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Voyages : de l'autre à soi,
d'un soi transformé à une relation renouvelée à l'autre

 

 

par Marc Bulteau

 

 

" On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait ".
Nicolas Bouvier


De " L'Iliade et l'Odyssée " aux " carnets de voyage " publiés par dizaines chaque année en passant par les livres de Jules Verne, nous sommes marqués par toute une littérature du voyage relayée par la télévision à l'occasion de reportages (Nulle part ailleurs, Faut pas rêver, Thalassa…) et même aujourd'hui par une chaîne spécialisée (Voyage). Le voyage attire, fascine. Dans un même temps, la mondialisation modifie le rapport au temps, à l'espace. Les évolutions technologiques (internet…), économiques (libéralisation des échanges commerciaux, de l'espace aérien…), politiques (chute de certains des anciens régimes communistes, conflits régionaux…) provoquent, multiplient les relations entre les personnes, les cultures. " L'interculturel " est partout : " Parmi les nombreuses mutations (politiques, sociales, technologiques, industrielles…) qui ponctuent et structurent l'évolution des sociétés, celle liée à l'émergence du culturel et de "l'interculturel" retient particulièrement notre attention. Cette intrusion, puis reconnaissance du culturel dans les rapports sociaux, politiques et économiques constitue une véritable onde de choc dans les pratiques sociales et les discours politiques " (1). Cette émergence accompagne une inquiétude, un défi pour le présent et l'avenir : celui du " vivre ensemble " (2).
Si les populations se croisent de plus en plus, pouvons-nous dire qu'elles se rencontrent ? Dans cet immense melting-pot, cela semble déjà un exploit lorsque l'on se tolère. La peur de l'autre, alimentée par sa méconnaissance, irrigue le racisme. Mais si vivre avec juste ses semblables rassure, les communautarismes enferment, inquiètent. Les migrations de tout type sont évidemment des pratiques concrètes de l'interculturel. Certaines d'entre elles peuvent être ponctuelles, passagères, sans pour autant qu'elles soient à négliger dans leurs impacts. C'est le cas de voyages à l'étranger, et tout particulièrement ceux réalisés par de jeunes adultes.


Des 18-25 ans de plus en plus nombreux à voyager

Voyager " autrement ", " solidaire ", " responsable " : aujourd'hui, les vocables ne manquent pas. Si dans la plupart des cas, les propositions structurées sont l'objet d'agences spécialisées, plutôt destinées à des publics adultes ayant déjà un certain pouvoir d'achat, les jeunes adultes, très majoritairement diplômés de l'enseignement supérieur, encore étudiants, sont de plus en plus nombreux à voyager à l'étranger, entre autre dans des pays dits " en voie de développement ". L'appel du large, l'envie de rencontre ou/et " d'aider " rejoignent d'autres raisons comme la baisse des coûts de transports aériens et l'ouverture de certaines frontières (tels les anciens pays du bloc de l'Est) mais aussi les multiples formes d'incitations de la part d'acteurs institutionnels et privés. De l'Europe (Erasmus…) à la petite commune, tous les échelons sont concernés. L'Etat est un acteur majeur, comme nous le montrent par exemple le programme Jeunesse et Solidarité International du ministère des affaires étrangères (3) ou encore les fortes incitations faites au sein des établissements de l'enseignement agricole dépendant du ministère de l'agriculture. Des acteurs de la politique de la ville, de l'insertion s'impliquent également, tout comme des associations de solidarité internationale ainsi que les acteurs de la coopération décentralisée. N'oublions pas enfin toutes les écoles et autres formations post-bac qui invitent, voire obligent, leurs étudiant(e)s à " avoir une expérience à l'étranger ", plus indispensable à un CV qui se respecte. Bref, le rite du séjour à l'étranger semble incontournable. Un travail de recherche-action nous a permis d'aller plus loin à la rencontre de ces voyageurs de 18 à 25 ans (4). Attentes et motivations au départ, expression de ce qui a été vécu, questionnements au retour ; nous avons pu ainsi cheminer avec eux durant les quelques mois de leur projet, tant avant qu'après le séjour.


Partir, pourquoi ?

