morts sont appelés à revenir, autant bien préparer leur venue: cela commence par respecter au mieux le rite de crémation, et aussi ne pas lésiner sur les dépenses! Toute crémation est en fait une dette des vivants envers le défunt. C'est aussi ce qui permet le lien entre la vie et la mort, entre ceux d'avant et ceux d'après. Un jour, les esprits maltraités se vengent et viennent alors hanter les nuits de certaines familles, l'ordre et l'harmonie ne reviendront sur terre et dans la maison que lorsque réparation sera faite...
Si la mort n'est pas occultée comme en Occident, lorsqu'elle survient, les Balinais tentent de supporter les épreuves avec dignité et de contrôler leur douleur: trop de peine visible hypothèquerait la qualité du voyage de l'âme du défunt vers l'autre monde. Cela dit, lors du lavement rituel du corps ou des activités artistiques, des danses, etc., la douleur est théâtralisée, comme mise en scène. Généralement gérée à l'aide de plaisanteries bien crues sinon cruelles, la moquerie, par exemple l'évocation légendaire de la vie sexuelle du mort - homme ou femme -, permet d'exorciser les démons et aussi de rire tous ensemble tout en évoquant très respectueusement le souvenir de l'être disparu. Les enfants participent toujours à ces cérémonies et à ces discussions collectives, ce qui les familiarisent très tôt avec la mort.
Contrairement à l'héritage judéo-chrétien, la mort à Bali est une affaire publique dont les rites associés concernent l'ensemble de la communauté. Le moment des funérailles est aussi l'occasion pour les habitants de régler des comptes, de raviver des tensions ou de tisser de nouveaux liens. Dans l'hindouisme balinais, la crémation est perçue comme une étape - de la même manière qu'en Asie la mort est un passage et non pas une fin - au sein d'un processus rituel dont le but est de libérer l'âme (atman) de ses attaches terrestres. La crémation rend l'enveloppe charnelle qu'est le corps aux cinq éléments vitaux pour les Balinais (terre, feu, eau, vent, espace). Ici, les ancêtres déifiés veillent sur les vivants. L'objectif d'une âme disparue est de rejoindre au plus vite sa place chez les ancêtres afin de pouvoir aussi se réincarner dans le corps d'un nouveau-né. Lorsqu'un Balinais décède, l'annonce se fait encore traditionnellement au son du tambour en bois (kulkul), et les membres de la communauté (banjar) commencent à préparer les offrandes et à organiser la cérémonie. Le travail est collectif. Vivant ou mort, un corps n'est jamais laissé seul ou livré à lui-même. C'est pour cela notamment qu'un Balinais se promenant dans les rues de Paris ou de New York a beaucoup de mal à comprendre l'isolement et le désespoir des personnes survivantes dormant sur des cartons à l'ombre des buildings... A Bali, un mort non plus ne reste pas seul, il est veillé, on défile, on discute, on parie et on joue aux cartes à son chevet, en mâchant du bétel (femmes) ou en fumant des kretek (hommes), et en sirotant du brem ou de l'arak...
La crémation est un moment de vérité dans la vie balinaise. Le passage à la mort permet aux survivants de renouer des liens et de renaître socialement, le pouvoir est aussi vénéré ou attaqué, c'est en fait l'heure de vérité et des comptes, de la remise à zéro aussi. Quelquefois, les réglements de compte virent à la violence politique ou à la vengeance clanique. Autrefois, certaines cérémonies dégénéraient, par exemple lorsque les porteurs du corps le faisaient tournoyer jusqu'à ce que le défunt tombe à terre, ce qui illustrait la haine que les villageois vouaient à l'encontre d'une personne corrompue ou en tout cas très peu appréciée... Dans des cas extrêmes, on pouvait alors aller jusqu'à malmener le corps du mort (ngarap), des comportements qui ne correspondent pas du tout aux clichés touristiques sur le calme légendaire des Balinais... D'ailleurs, il y a une vingtaine d'années, le gouvernement a interdit définitivement cette pratique violente, dite ngarap, cela pourrait faire fuir les touristes de plus en plus fascinés par les rites religieux à Bali! Mais, hier comme aujourd'hui, la remise à plat lors de la crémation permet d'abord un retour à l'harmonie, d'apaiser un climat de défiance ou de faciliter un contentieux entre voisins. Aux yeux d'un Balinais, il n'existe pire destin que le déclassement social: la prison ou la mort ne sont rien comparés à la mise au ban par sa propre société, ce qui se concrétise par le refus d'être brûlé sur ses terres. Dans l'île, on se souvient de 1997, année où les habitants de Kesiman ont réussi à empêché le gouverneur balinais de l'époque (Ida Bagus Oka) de réaliser un mégaprojet touristique sur la plage du village: le gouverneur n'a pas eu peur d'un procès mais plutôt qu'à sa mort on lui refuse une véritable fête de crémation, ce qui serait la pire humiliation pour l'ensemble de sa famille!
Le tourisme a sa part de responsabilité dans l'évolution des cérémonies, qu'elles soient de crémation ou autres. Jadis, une crémation durait en moyenne 5 ou 6 heures, de nos jours, la cérémonie est expédiée en 1 ou 2 heures: c'est là aussi le fruit de la modernité et le fait que chacun doit vaquer à ses occupations et... à ses affaires. On gagne en efficacité ce qu'on perd peut-être en convivialité. Les touristes également s'y retrouvent mieux: dans un circuit organisé, on n'a pas de temps à perdre, une crémation d'une heure est plus "gérable" qu'une cérémonie de 8h où l'attente dure et dure... Les touristes sont de plus en plus pressés de parcourir le monde. Aujourd'hui, le bûcher brûle plus vite et on peut désormais économiser le précieux bois de chauffe en utilisant - rituellement tout de même, puisque le prêtre hindou doit allumer le feu - le chalumeau au propane! D'autre part, il faut mentionner une forte inflation rituelle qui survient à la faveur de l'essor des flux touristiques et de l'engouement des visiteurs pour les fêtes "traditionnelles". Des cérémonies luxueuses apparaissent au sein même des classes moyennes, et encore davantage chez les "nouveaux riches". Certains vendent des terres et des rizières pour financer des crémations... Les coûts s'envolent et les familles s'endettent, le tout renvoyant à une spirale infernale. Si une petite cérémonie funéraire s'élève à environ 2000 euros, une véritable fortune pour les familles démunies (les plus pauvres organisent des crémations collectives très simples, ramenant le coût à moins de 300 euros par famille), une importante crémation royale - comme celle présentée ici - peu dépasser le million d'euros! Finalement, pour les vivants et les morts, fêter c'est toujours une affaire de sous, même si le but est de contenter les dieux...

 

Gallerie photos
Préparation, procession, crémation. Entre tradition et modernité, entre ritualisation et touristification...