Les attentes exprimées portent surtout sur l'ouverture, l'entrée en relation, la découverte. Expression d'êtres en devenir, en construction, abreuvés d'images multiples d'un monde qui semblent à la fois si proche et si lointain, soif d'ouverture, d'apprendre. Avides de rencontres, de dialogue, comme si ici, c'était peine perdue ou devenu impossible. Prendre l'avion pour se retrouver à l'autre bout de la planète semble pour certains plus aisés que de sonner à la porte du voisin de palier inconnu. Prisonnier de rôles à tenir, jouer, d'un discours ambiant qui trop souvent nous parle de l'Autre ici comme d'un danger, un risque (pour mon emploi, ma santé, ma voiture, ma tranquillité…), aller le voir ailleurs est à la fois plus exotique (envie de soleil, " d'aventure ") mais aussi, paradoxalement, moins risqué.
L'envie d'élargir ses horizons, d'aller à la rencontre d'un inconnu attire et inquiète à la fois. Serais-je capable ? Comment va-t-on me percevoir ? Quel regard les gens vont-ils poser sur moi ? Traduction d'une certaine lucidité face à cet " étrange étranger " qui ne manquera pas de me surprendre, à mes propres limites et méconnaissances, ou manque de confiance en soi ? Les deux sûrement ; il y a encore une quinzaine d'années, ce public de jeunes adultes étudiants semblait plus sûr de lui, rassuré peut-être par un avenir moins incertain qu'actuellement. L'accès à l'emploi, au logement, la possibilité de construire durablement une vie de famille sont aujourd'hui aléatoires, se projeter dans le temps moins aisé. Alors, peut-être que je doute, y compris de moi-même. Ainsi, partir, c'est aussi fuir une routine, surmonter un temps la sensation d'absence de perspectives, sans nécessairement trop d'illusions dans des lendemains qui chantent.
Bien entendu, certains abordent le " pour quoi " partir plutôt que le pourquoi ; aider, faire, construire une école ou animer des cours du soir, image idéalisée de " l'humanitaire ". N'y a-t-il pas là, au-delà évidemment de l'utopie de l'impact positif éventuel d'une action nécessairement de courte durée auprès de populations locales, l'affirmation pour les uns d'un complexe de supériorité, traduction de notre incontournable ethnocentrisme, et pour d'autres l'expression de cette crainte de n'avoir pas sa place " là-bas ", de n'avoir rien à faire qui obligerait alors à être. Mais être quoi quand on se cherche, quand on doute. Au moins, si je creuse un trou ou monte un mur, j'existe à travers l'action. Mais s'il me faut juste m'asseoir, écouter, donner de moi et recevoir de l'autre, la situation est souvent inédite, déstabilisante. Comme si " faire " rassurait et " être " inquiétait.
Mais au-delà de tout cela, intuition parfois clairement exprimée qu'à travers la rencontre de l'autre, un pari que je me fixe (être capable de partir, rencontrer, vivre en temps ailleurs), j'en revienne transformé, me connaissant mieux, plus confiant en moi, enrichie. Le voyage est attendu comme une expérience intérieure, forte, source de changement, de sens à donner à un parcours à venir.


Une " rencontre interculturelle " qui reste souvent un évitement de l'autre dans sa profonde différence, son altérité

Si la rencontre interculturelle est souvent affichée comme objectif de ces projets de voyage de jeunes à l'étranger, nous constatons qu'elle est très relative. Les représentations des populations rencontrées ne sont que peu modifiées. L'Afrique par exemple reste un continent " accueillant, chaleureux, marqué par la pauvreté ". Les représentations sont solidement ancrées, peu bousculées. La volonté d'ouverture et de rencontre affichée par nos voyageurs ne suffit pas pour les remettre en cause. Voire au contraire : " La recherche d'informations visant une meilleure connaissance d'un autre sujet est totalement induite, prédéterminée par la représentation initiale. […] Toutes les questions visent à obtenir des informations qui confirment la représentation déjà existante. Cette représentation engendre donc une certaine "imperméabilité à l'information", qui lui permet de se maintenir, voire de se renforcer indépendamment des nouvelles informations émises dans la situation " (5). En fait, chacun cherche inconsciemment à se confirmer ses représentations. De plus, Jean-Claude Abric précise " que la nature des liens entre pratiques et représentations est directement déterminée par la nature de la situation, et plus précisément par deux caractéristiques : la part d'autonomie de l'acteur dans la situation, c'est-à-dire sa place et les relations qu'il entretient dans le système de pouvoir ou de contraintes auquel il est confronté ; la présence dans la situation d'éléments fortement reliés à des affects ou à la mémoire collective ". Il formule ensuite deux hypothèses : " les représentations déterminent les pratiques sociales dans les situations où la charge affective est forte " et " les représentations jouent également un rôle déterminant sur les pratiques dans les situations où l'acteur dispose d'une autonomie - même relative - par rapport aux contraintes de la situation ou celles résultant des relations de pouvoir " (6). Dans notre cas, nous voyons que la charge affective est forte (envie et joie de la rencontre, renvoi à soi, sensation de bien être sur place, …) et que l'autonomie de nos voyageurs par rapport aux contextes locaux est relativement importante (absence de liens familiaux, hiérarchiques, " projets " matériels de faible ampleur, courte durée des séjours, …). Par ailleurs, l'Autre est perçu en fonction de soi : " Les observations que je fais ou que je crois faire sur l'autre, je les ordonne systématiquement autour de moi, le centre, le lieu géométrique de mon univers rationnel. Le gabarit, le seul modèle dont je dispose pour étalonner l'autre, c'est moi " (7).
Le regard sur l'Autre est fortement marqué par les représentations qui souvent reflètent l'ethnocentrisme (8). Amina Yala, en évoquant le volontariat de longue durée (séjours de deux ans et plus), est peu optimiste sur la teneur de ces rencontres au bout du monde : " Même si le souci authentique d'une connaissance respectueuse d'autrui existe chez certains volontaires, les modalités du séjour, le poids de l'ethnocentrisme et le manque de réflexion débouchent presque inéluctablement sur une pseudo-rencontre " (9). On ne peut donc espérer mieux de voyages de courte durée. Les freins à la rencontre y sont important : courte durée du séjour, absence d'éducation à l'interculturel, des groupes souvent nombreux dont les membres restent entre eux, méconnaissance des langues locales, des relations essentiellement avec des autochtones parlant une langue maîtrisée par le voyageur excluant la plupart du temps les personnes non alphabétisées, logement en groupe, rarement chez l'habitant, programme souvent axé sur le " faire " insuffisamment décliné autour de la rencontre " gratuite " facilitant la simplicité du partage du quotidien, mais aussi permettant l'émergence de débat, de la confrontation, l'expérimentation explicite de l'altérité. Pour un premier séjour, la nouveauté, le choc devant tant de différences, des plus " basiques " (climat, nourriture, langue, …) au plus intimes (santé, valeurs, religion, …) en passant par celles liées aux conditions de vie des populations rencontrées, font que chacun tente de se protéger au sein du groupe, du logement, du " faire ", de la nourriture (ah, un vrai café au petit-déj, un vrai steack à midi !), ou en se réfugiant au cyber café afin de rester en lien avec la tribu originelle.
Mais nous notons néanmoins de leur part l'expression de différences perçues, de diversité entre les personnes rencontrées, voire d'altérité ; une porte s'est entrouverte, l'Autre commence à être reconnu.


Pourtant, une rencontre avec l'autre étranger qui s'opère...

Une rencontre s'opère tout de même, déjà avec l'autre étranger. Des espaces nouveaux peuvent s'ouvrir, prises de conscience de différences (conditions de vie, nourriture, éducation, vie de famille, regard sur le monde, rapport au politique…) mais aussi parfois de l'idée d'altérité (religion, rapport à la mort, au métaphysique…). Bien entendu, cela n'est pas toujours simple : passe encore l'effort à faire pour goûter certains mets pour le moins étranges ou franchement épicés, mais les choses se compliquent si l'on se trouve confronté à la question de l'excision ou témoin d'une cérémonie funéraire qui semble particulièrement macabre. Lorsque les valeurs de chacun sont interpellées, difficile de garder le recul sur soi nécessaire au maintien du dialogue avec l'autre, de tempérer ses émotions afin de laisser à l'autre ce " droit " de ne pas donner le même sens à un acte qui peut nous scandaliser. Chacun redevient alors profondément soi-même en tant que fruit d'une histoire tant collective (par exemple le rapport au respect de l'intégrité physique de chaque individu si cher à notre " culture " française) que personnelle. La part dynamique, en mouvement de l'identité qui se construit continuellement se heurte alors à l'autre part, ancrée, enracinée, qui ne se laisse pas si facilement bouger, déplacer. Parfois conflit avec soi-même, mais le plus souvent réaffirmation d'une identité profonde qui se révèle alors parce que heurtée de plein fouet par l'acte, le comportement, la parole de l'autre dont j'ai tant de mal à imaginer, comprendre la logique, la " raison ". Pour cela, il faudra auparavant calmer " l'incendie " en soi, la colère ou le dégoût qui peut alors m'habiter.
Mais heureusement, la plupart du temps, cette " initiation " à la diversité, la différence, à l'altérité, est beaucoup moins violente. Elle se déroule au gré du quotidien, d'autant plus facilement que la confiance entre les deux interlocuteurs c'est établie. Mais comme le renard et le petit Prince nous le rappellent, la confiance se construit dans le temps… et nous sommes ici dans des séjours courts. La relation qui s'instaure peut-elle alors réellement autoriser l'expression de désaccords, le débat profondément contradictoire ? Ne risque t'on pas d'en rester à du " superficiel ", à éviter " les sujets qui fâchent " ? Pas surprenant encore que certaines représentations aient la vie dure, car elles auront été le plus souvent peu interpellées.


Surtout une rencontre avec soi-même, souvent " autre " ; premier pas vers la reconnaissance de l'altérité ?

C'est une banalité d'affirmer que la rencontre de l'Autre étrange permet la rencontre de soi. " C'est en identifiant l'Autre qu'on identifie soi-même, dans le regard de l'Autre et par rapport à l'Autre " (10). Mais du regard que l'on porte sur soi dépendra celui que l'on portera sur l'Autre : " Celui qui n'est pas capable de voir la multiplicité de son être et sa richesse intérieure ne peut pas avoir accès à la richesse de l'Autre " (11). La conscience que chacun a de soi est donc primordiale dans la qualité de la rencontre : " C'est parce que ces appartenances sont plurielles, dynamiques, conscientes, profondément inscrites dans les fonctionnements humains, qu'il est possible à tout individu et à tout groupe de comprendre qu'il en existe d'autres que les siennes, de les rencontrer, de s'y ouvrir, d'en changer, même si les contacts entre cultures - via des individus et des groupes différents - se révèlent parfois destructeurs, conflictuels, et pas (uniquement) constructifs, complémentaires " (12). Quelle conscience chacun a-t-il réellement de cette pluralité intérieure ? Quelle connaissance chacun a-t-il de lui-même ? Les remarques au retour que ces jeunes adultes font sur la meilleure connaissance d'eux-mêmes, les changements identifiés ou envisagés indiquent au moins que le premier " étranger " qu'ils ont rencontré est vraisemblablement… eux-mêmes. Ils l'affirment de différentes manières. Certains témoignent d'une reconnaissance explicite de leurs propres origines (réappropriation de leurs " racines ", retissage de liens avec leur famille…) ou encore de l'identification de capacités et limites insoupçonnées ; ce qui était présent se dit, se révèle avec plus de vigueur. Mais de nombreux aspects portent sur un nouveau regard, une projection sur l'avenir : redéfinition de priorités, relativisation de certaines dimensions matérielles de l'existence, impacts sur le parcours professionnel, envie d'engagement, de re-départ. On le voit, les attentes initiales d'interrogation du " sens " sont souvent comblées, que ce soit en terme de questionnements ou de convictions. Le " je est un autre " d'Arthur Rimbaud s'illustre ici. Notre voyageur se découvre autrement, à la fois ancré dans son histoire et se projetant de façon nouvelle. Se découvrir autre, c'est concevoir l'altérité en soi, et donc plus facilement envisager l'altérité chez celui que l'on rencontre : " C'est parce que le sujet porte l'altérité en lui-même qu'il peut communiquer avec autrui " (13).
Cette rencontre avec soi-même est avant tout très intérieure, bousculante, sensitive, émotionnelle. Tous disent leur difficulté à verbaliser leur expérience, à exprimer ce qu'ils ont vécu. La question des proches au retour, " et alors, c'était comment? ", laisse le plus souvent muet : par quoi commencer, comment dire l'indicible, comment exprimer ce qui est avant tout du domaine du ressenti. Et devant le silence ou le manque de " cohérence " du discours, l'interlocuteur rapidement se décourage et laisse notre voyageur seul face à des mots qu'ils ne trouvent pas pour traduire ce feu qui l'habite, résultat de rencontres humaines enthousiasmantes, d'une ouverture à une humanité si riche, si diverse, accueillante à l'étranger de passage, si injuste aussi.


Au retour, un autre regard sur " la marche du monde " et une volonté d'engagement

S'il est un domaine dans lequel des prises de conscience s'opèrent avec vigueur, c'est celui des relations Nord-Sud. Tout d'abord à travers le constat des inégalités, des injustices, d'un " Nord " imposant sa vision du monde, son mode de développement. Ensuite à travers l'expression d'opinions au retour sur la France ; chance d'avoir accès à un tel système de santé, bénéfice d'une relative sécurité, d'un certain niveau de confort, d'organisation. Mais ce regard est aussi critique : froideur des relations humaines, manque de convivialité, égoïsmes, repli, co-responsabilité sur les injustices et les inégalités à travers la planète... Les envies d'engagements sont donc nombreuses au retour. Elles portent le plus souvent sur des actions à titre individuel dans le quotidien de la vie privée (mode de consommation, tri des déchets, moyens de transport…), mais aussi des changements d'orientation professionnelle ou une autre façon de se projeter dans la pratique de son métier, éventuellement un engagement bénévole dans une association.
Ainsi, confronté à des situations, des personnes diverses, des contextes complexes (le tout souvent inimaginables avant le départ), ayant pu prendre le temps de la rencontre, de " la palabre ", s'étant, au moins partiellement, ouvert à d'autres modes de vie, d'autres valeurs, d'autres " vérités " possibles, l'esprit critique, la subjectivité de chacun se sont développés. Ce " nouveau " regard sur soi, sur le monde, peut se transformer en perspectives personnelles nouvelles, tant dans le domaine du privé que du professionnel.


De véritables " expériences sociales "…

Nous constatons que ce qui est en jeu pour chacun de nos voyageurs, c'est bien la construction de l'identité. Elle se pose dans un contexte contemporain " d'individuation ", chacun étant renvoyé à lui-même afin de mener sa barque, même si riche (ou non !) de certains atouts (réseaux, culture, éducation et formation, argent). Et tout cela dans une situation générale (la récente crise financière le démontre une fois de plus) où tout semble incertain. Ce contexte collectif et personnel en constante évolution, mouvant et complexe, dans lequel chacun se trouve à devoir " jouer " plusieurs rôles successivement, parfois dans des espaces et un temps très rapprochés, amène l'individu à rechercher une certaine forme d'autonomie et d'unité. Les actions dans lesquelles il s'engage peuvent participer de cette recherche. " Dans la phase présente de la modernité, les sujets […] s'autonomisent, justement par leur subjectivité (qui leur permet de déployer une distance critique avec les cadres de socialisation) et s'engagent dans ce qu'il sont amenés à vivre comme une "expérience" " (14). Cette notion est décrite par François Dubet de la façon suivante : " Un ensemble social n'étant plus structuré par un principe de cohérence interne, il est formé par la juxtaposition de trois grands types de système : un système d'intégration (une " communauté "), un système de compétition, un système culturel, la définition d'une créativité humaine non totalement réductible à la tradition et l'utilité. Chaque expérience sociale résulte de l'articulation de trois logiques de l'action : l'intégration, la stratégie et la subjectivisation " (15). Chacune est à la fois spécifique et une combinaison à des degrés variables de ces logiques. Cette articulation sera la résultante du " travail " de l'individu : " Dans cette perception de l'expérience sociale, le sujet se constitue dans la mesure où il est tenu de construire une action autonome et une identité propre en raison même de la pluralité des mécanismes qui l'enserrent et des épreuves qu'il affronte. Il est obligé d'opposer l'unité d'un Je à la diversité des logiques de son action " (16). Sans entrer ici dans le détail, nous avons constaté que ces séjours correspondent bien à une expérience sociale. La logique intégratrice se retrouve en particulier dans le plaisir de la relation tissée sur place, dans la ré-identification de l'importance du lien familial, la logique stratégique, portée vers la compétition, dans le fait que chacun des jeunes interrogés faisait un lien explicite avec sa profession à venir (alors que tous partaient dans le cadre de " vacances "), quant à la subjectivation, nous la développerons par la suite.
Ainsi, de tout ce que nous avons pu constater, entendre de la part de jeunes adultes de retour de voyage, nous pensons que l'enjeu majeur de ces démarches est bien la participation (peut-être même " accélérée " du fait de la rencontre " d'autres ") à la construction d'un Je : " c'est le Je qui est en mesure de donner sens et cohérence à une expérience par nature dispersée. Ainsi, le Je, ou si l'on préfère, l'identité sociale profonde, n'a pas de "réalité" ; il n'est que le travail de l'acteur construisant l'expérience sociale comme étant son expérience. […] En fait, le Je apparaît comme l'enjeu de l'expérience, car cette capacité de dire "je" est sans cesse menacée par la détermination des logiques de l'action, celles qui réduiraient l'acteur à n'être que la juxtaposition de ses racines, de ses intérêts et de sa culture " (17).


…favorisant " l'invention de soi " (18)

Le détour par l'autre favorise ce " travail " de l'acteur, cette émergence de soi, cette quête d'identité. Il est évidemment antécédent au départ, recherche d'articulation entre trois logiques qui ne sont pas contradictoires puisque ce travail consiste à tenter de mettre une cohérence entre elles. C'est l'enjeu de nos quotidiens d'homo sapiens occidentaux, tiraillés entre les différents rôles que nous avons à tenir dans un environnement en constante évolution, mouvant et incertain, baigné dans une incitation, une injonction à " réussir sa vie ", à savoir atteindre un soit disant " niveau social ", surtout un certain niveau de consommation jamais suffisant. Puisse à ce sujet les évènements actuels liés à la crise financière permettre de véritables remises en cause. En somme, prisonnier d'une image à laquelle il faudrait se conformer (" il me faut vite changer de voiture et acquérir cet écran plasma dont on me dit qu'ils m'apporteront le bonheur "), angoissé par de pseudo informations catastrophistes sur la marche du monde, chacun court vers l'accumulation sans fin, et sans faim !
Et soudain, à l'occasion d'un voyage, un appétit se révèle : la faim de l'autre. Une faim créatrice, une faim qui en nous révélant une part infime du monde, de sa diversité, de sa richesse, nous révèle aussi à nous même. L'autre, souvent dans sa nudité matérielle, nous ouvre des horizons nouveaux ; ainsi, nous ne serions pas réduit à un code barre ou à errer éternellement vers un non sens. La relation à autrui, étrange être, est source de vie, de sens.
Bien entendu, tout ceci n'est pas sans mouvement, remise en cause. Le voyage provoque des questionnements nouveaux, des déstabilisations : " Le voyage commence là où s'arrêtent nos certitudes. Le voyage, c'est réapprendre à douter, à penser, à contester " (19). La subjectivité se développe, s'exprime souvent par un affectif qui a du mal à se verbaliser, à se dire de manière intelligible pour l'interlocuteur. Nous entendons déjà certains Cassandre prétendre que seule la raison (ou plutôt la rationalité !) doit être favorisée. Il est vrai que " la subjectivation suppose l'instabilité, la désinstitutionalisation, la désorganisation, la crise, la foi, la découverte, l'affirmation d'un idéal : tous ces mots qui défient l'ordre du temps et de l'espace définissent le sujet " (20). Mais seul du mouvement naîtront d'autres modes de rapports entre peuples, entre hommes et femmes de cette planète. Il n'y a plus rien à attendre de la pseudo rationalité de la " main invisible " si chère à certains ! Confronté à des réalités nouvelles, chacun est renvoyé à lui-même, ses valeurs, ses remises en cause, ses colères et ses enthousiasmes. Subjectivité, réflexivité, affectivité, désir de se détacher de rôles sociaux, d'attentes d'autrui, ou de la compétition incessante ; ce travail ne peut se faire sans tensions, voire souffrances (21) : " La distance de soi à soi est, par certains côtés, plus grande aujourd'hui qu'autrefois. Certes, le sujet est saisi pour lui-même et non pas à travers ses expressions objectivées et par conséquent institutionnalisées. Mais cela accroît la tension, voire même la souffrance entre, d'un côté, les rôles sociaux, les déterminations sociales, et de l'autre, le monde du sujet qui est aussi le monde de la liberté " (22). Liberté : le mot est lâché. " Dans le contexte du voyage, c'est le mythe de la liberté qui se révèle le plus influent " (23) ; mythe ressenti, vécu comme une réalité, qui pourrait ouvrir à d'autres possibles, en soi et dans sa relation à autrui, proche ou lointain.


De nouvelles appartenances, porteuses de changement

S'ouvrir, sortir de frontières réelles ou fictives ; un mouvement volontariste qui induit de nouvelles appartenances. Je ne suis plus seulement un étudiant de l'université de Chambéry, mais aussi l'ami de tel jeune du Burkina-Faso, membre d'une association Guatémaltèque, ou hôte le temps d'un séjour d'une famille Khmer. Certains gardent des liens avec des personnes sur place, les invitent en France, restent très attentifs à l'actualité concernant leur pays d'accueil, d'autres vont repartir, rejoindre telle ou telle association. " La possibilité ou l'obligation d'appartenir, simultanément et/ou chronologiquement, à plusieurs groupes et donc de participer à plusieurs subcultures (cultures régionales, sexuelles, générationnelles, professionnelles, religieuses, etc.) est un acquis de la démocratisation des sociétés. C'est aussi une reconnaissance de l'individu comme sujet, comme acteur. L'individu a le choix et le droit d'exister en tant qu'individu singulier, d'échapper ainsi au(x) groupe(s) d'origine (groupe familial, social, idéologique…). La réalité sociale et culturelle est de plus en plus polychrome et diversifiée, de plus en plus labile et dynamique. […] L'identité, loin d'être une catégorie, est surtout une dynamique, une constitution permanente, elle est source d'ajustement, de contradiction, voire de conflits, de manipulations, de dysfonctionnements. […] L'abandon d'une conception monolithique de l'identité au profit d'une identité plurielle contribue à définir l'individu, non pas à partir de ses caractéristiques mais à partir d'un réseau relationnel et des situations. […] L'individu n'est plus seulement le produit de ses appartenances, il en est aussi l'auteur, le producteur, l'acteur " (24).


Le voyage, participation à l'émergence du sujet

De ce travail semble émerger le sujet qui, pour Alain Touraine, " est le sens trouvé dans l'individu et qui permet à cet individu d'être acteur " (25). Le voyage alimente fortement cette quête de sens. Comme si ce qui avait été vécu sur place avait donné une autre idée de vie : " Et l'envol soudain dans un autre univers de significations et de perceptions, certes apparemment éloigné de la "vraie vie", mais où il s'est pourtant senti exister avec intensité (beaucoup plus que dans la "vraie vie"), faisant bloc avec cet étranger autre lui-même vibrant d'émotion. La vraie vie vraiment vivante, le vivant de la vie est-il dans ce qui rapproche le plus de l'ordinaire des habitudes ou dans ce que l'on éprouve avec le plus d'intensité ? " (26). En vivant autrement quelques jours, en côtoyant des gens (dont, même si on a pas nécessairement perçu l'altérité, on a pu au moins déceler la différence, la diversité) " nouveaux ", le voyage ouvre d'autres possibles, jusqu'à des " soi possibles " : " Á la différence des identités virtuelles, les soi possibles ne sont pas le seul fruit de l'imagination. L'expérience personnelle, le contexte social et les réactions d'autrui sont pris en compte. Ils représentent une sorte de sélection des identités virtuelles concrètement réalisables dans une situation donnée. […] Les soi possibles peuvent être considérés comme une des modalités les plus avancées de la subjectivation, accentuant le renversement historique. […] Alors que dans la société holiste, les individus étaient produits et reproduits par la " formule génératrice " du système d'habitus, ils sont, dans la modernité, quotidiennement construits par leur propre histoire ayant spécifiquement intériorisé le social, dans un dialogue continuel entre présent et passé secrètement mémorisé. […] Le plus fort de l'initiative individuelle est en ce que l'individu construit désormais lui-même (souvent de façon non consciente) les cadres qui enfermeront ensuite sa liberté. Les soi possibles sont un des instruments les plus efficaces permettant à l'individu de se dégager de ces déterminations fabriquées par lui-même " (27). Ces " soi possibles ", notre voyageur de retour pourra y avoir recours afin de donner à sa quête de sens des moyens pour la vivre avec des chances de succès, en particulier par des formes d'action, d'engagement.


Des chances pour un mieux vivre ensemble

Dans une période de défiance vis-à-vis de toute forme d'engagement institutionnalisée (religion, syndicat, parti politique…), ces jeunes adultes au retour se posent la question des suites à donner à ces découvertes, prises de conscience. Les réponses apportées se traduisent en action par des formes d'engagements diverses, parfois collectives " institutionnelles ", mais surtout " informelles ", souvent individuelles. Du coup, certains critiquent cette jeunesse, en dénonçant son " individualisme " (qui n'est somme toute qu'une forme d'expression de " l'individuation ", de cette nécessité qu'a aujourd'hui chacun de s'en sortir par ses moyens). Mais l'individualisme (28) est-il nécessairement négatif en terme d'engagement ? Pour François De Singly, il peut être " un humanisme ", sous conditions : reconnaissance de tous et chacun et redistribution. Ainsi, " l'individualisme sous-tend aussi la démocratie représentative, et aussi les droits de l'homme. […] Ainsi conçu, l'individualisme est donc intrinsèquement politique, se situant dans le camp opposé au libéralisme politique et économique puisqu'il doit créer les conditions autorisant tout individu, quelles que soient sa couleur, sa nationalité, son origine, quels que soient son genre, son âge, à avoir le droit d'être un " homme " (au sens des droits de l'homme) " (29). Le sujet, pour émerger, doit à la fois disposer d'espaces de liberté et de reconnaissance, et avoir accès à certaines ressources. Il ne peut exister individuellement que par la reconnaissance de son individualité. Cela n'est possible que si chacune des individualités peut être aussi reconnue. La démocratie est ici interpellée : " Il n'existe de démocratie que quand le citoyen accepte et respecte une loi qui correspond à la volonté de la majorité ; il faut donc que les minorités cherchent leur intégration dans la majorité en même temps que celle-ci reconnaisse les droits des minorités. Ces deux mouvements complémentaires ne sont possibles que si est reconnu, entre l'instrumentalité sociale et l'identité culturelle, l'espace du sujet, qui est celui des droits de l'homme mais aussi à un niveau moins institutionnel, celui de la solidarité et celui de la compassion " (30). Solidarité, reconnaissance et respect de l'Autre, volonté de parvenir à vivre ensemble ; ne seraient-ce pas là déjà certaines caractéristiques des voyages qui nous intéressent ici ? Ainsi, ils peuvent être une véritable chance pour un " mieux vivre ensemble " et pourraient signifier une forme de réappropriation du politique.


Des enjeux à ces voyages rarement perçus par les " institutionnels " : de notre responsabilité " d'accompagnateurs "

Vue de notre petit hexagone, les enjeux de ces voyages de jeunes adultes dans des pays dit en voie de développement pourraient se résumer ainsi : favoriser " l'invention de soi " par la rencontre de l'autre avec pour conséquences l'épanouissement du jeune lui-même et la participation au " mieux vivre ensemble ", au développement de la démocratie et des droits de l'homme. Malheureusement, nous constatons que l'accompagnement qui leur est proposé tant avant le départ que sur place et au retour est relativement faible, pour ne pas dire inexistant dans certains cas. Un voyage, pour être une expérience sociale constructive, doit être accompagné d'un minimum d'éducation à l'interculturel avant… et après ! Non pas évidemment sous la forme d'une pseudo sensibilisation aux réalités des pays " visités " (" La diversité culturelle renvoie à la reconnaissance et à l'expérience de l'altérité et non pas à la culture, ou plus exactement aux connaissances culturelles " (31)), mais par un apprentissage de la décentration, de la reconnaissance de l'autre dans son altérité, de la " négociation " avec l'Autre, aux valeurs parfois si différentes des miennes, pour parvenir à un " vivre ensemble " possible, durable au-delà des quelques journées passées sur place.
Cela passera entre autre par un travail sur les représentations, mais aussi sur les réalités des relations " Nord-Sud ", avec le souci de veiller à ne pas basculer de la critique constructive à la culpabilité paralysante. Et surtout, il convient d'apprendre à accepter de ne pas tout comprendre, de ne pas tout maîtriser. L'autre, dans son altérité reste parfois (souvent !)... Autre !
Mais l'éducation à l'interculturel ne suffira pas. Nous l'avons vu, au retour, la difficulté première est la verbalisation, l'expression de ce qui a été vécu. Sans celle-ci, pas de dialogue avec ceux que nous côtoyons au quotidien, pas d'échange, peu de chance que le voyage puisse donner tout son impact potentiel en terme de changement social du fait des prises de conscience, des révoltes et enthousiasmes de notre voyageurs. Proposer des lieux, des moments de verbalisation est primordial à trois titres : identifier les représentations au retour, faciliter la construction de sens et favoriser les changements de comportement. Claude Dubar précise l'importance de (se) narrer son histoire : " la dimension biographique est devenue une composante essentielle de l'identité personnelle. Raconter sa vie, c'est trouver une intrigue susceptible de guider la sélection des épisodes et leur enchaînement, des personnages et de leur influence. C'est construire une intrigue articulant ces deux niveaux et permettant de " donner un sens " à sa vie, à la fois une direction et une signification compréhensible par autrui " (32). Parler de son expérience, c'est lui donner sens qui comme nous l'avons vu est moteur de l'action. Il nous faut ensuite favoriser des formes vivantes de témoignages, évènements qui transforment l'auditeur ou le visiteur en acteur d'un parcours vers la rencontre d'autrui, vers un autre rapport entre les populations. En Savoie, un réseau d'acteurs locaux (33) propose depuis cinq ans " La nuit en revenant du monde " qui permet une rencontre entre une quarantaine de jeunes adultes de retour de voyages et environ cinq cents visiteurs. Par le biais d'un véritable accompagnement à la relecture, ces jeunes parviennent à une expression de leur expérience sous des formes variées, interpellant d'abord les sens, puis les consciences des visiteurs par un dialogue personnalisé, loin des traditionnels montages " power-point " ; de passif et consommateur, le visiteur devient acteur d'une invitation à une autre relation à l'Autre.
" Les voyages forment la jeunesse " ; au-delà de la banalité de cette affirmation, qu'est-ce qui se cache aujourd'hui derrière ? " Le déplacement, le voyage, le contact avec d'autres cultures ne devraient-ils pas, avant tout, permettre d'être à l'écoute des potentialités que chacun a en soi et qu'il n'a pas, jusqu'à présent, pu actualiser dans sa vie quotidienne et qui correspondent à sa sensibilité, à sa personnalité profonde au-delà de la socialisation qu'il a subie ? " (34). Par le détour de la rencontre de la différence, de l'altérité, ne seraient-ils pas une formidable chance pour l'émergence, l'affirmation d'une singularité (" l'invention de soi "), et par delà, d'un " mieux vivre ensemble ", de nouvelles solidarités. En vivant des rencontres chargées d'émotion, en appréhendant que partout sur la planète les jeunes adultes se posent la question de leur devenir, en envisageant autrement les relations Nord-Sud, nos voyageurs créent des " ponts " entre les peuples qui dépassent l'idée de " devoir ". Au-delà de " l'humanitaire ", un sentiment de commune humanité peut se développer dépassant le discours souvent abstrait du " monde est un village ". Nos voyageurs accèdent, autrement que par la télévision, aux bruissements du monde. Au retour, ils font écho aux débats déjà préexistants : protection de l'environnement, relations internationales, immigrations, commerce équitable, dialogue inter religieux…. De l'émotion de la rencontre il est possible de passer à la réflexion, à l'engagement individuel, collectif.
Le voyage peut permettre de réapprendre à contester, à explorer des voies divergentes. De retour, le voyageur a des arguments, des raisons de tenter d'échapper à l'emprise de la " marchandisation " du monde. Dans un contexte marqué par les évènements du 11 septembre 2001, la crainte de l'autre, il peut plus aisément prendre ses distances avec toute forme de communautarisme. Ces expériences sont une chance pour la paix, une autre mondialisation. Il y a là une véritable opportunité pour se réapproprier le politique. Partir : ces expériences restent limitées en nombre comparé à une classe d'âge entière. Mais " ne doutez jamais qu'un petit groupe d'individus conscients et engagés puisse changer le monde. C'est même la seule chose qui se soit jamais produite " (35). Alors, multiplions, accompagnons cette incitation auprès de chaque jeune, pour son bénéfice comme pour celui de tous : " va, vis et deviens " (36).



Notes

1. Martine ABDALLAH-PRETCEILLE. Vers une pédagogie interculturelle. Paris, Anthropos, 2004, p. 1

2. Alain TOURAINE. Pourrons-nous vivre ensemble ? Égaux et différents. Paris, Fayard, 1997, 395 p.

3. http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/actions-france_830/ong-organisations-non-gouvernementales_1052/les-jeunes-solidarite-internationale_3960/rapprocher-les-jeunes-du-nord-du-sud_4080/jeunesse-solidarite-internationale_4099/programme-jsi_10295.html

4. Marc BULTEAU. Va, vis et deviens : en 2006, des jeunes adultes de Savoie voyagent à l'étranger ; expérience sociale transformatrice d'identité, vers de nouvelles solidarités. Université Lyon 2, I.S.P.E.F, Collège Coopératif Rhône-Alpes, 2007, 188 p. Téléchargeable sur http://www.ceras-projet.com:80/index.php?id=3051

5. Jean-Claude ABRIC. Pratiques sociales et représentations. Paris, PUF, 2003, p. 222.

6. Ibid., p. 230 et 231.

7. Ibid., note 1, p. 42.

8. " Reposant sur une forte identification de l'individu à son groupe et sur la certitude de la supériorité d'un certain nombre de valeurs, de croyances, de représentations, l'ethnocentrisme est une attitude ou une disposition mentale consistant à se référer à ses règles et à ses normes habituelles pour juger autrui ". Gilles FERREOL, Guy JUCQUOIS (sous la direction de). Dictionnaire de l'altérité et des relations interculturelles. Paris, Armand Colin, 2004, p. 129.

9. Amina YALA. Volontaire en ONG : l'aventure ambiguë. Paris, Editions Charles Léopold Mayer, 2005, p. 219.

10. Gilles FERREOL, Guy JUCQUOIS (sous la direction de). Dictionnaire de l'altérité et des relations interculturelles. Paris, Armand Colin, 2004, p. 20.

11. Martine ABDALLAH-PRETCEILLE. L'éducation interculturelle. Paris, PUF, 2004, p. 22.

12. Ibid., note 8, p. 23.

13. Edgar MORIN. "Le concept de sujet". In François DUBET, Michel WIEVIORKA (sous la direction de). Colloque de Cerisy : penser le sujet autour d'Alain Touraine. Paris, Fayard, 1995, p. 52.

14. Jean-Claude KAUFMANN. L'invention de soi : une théorie de l'identité. Paris, Hachette Littératures, 2004, p. 64.

15. François DUBET. Sociologie de l'expérience. Paris, Seuil, 1994, p. 111.

16. Ibid., p. 254.

17. Ibid., p. 184.

18. Ibid., note 12, 351 p.

19. Franck MICHEL. Désirs d'ailleurs : essai d'anthropologie des voyages. Québec, Les Presses de l'Université Laval, p. 19.

20. Ibid., note 2, p. 141.

21. Alain EHRENBERG. La fatigue d'être soi : dépression et société. Paris, Editions Odile Jacob, 1998, 318 p.

22. Alain TOURAINE. In Alain TOURAINE, Farhad KHOSROKHAVAR. La recherche de soi : dialogue sur le sujet. Paris, Fayard, 2000, p.174.

23. Ibid., note 17, p. 78.

24. Ibid., note 9, p. 13 à 16.

25. Alain TOURAINE. "La formation du sujet". In, François DUBET, Michel WIEVIORKA (sous la direction de). Colloque de Cerisy : penser le sujet autour d'Alain Touraine. Paris, Fayard, 1995, p. 24.

26. Ibid., note 12, p. 111.

27. Ibid., note 12, p. 77-78.

28. " Idéalement, l'individualisme est une forme de vie en société permettant à chacune, chacun, d'avoir les reconnaissances dont il a besoin pour écrire sa vie, d'avoir les moyens de réaliser, sur le temps de travail, de loisir, ce qu'il veut produire. L'individualisme est créateur ". François DE SINGLY. L'individualisme est un humanisme. Paris, Éd. de l'Aube, 2007, p. 22.

29. François DE SINGLY. L'individualisme est un humanisme. Paris, Éd. de l'Aube, 2007, p. 9-11.

30. Ibid., note 23, p. 39.

31. Ibid., note 9, p. 61 et 78.

32. Claude DUBAR. La crise des identités : l'interprétation d'une mutation. Paris, PUF, 2000, p. 225.

33. http://www.paysdesavoiesolidaires.org/

34. Ibid., note 1, p. 186.

35. Margaret MEAD, citée in 80 hommes pour changer le monde. Sylvain DARNIL, Mathieu LE ROUX, Paris, 2005, Editions Jean-Claude Lattès, Le Livre de Poche, p. 38.

36. Film de Radu MIHAILEANU (2004) sur les thèmes de l'exil et de l'identité.